Archives pour la catégorie Jeux d’écriture

Vous trouverez ici des jeux d’écriture sur un thème ou à contrainte, c’est une catégorie où je m’amuse beaucoup

Sans verbe

Contrainte : écrire un texte sans verbe :

Frère et sœur

Elle  – Quoi, encore au lit à c’t’heure ?

Lui – Hé oui

Elle  – Et l’enterrement de père, alors ?

Lui – Tant pis

Elle  – Quoi ?

Lui – Hé oui tant pis !

Elle  – Mais pourquoi ?

Lui – A ton avis ?

Elle  – A cause du testament ?

Lui – Tout juste !!!

Elle  – Tout de même, le jour de son enterrement

Lui – Œil pour œil, dent pour dent

Elle  – Sale rancunier

Lui – Riche héritière

Elle  – Fils indigne

Lui – Voleuse d’héritage

Elle  – Attention, un peu de sang-froid tout-de-même

Lui – Fille de bourgeois

Elle  – Oh, sale petit bâtard

Lui – Quoi ????

Elle  – Ben oui !!!

Lui – Mais ….

Elle  – Te voilà au courant, maintenant

Lui – Mais ….

Elle  – Ben oui !!!

Lui – Mais… et père dans tout ça

Elle  – Un bon catholique pratiquant, capable de pardon

Lui – Mais …

Elle  – Autrement dit, un coup d’éponge, un gros gros coup d’éponge, pour le coup, et hop, fini

Lui – Mais…

Elle – Mais, mais, mais quoi encore

Lui – Et mon vrai père alors ?

Elle – Pfuit, un amant de passage de mère le soir d’un concert de Bob Dylan !!!

Sans E

Contrainte : Il s’agissait de travailler sur le poème de son choix en le réécrivant sans utiliser la lettre e. Il fallait respecter plus ou moins le sujet du poème. On n’était pas obligé de le faire en vers, mais j’ai préféré. J’ai choisi un texte que j’aime bien : Fantaisie de Gérard de Nerval, je lui ai supprimé une strophe car après plusieurs soirées de travail je n’en pouvais plus et voici ce que cela a donné :

Au fond du ciboulot j’ai un air pas banal

Pour qui j’irais trahir Pink Floyd ou Boris Vian

Un air d’avant, lascif, aux accords larmoyants

N’offrant jamais qu’à moi attrait original

 

Trois accords, puis hop là, il m’arrachait d’ici,

Dans un trip sans chichon sous Ronsard ou Marot

J’y voyais un manoir, puis un bassin aussi,

Un grand parc tout autour, où dormait un poivrot

 

Un duc jouait du luth au loin, pourpoint azur,

Justaucorps clair soulignant son corps aminci,

Duc ou vil troubadour, un mignon qu’à coup sûr

J’ai vu auparavant, dont j’ai portrait ici

(en lisant « ici », mettre le doigt sur la tempe).

 

Pour le plaisir, voici l’original :

Fantaisie

 

Il est un air pour qui je donnerais
  Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber,
  Un air très vieux, languissant et funèbre,
  Qui pour moi seul a des charmes secrets.

Or, chaque fois que je viens à   l’entendre,
  De deux cents ans mon âme rajeunit :
  C’est sous Louis treize ; et je crois voir s’étendre
  Un coteau vert, que le couchant jaunit,

Puis un château de brique à coins de   pierre,
  Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,
  Ceint de grands parcs, avec une rivière
  Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs ;

Puis une dame, à sa haute fenêtre,
  Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens,
  Que, dans une autre existence peut-être,
  J’ai déjà vue… – et dont je me souviens !

 

Poches crevées

Contrainte : prendre un poème et n’en conserver que les rimes ; j’ai choisi Ma Bohème d’Arthur Rimbaud qui est un poème que j’ai adoré enfant qui est devenu :

Rimbaud à Dachau

J’ouvris la porte et je vis quoi : un rat crevé

« En guise de festin, voilà qui est idéal !! »

Dis-je à mon pote Adolf qui était mon féal

Car dans l’enfer des camps mes vers faisaient rêver !!!

 

Sales, puants, malades, nos loques rayées pleines de trous,

Tous deux ce soir,l’kapo parti, ce s’rait la course

Pour s’tortorer en douce not’rat sous la Grande Ourse,

Nous v’là à fantasmer, pire que d’vant un frou-frou !!

 

Elle était toute tracée, notre feuille de route

De ce jour mémorable : en suer à grosses gouttes

A l’usine, filer doux, trimer avec vigueur

 

Pour êtr’ toujours en vie au pique-nique fantastique.

Mais hélas le festin s’avéra élastique :

C’salaud d’rat collabo grouillait d’vers jusqu’au cœur !!

Pour le plaisir, voici l’original :

Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées;
Mon paletot soudain devenait idéal;
J’allais sous le ciel, Muse, et j’étais ton féal;
Oh! là là! que d’amours splendides j’ai rêvées!

Mon unique culotte avait un large trou.
Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur!

Abécédaire

Contrainte : chaque phrase doit commencer par un mot qui débute par une lettre de l’alphabet, dans l’ordre bien sûr !!!

Aie !!

Bon sang, tu m’as fait mal !!

C’est tout le temps pareil !!

Dès que tu bois trop, tu m’tires les ch’veux, tu m’donnes des coups

Et ça fait vingt ans qu’ça dure !!

Faut qu’tu arrêtes, j’en peux plus

Gausse-toi, va, ça vaut bien la peine !!

Heureusement qu’t’es au boulot tous jours !

Imagine que j’aie encore mes parents

J’aurais déjà cent fois demandé le divorce !!

Kahled, ton avocat, il aurait eu beau inventer ce qu’il veut

La vie que tu m’fais mener me garantirait de gagner devant les juges

Mais dis-toi bien que là tu es allé trop loin

Non, là, cette claque, c’est la claque de trop

Oui, c’est celle qui fait déborder le vase

Pas plus tard que cet après-midi, je vais faire constater mes bleus par mon médecin

Que crois-tu qu’il va me dire ?

Roxane, mon petit, il vous fait divorcer !!

Suffit, ne tolérez plus cela !!

Tenez, je fais un certificat tout de suite

Un avocat, vous en connaissez un ?

Vous voulez que je vous en conseille un bien ?

William Schermic, vous verrez, il est très bien

Xavier Simier est pas mal non plus, et il accepte l’aide juridictionnelle

Y’en a d’autres qui sont compétents, mais jene les connais pas personnellement

Zut, je n’ai plus d’encre, revenez une autre fois, ma chère

Jeu d’écriture dans le cadre de « Cultivons notre jardin » fév 2013 Charnay les Mâcon

A partir de mots choisis par les participants sur le thème du jardin, chacun a construit un texte dans lequel tous ces mots devaient être replacés.
Les mots étaient les suivants : piocher, aisselle, chiendent, gousse, bêche, fumer, cucurbitacée, laitue, taupe, épinard, retourner, sarcler, mauvaises herbes, acidulé, aigrette, débourrer, tailler, cordeau, motte, humide, sol, enfoui, fuschia, clochette, rateau, branche, plier, sous-bois, brouette, calice, poirier, moisi, arrosoir, tonnelle, abeille, soleil, jardin, doryphore, if

Les abeilles se faufilent au calice des daturas ; elles ont déjà festoyé aux clochettes des fuschias et terminent leurs agapes dans les cornets jaune motte de beurre des fleurs de cucurbitacées. Elles sont les amies du jardin, celles qui accompagnent notre bon vieux Michel qui, muni de sa bêche, retourne la terre pour ôter le chiendent, sarcle, pioche, taille et jette les mauvaises herbes au compost. Il ne ménage pas sa peine, son arrosoir d’une main, son rateau de l’autre et sous le soleil ardent, ses aisselles exhalent un parfum de moisi et de sous-bois humide. Quand il a trop chaud, il s’abrite derrière les ifs, s’assied dans sa brouette et fume de la feuille d’épinard qu’il a mise à sécher l’été précédent sous les branches du poirier. C’est son plaisir à lui, le « joint du jardin » !! Ah, c’est un personnage, Michel, un célibataire qui apprécie sa tranquillité. Dès qu’il commence à faire beau, que les bourgeons débourrent, il est dans son jardin et ses paroles farfelues font fuir les vieilles taupes avec leurs aigrettes et leurs propos acidulés. Il n’y a bien que pour ses laitues, tirées au cordeau, et pour attraper les doryphores qu’il accepte de mettre un genou au sol. Et quand en plein cagnard il écosse les gousses de petits pois, confortablement installé sous sa tonnelle, on peut dire qu’il connaît l’extase.