Le printemps est là … et la nature parle !!!!! (mars 2018)

Sujet de mars 2018 : Le printemps est là … et la nature parle !!!!

Pour se reposer du gros effort des deux derniers sujets, un petit truc sympa sans 50 000 consignes :

Le printemps est là … et la nature parle !!!!

Je vous propose donc d’écrire un texte qui a priori comportera des dialogues, mais ce n’est pas obligatoire.

Bon amusement

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Corinne – Proposition 7 Le printemps est là …

Ce matin, j’ai été réveillée par un joyeux concert de mésanges charbonnières, cela m’a mise de belle humeur et donné envie d’aller gambader dans la nature. Pour le petit déjeuner, on verra plus tard, l’appel du dehors est pressant, un rayon de soleil timide me fait de l’œil et je ne peux lui résister. J’enfile des chaussettes chaudes (il fait encore frisquet), des baskets de marche confortables, un pull en laine mohair douillet, ma veste imperméable sans oublier mon écharpe moelleuse et, au cas où, une paire de gants dans la poche. Je sors et me poste quelques minutes le nez au vent pour prendre les informations de cette première journée de mars. Vent légèrement frais, soleil encore un peu voilé mais qui tend à s’installer, légère humidité qui fait remonter les parfums de la terre.

Je sors de mon hivernation, c’est officiel, je le ressens profondément à l’intérieur de moi, mes cellules se réveillent et réclament de l’oxygène.

Je me mets en route sans calculer d’itinéraire, le hasard de mes pas m’amènera de toute façon au bon endroit. J’ai l’impression que la brise légère chuchote à mes oreilles et me souffle la direction à prendre « vvvvvouuuui làààààà », que les branches basses du vieux tilleul me montrent le chemin «Par ici ma bonne dame, si vous voulez bien vous donner la peine»…

J’ai cette impression étrange que les oiseaux m’accompagnent le long du sentier boisé, leur étrange ballet voleté pépillant se répète d’arbre en arbuste au fur et à mesure de ma progression. Quel accueil sympathique! Je m’arrête un instant pour les écouter, que peuvent–ils bien avoir à annoncer pour être aussi volubiles. Les trilles s’enchaînent, l’une prenant le relais de l’autre. Hmmm… il y a bien une mélodie ordonnée dans tout ça… ça exulte la joie de vivre « oui je vis je vis je vis vis vis je vis vis vis vis vis vis oui oui oui» c’est donné d’une telle intensité que je me sens comme une masse de plomb à côté.

Je reprends ma marche et débouche sur la clairière, l’eau du lac scintille en contrebas et m’appelle à le rejoindre. Je descends allègrement le pré humide, le rose des primevères éclabousse le vert naissant de l’herbe rase, elle est toute fière de ses premières locataires, on dirait un ballet de demoiselles dans leurs crinolines pastel à leur bal de débutantes. Je m’accroupis auprès d’elles pour entendre ce qu’elles chuchotent « admire–moi, respire-moi, dis-moi que je suis belle… cueille-moi, je t’offre ma fraîcheur, ma douceur et une promesse ». Je les caresse du regard et les remercie de leur beauté avant de me relever tranquillement et de continuer mon chemin.

J’ai les yeux rivés sur la surface de l’eau mouvante, tantôt grise, tantôt bleue ou légèrement mauve, le mouvement m’ensorcelle. Le ciel reflète sa couleur et s’offre entièrement à ce miroir changeant, bientôt les arbres dérouleront leurs feuilles et ce sont eux qui onduleront de vert émeraude sur l’étendue argentée.

Mon regard est irrésistiblement attiré sur la droite et je dévie ma route par curiosité. Sous le bosquet d’arbres, un attroupement de petits soleils jaune piquant m’ont aimantée vers eux. Des jonquilles !  A croire que cette couleur si éclatante dans une végétation encore un peu triste lance des appels désespérés aux promeneurs hasardeux comme moi. Qu’avez-vous donc de si important à me dire pour être aussi charmeuses ? « Réveille-toi, montre-toi… OSE ! ». Message reçu, je cueille un bouquet, il sera d’autant mieux assimilé si un vase bien garni me le distille pendant la semaine.

Après toutes ces escales, j’accoste enfin près du lac et j’échoue contre une grosse roche affleurante où je m’installe paresseusement. Bien amarrée, les deux pieds au sol et les genoux légèrement repliés, je dépose mon bouquet providentiel à côté de moi et ferme les yeux pour mieux écouter le paysage.

C’est d’abord la terre mouillée qui vient chatouiller mes narines, elle sent le frais et est prête à être fécondée comme si c’était la première fois. Sous la surface, la vie frémit d’impatience, prête à exploser sa chlorophylle. Je peux presque entendre le chuintement des vers de terre qui remuent allègrement la tourbe. Ça grouille, ça vrombit, le monde souterrain est en effervescence et chacun attend son tour pour se manifester. L’horloge est bien réglée, je perçois son tic tac qui s’égrène sans fin, en cycles éternellement bien rodés.

Le clapotis de l’eau réclame sa pitance, mon attention descend et je sonde les profondeurs, les bruits sont assourdis, la vie encore endormie par le froid peine à se réveiller. Tiens, le gardien du lieu se manifeste, c’est celui de la source qui alimente le lac, il me parle de mouvement et de fluidité, de suivre le flux. J’ai entendu.

Une envolée de colverts s’abat bruyamment sur la surface et me sort de mon état méditatif. Leurs cancanements incessants me font penser à une cours de récréation. Je les observe un moment, indécis dans leur course fluviale, tantôt à droite tantôt à gauche et me demande quel est leur but. Le savent–ils eux-mêmes ? Je remarque que le ballet est bien orchestré et qu’ils ne se séparent jamais très longtemps, qu’est ce qu’ils peuvent bien se raconter ? Car ils sont extrêmement bavards. Je ne le saurai jamais, ils sont repartis aussitôt que j’ai esquissé un geste pour me lever. Leur côté sauvage et toujours en alerte est rassurant, chacun sa place et ici, c’est moi l’intruse.

Je décide de rentrer par le bois, je flâne et m’arrête plusieurs fois pour observer les arbres. Ça bourgeonne de partout, discrètement. « J’y vais, j’y vais pas… » semblent chuchoter les jeunes pousses. Je pose mon oreille contre le tronc d’un bouleau blanc, son écorce décollée en copeaux frisottés me chatouille, j’entends la sève qui circule en périphérie. Lorsque je regarde autour de moi, j’ai l’impression que tout est statique mais en sourdine, ça usine, ça gargouille, ça inonde, ça pulse de vie. Les veines se gonflent de liquide nourricier en attendant l’éclosion finale, les feuilles ; puis le rythme prendra sa vitesse de croisière et voguera jusqu’à l’été. « C’est le temps d’un nouveau cycle, active-toi, rejoins-nous dans la danse joyeuse et vivifiante du renouveau »  fut le message de la sève du bouleau.

J’ai quitté le sentier et je marche à présent au cœur de la forêt, les feuilles sèches de l’automne dernier craquent sous mes pas lents et appuyés, leur bruit croustillant m’amuse. J’en profite pour effleurer de ma main libre chaque tronc d’arbre sur mon passage. Tantôt lisses tantôt rugueux, voluptueusement moussus ou veinés de lichens grisâtres, je les aime tous passionnément et leur fais savoir. Soudain, juste devant moi un tapis de clochettes blanches à points verts sonne l’arrêt, je m’immobilise. Des perce-neiges. Je cueille quelques tiges qui viennent rejoindre mon bouquet de jonquilles et remercie la nature pour sa générosité . « Je m’épanouis à l’ombre des plus grands en toute discrétion et je sublime le lieu par ma délicatesse » me dirent les fraîches corolles dentelées.

Nourrie par toutes ces rencontres, je rentre chez moi avec un sentiment de parfaite plénitude. Cette communion avec la simplicité me renvoie à la partie la plus vivante de mon être, celle qui est, à été et sera de toute éternité.

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Gisèle : proposition 7

Le printemps est là …Et la nature parle !!!

Vraiment, je ne savais plus à quels saints me vouer. J’avais envoyé plus de trois cents CV à diverses entreprises, non seulement de la ville, mais encore de la région et même de la France entière. Pas une seule n’avait daigné me répondre sauf une, la dernière en date et pour quelle place, je vous prie ? Je vous le donne en mille ! Celle de veilleur de nuit ! La honte ! Me voici donc, avec mon Bac+5 et des bricoles, à jouer Fantômas, une torche électrique à la  main, dans une usine endormie, de vingt heures à six heures du matin !

C’est ainsi que je bougonnais, en sortant de mon travail, ce matin là, tout en lançant un coup de pied rageur aux pierres du chemin.

-Aïe ! Aïe ! Fais donc attention, niquedouille ! Regardez-moi ce grand dépendeur d’andouilles ! Cet escogriffe ! Ce malotru, incapable de regarder où il pose ses bottes !

Qui parle de cette voix flûtée et précieuse ? Je jette un coup d’œil circonspect alentour. Bon sang ! Dans ma colère, j’ai écrasé une jolie touffe de primevères. Quelques corolles délicates d’un jaune lumineux penchent la tête, particulièrement froissées. L’une d’elles, même, arbore un pétale déchiré. De part et d’autre du chemin, sur le talus, venant d’autres fleurettes, un concert de lamentations éplorées s’élève.

Quelle brute je suis !

-C’est également notre opinion ! Vous êtes impardonnable, mon cher. Songez ! Nous sommes la marque du printemps : la primavera, je vous le rappelle ! Partout nous annonçons le retour des beaux jours et nos multiples fleurs éclatent à l’envi, réjouissant l’âme et les regards ! Cela ne mérite-t-il pas un peu de prévenance et d’égards de votre part ?

-Je vous présente toutes mes excuses : daignez les accepter, je vous en prie !

-Ho ! Ho ! Les meufs ! Arrêtez de carcailler là-d’sous : on entend que vous. Vous voyez pas qu’c’est un bleu bourré au blanc qu’a vu rouge ? Fermez-la un peu !

Abasourdi, je n’ai pas  le temps de répondre ! Un couple de mésanges bleues, perché sur une branche du charme bordant le chemin, s’égosille à tue-tête, me lançant insultes sur insultes.

-Je rêve ! On dirait du rap ! Des mésanges qui font du rap à mes dépens !! Non, vous mentez, je n’ai pas bu, pas une seule goutte ! Arrêtez ces calomnies, petites mésanges !

Mais il m’est impossible d’en placer une ! Finalement, je me mets à rire et me contente d’admirer leur fine tête bleue et blanche, leur joli plumage jaune, leur entrain, leur vivacité, leur soif de vivre et d’engendrer. Toutes deux clament que le monde est en train de renaître après le long hiver sans fin. Il faut se dépêcher de vivre. Et moi, je ne suis qu’un empêcheur de tourner en rond…

Je me le tiens pour dit et continue d’avancer précautionneusement. Il ne s’agit plus d’écraser quiconque ! Plus loin, dans le pré du père Dugois, j’aperçois Aurore, sa belle et robuste jument berrichonne. Son large dos, son postérieur rebondi lui donnent une allure pataude mais elle est si attendrissante avec sa large queue touffue qu’elle relève pour mieux galoper.

Tiens ! Elle a dû découcher, pour être déjà au pré.

-Non mais, t’as ti vu  eul’gamin? Qui qu’cé donc ça ? I f’rait mieux tailler la bouch’ture au lieu de dire des menteries ! J’avions pas découché et puis pas plus ! Eul’patron m’a mis déhors pour la prime herbe, qu’c’est plein d’pissenlits !!

Aurore, tout en caracolant, s’approche de la haie pour venir me saluer. Mais gourmande, elle arrache encore une tendre touffe de pissenlits qu’elle mâchonne en hennissant joyeusement. Je passe la main à travers la barrière pour caresser ses naseaux si doux.

-Alors ma belle ! Toi aussi tu apprécies le printemps et son herbe fine !

-Ben, t’sais, le vieux foin sec d’eul patron, j’en ai ma claque ! Mais ça caille pas chaud, mon p’tit gars !

Je me remets à rire. Aurore parle le patois berrichon : qui l’eût cru ? Malgré ma nuit blanche, je me sens revigoré, mon pas s’allège, je respire mieux et je ne trouve plus mon sort si cruel. Le chemin s’élargit, oblique à droite, puis par un petit pont de pierre, enjambe la rivière. Je me penche sur la rambarde. Le menu flot courant sur les cailloux fait entendre sa paisible chanson.

-Les poissons ont déjà frayé. Ce sera bientôt le tour des grenouilles. Je connais un coin où il y a plein de têtards. Il faudra que je revienne.

-Non !!! Il n’en est pas question ! Tu ne vas pas kidnapper des têtards ! Vrombit une petite voix exaspérée tout près de mon oreille.

Surpris, je recule la tête. C’est une abeille déjà réveillée, la première que je vois cette année !

-Laisse donc ces têtards tranquilles ! Et puis, d’abord, qu’en feras-tu ?

Mademoiselle Maya me paraît fort en colère. Son dard, à demi sorti, menace ma main tentant de l’écarter. Ses ailes vibrent à une cadence accélérée. Je tente de l’apaiser.

-As-tu trouvé de quoi butiner ? Il est encore bien tôt : tes fleurs préférées ne sont pas encore ouvertes.

-Oui, hélas ! J’étais pressée et je pensais que les violettes du pré étaient écloses mais elles se cachent encore, bien timides, sous les feuilles mortes.

-J’ai aperçu, de loin, la floraison de l’amandier au milieu des vignes…

-Vrai ? Quelle veine ! Je retourne à la ruche danser pour prévenir  les copines !

Guillerette, Maya s’envole et pique vers le sous-bois du côté de la montagne.

-N’oublie pas le forsythia du cimetière ! Il est prêt à fleurir !

Un rire léger et cristallin me parvient de loin :

-T’inquiète  !

Comme le chemin, la veille au soir, si long, si ennuyeux, si triste aussi dans la pénombre me paraît léger, ce matin ! Il me semble avoir des ailes aux pieds, mes yeux découvrent sans cesse de nouvelles merveilles. Sur le talus, les délicates clochettes des perce-neige me saluent dans un tintinnabulement imperceptible.

Hou ! Li ! Hou ! Là ! Le printemps arrive !

-Hou ! Li ! Hou ! Là ! Le printemps est là !

-Le grand nigaud n’a plus qu’à nous suivre !

-Le grand nigaud qui passait par là !

 De qui sont ces trilles et ces roucoulades ? Je lève les yeux pour sourire  au merle qui se moque de moi, en chansons, là-haut sur le chêne. Je n’en ai cure : son chant est si joyeux. Si bien que je répète après lui :

-Le grand nigaud qui passait par là !

Et voici que là-bas, derrière la crête de la montagne, le soleil vient de se lever. Une nouvelle journée commence. Irai-je dormir comme l’exige mon nouveau métier? Non, je vais continuer ma promenade pour voir, écouter et saluer le printemps !

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Hélène : HORLOGE INTERNE

Longtemps, je suis restée dans le noir, les yeux clos. Tellement longtemps … à force, mes paupières se sont collées. Est-ce que j’arriverai à ouvrir les yeux ? Il va bien falloir pourtant. C’est l’heure aujourd’hui. J’entends des oiseaux juste au-dessus de moi. A croire qu’ils ne sont jamais fatigués. Je crois que ce sont des merles. Je distingue aussi les piaillements de quelques moineaux qui se chamaillent. Un bourdonnement incessant qui provient sans doute de mon corps parasite  ces sons venus de l’extérieur. Le retour à la vie réelle est bien difficile… Mais tout ce chahut est annonciateur de mon réveil imminent.

Ma léthargie prolongée a atteint mon cerveau. Il m’est difficile de penser. Mes neurones ont dormi si longtemps, seules quelques réminiscences de rêves étranges impriment ma rétine d’images colorées, fugaces. Les orifices de mes narines sont imbibés d’un mélange d’odeurs de bulbes et de terre humide. Dans ma bouche, c’est le goût de l’humus et des champignons qui domine. Ma langue rose, molle et inerte, peine à me fournir toute autre information qui me serait utile. Mais mon ventre, lui, sait me dire qu’il est urgent de chercher de la nourriture, dès aujourd’hui.

Lentement, très lentement, je commence à bouger les extrémités de mon corps. J’ai des fourmis dans les pattes. Mon corps sait-il toujours avancer ? Croquer ? Pisser ? Bailler ? Faudra-t il tout réapprendre ?

J’ouvre les yeux péniblement, l’un après l’autre  …PLAFFFFF … la blancheur de la lumière du jour explose au fond de mes yeux, les  transforme en boules de feu piquantes. J’avais oublié à quel point c’était douloureux. Je m’habitue progressivement à la clarté. En se réchauffant aux rayons du soleil, l’ensemble de mon organisme revient progressivement à la vie. Assez vite, je parviens à bouger ma tête, en m’aidant de mon cou, qui me permet de tourner la tête, à droite, à gauche, au-dessus … c’est beau. C’est vert.

Au milieu de toute cette verdure, un minuscule point rouge affublé de deux yeux noirs me contemple, juché sur une brindille.

– T’as bien dormi ?

Cette chose parle !

– Mouais, ça va, pas trop mal. Et toi ?

Ma voix rauque manque d’assurance et me surprend. La créature me répond du tac au tac :

– J’ai fait des cauchemars de pucerons qui m’attaquaient mais dans l’ensemble ça peut aller. Ma planque était pas trop mal, tranquille et à l’abri de la pluie.

Je lui raconte alors que la mienne avait pris l’eau, vers la mi-janvier, ce qui m’avait forcément réveillée, mais de façon si sporadique que je n’en gardais pratiquement aucun souvenir. La coccinelle – car c’en est une, maintenant j’en suis sûre, je m’en rends compte – impertinente, joviale, a envie de bavarder jusqu’à la tombée du jour.

-Et la grêle de février, tu l’as sentie ? Impressionnant, non ?

-Oh, moi, avec ma carapace en béton, les intempéries peuvent me narguer, je m’en moque éperdument !

La conversation s’éternise, je réponds poliment à ce premier être vivant qui daigne m’adresser la parole, mais mon ventre crie famine. Mes boyaux se tordent, s’entortillent, je sens que je pourrais engouffrer une tonne de fraises ou trois cent kilos de laitues … Une idée germe alors dans ma tête, un stratagème qui me permettrait de me nourrir tout en me débarrassant de ma bavarde. Je lui soumets mon projet, d’une voix douce et persuasive :

-Dis-moi, ma belle, est-ce que tu aimes les défis ?

-Quel genre de défi, passque si c’est trop dangereux, alors là, non, c’est pas pour moi, rétorque-t elle, suspicieuse (à ma grande surprise, car je l’imaginais plus aventureuse). Je dois trouver un amant le plus vite possible, j’ai pas que ça à faire, moi, de jouer et de bavarder ! Faut que je fasse au moins mille enfants cet été ! T’imagines pas le boulot !

Sa remarque me fait sourire, et tandis que j’étire mes muscles, mes tendons et tout mon squelette, je lui propose de faire la course.

– La première qui arrive aux capucines du fond du jardin a le droit de les croquer, lui dis-je.

Coccinelle fronce des sourcils, pensive, et finit par lâcher :

– Bon, d’accord, mais moi je prends juste le pollen et le nectar. J’aime pas le reste, je te le laisse.

– Mais moi aussi j’aime le pollen ! C’est ce que je préfère ! Bon, on verra … tu es prête ? Un, deux, trois, partons !

La course démarre. Je parviens à ramper, au début lentement, précautionneusement. Puis le rythme de es mouvements s’accélère, vite, vite, vite ! JE DOIS ARRIVER LA PREMIERE !

Mais où est-t elle passée, cette petite idiote ? Un moucheron me chatouille la carapace, et me siffle à l’oreille droite :

– T’as oublié que j’avais des ailes ? T’as trop dormi, ma pauvre !

Le moucheron me dépasse à la vitesse d’un guépard et atteint les capucines en moins de cinq secondes … C’est raté pour le petit-déjeuner  ! Je vais devoir me rabattre sur une touffe d’herbe maigre … Bonne perdante, je m’approche du bac à fleurs tout en reprenant ma respiration :

-Bravo, belle victoire !

-Je suis pas peu fière de moi ! me lance la petite, victorieuse. Mais on peut partager, de toute façon y’en a trop pour moi ! Sers-toi !

C’est à peine si j’entends la fin de ses paroles. Je me précipite sur les capucines. Je les croque aveuglément, fleurs, feuilles, tiges confondues en un immense festin. Mon ventre commence à se calmer. Alors je m’amuse à choisir. L’une des capucines me donne particulièrement envie. Elle a un cœur rouge et des pétales jaunes d’or. Elle est délicieuse. Elle a le goût poivré et suave du printemps.

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Mimie : Le printemps est là … et la nature parle !!!!

Abeille – Hou hou, y’a quelqu’un de réveillé par ici ???

– Rrrrrr (ronflements)

AB – J’m’embête moi !!!!

– Chuuuuuuuuuuuuuuut !!!!!!

AB – Ah ben ya quelqu’un de réveillé, alors !!!

– NON !!!!!!!!!!!

AB – Bon ben si j’dérange, faut l’dire !!!

– Oui tu déranges !!!!

– Bon, ben j’vais voir ailleurs si j’trouve quelqu’un de plus aimable !!!

AB 50 mètres plus loin : Hou hou ? C’est l’ printemps !!!! Tout l’monde debout !!!

– Coucou l’abeille, tu fais comme l’ours qui dort encore dans la forêt là-haut quand il se réveille :  tu cherches déjà à manger ?????

AB- Oui et non, je suis une éclaireuse, je viens juste voir où en est le printemps, si la ruche peut dormir encore ou pas. Mais comme moi je suis une lève-tôt, je me réveille en général une semaine avant le reste de la ruche et je vais faire causette dehors !!

– Hé bien tu vois, moi la fougère, je trouve qu’il fait encore un peu froid, j’ai bien préparé de belles crosses dignes d’un évêque au creux de la terre, mais j’attends qu’il fasse plus chaud et que tout risque de gel soit passé pour les dérouler car, une fois ouvertes, elles sont toutes frêles et je ne peux plus les réenrouler pour les protéger si je sens qu’il va geler. Dans ce cas, tout mon travail de l’hiver serait réduit à néant : elles mourraient et il faudrait que je me mette à draguer la première fougère venue et ça je n’en ai pas envie !!!

AB – Tu as raison ; mais c’est dommage que ce soit trop tôt pour toi, moi j’adore voir tes magnifiques feuilles se dérouler peu à peu, comme si elles retardaient, fainéantes et lascives, le moment de totalement s’abandonner à la caresse du soleil

– Mais tu es une poétesse, toi !!!

AB – Non, c’est juste que le printemps est la saison que je préfère, les couleurs vert fluo des premières feuilles, cet élan de vie qui jaillit de partout, le réveil de la nature que l’on pouvait croire plus endormie que la belle au bois dormant et qui tout d’un coup fait jaillir des feuilles, des pousses, des tiges, des rameaux, des boutons de fleurs. J’en ai le feu aux joues de penser à toute cette agitation !!! Toi, par exemple, tu déroules tes feuilles qui étaient enroulées sur elles-mêmes, mais tu as des plantes qui d’un petit bourgeon de rien du tout font sortir une minuscule feuille toute froissée, aussi plissée qu’un bébé humain à la naissance, d’un vert vif comme pas possible, et puis d’un jour à l’autre, par l’opération du Saint Esprit, la feuille se déplie, se défroisse, croît et fonce son vert pour mieux résister au soleil du futur été et tout ce qui vivait en dessous se trouve miraculeusement sous un superbe parasol

– Ah bon, il y en a qui font cela ?

AB- Oh oui, j’t’assure, j’ vais t’en raconter une bien bonne : je connais un arbuste et un arbre dont les fleurs brûlent la politesse aux feuilles !!!

– Tu plaisantes, là, nom d’une crosse en bois !!!

AB – Non, point du tout, ce sont les fleurs de forsythia et de magnolia qui font ça : tout d’un coup tu vois apparaître sur les branches glabres des fleurs, juste un p’tit tour d’épate et puis elles virent couleur rouille, elles tombent par terre comme des feuilles en automne et ensuite, seigneuriales apparaissent enfin les feuilles, dignes, bouffies d’orgueil, faisant semblant de ne pas savoir qu’elles se sont faites devancer !!!! Et chaque année  c’est la même chose, les feuilles se font avoir !!

– On peut dire que les fleurs mettent la charrue avant les bœufs !!! Mais d’ailleurs ce sont bien les premières fleurs de printemps que vous allez butiner, c’est sûr qu’elles peuvent être en avance sur les autres fleurs si elles n’attendent pas les feuilles !!!

AB – Ah tu vois que je ne dis pas de bêtises, je suis une bête mais je ne suis pas bête, tu sais, je ne sais pas qui nous a regroupées sous cette appellation ridicule, encore un humain, je suppose !!!

– Tiens, ben justement il y en a un qui arrive, sauve-toi vite !!!

AB – Mais je n’ai pas peur d’eux, moi !!!

– Toi non, tu as des moyens de te sauver et de te défendre, nous si un gros balourd nous écrase, c’est tout un problème ensuite pour ne pas pousser tordue ou même pour ne pas qu’une de nos feuilles soit déchirée et sectionnée et meure à tout jamais. N’oublie pas qu’on est en général au ras du sol, nous les fougères. On est loin de nos aïeules les fougères arborescentes !!!

AB – Veux-tu que j’aille lui tourner autour à cet humain pour lui faire peur et l’attirer ailleurs ?

– Bah oui, pousse-le donc vers les escargots, eux ils peuvent rentrer dans leurs coquilles, ils ne craignent rien !!!

AB – OK, je fais diversion, au revoir !!!

– Merci !!!

Et notre abeille de virevolter autour du promeneur solitaire et de l’agacer jusqu’à ce qu’il se sauve et parte vers l’endroit où l’abeille avait vu 2 escargots

Escargot : – Mais qu’est-ce-qu’il fait là celui-là, déjà dehors, il n’a pas froid ?

Escargotte : – Oh mon aimé, et moi qui bavais déjà d’envie pour toi, voilà qu’il faut aller se cacher, dépêche-toi !!!!

Escargot : – Fonce dans le fourré, je fais diversion avec mes cornes et j’arrive !!!

L’homme, en se baissant : – Oh, un bel escargot de Bourgogne !!! Oh, et puis il sort ses cornes !!! Tu es beau tu sais, toi !!

Escargot : Bien sûr que je le sais !!!

L’homme : Mais tu parles ??????

Escargot : Toi aussi, alors où est le problème ?

L’homme : Ben …..Aie

Escargot : J’t’ai rien fait !!!

L’homme : Non c’est cette ronce dans laquelle je me suis accroché, je suis sûr qu’elle n’était pas là il y a dix secondes !!!

Escargot : C’est normal, elle fait partie des VV !!«

L’homme : Quoi ????

Escargot : Les VV : les « voisins vigilants », tu ne connais pas ???

L’homme : Ben non !!!!!

Escargot : Eh bien cela fait des millénaires que nous, les premiers êtres vivant sur cette terre, devons nous défendre des humains qui nous écrasent, nous ramassent pour nous manger, nous brûler, nous transformer en barrière, en charpente ou je ne sais quoi d’autre !!! Alors nos ancêtres se sont réunis à la première ère de votre apparition et se sont organisés : la ronce t’a vu te pencher vers moi pour m’attraper, alors elle s’est avancée d’un coup pour t’arrêter !!!

L’homme : Mais je faisais juste ma première promenade printanière, je voulais te prendre dans mes mains pour te caresser !!

Escargot : Tu es bien gentil, mais bien naïf : comment voulais-tu que je le susse, et la ronce avec moi ?? Et puis pour te dire les choses entre hommes, c’est le printemps pour nous aussi et ma chérie m’attend pour me faire des caresses et je suis sûr qu’elles me feront plus d’effet que les tiennes !! Allez, à plus !!!

L’homme : A plus !!

L’abeille avait assisté à la scène d’un œil distrait, elle crut qu’elle avait affaire à un humain spécial, un zoophile. Et elle entreprit un vol d’avertissement de tous les animaux des alentours

Ab : Attention attention, humain zoophile dans le secteur du grand chêne, je répète pour ceux qui se réveillent : attention attention, humain zoophile dans le secteur du grand chêne !!!

Une violette râleuse : Eh ben ça y est, elle a trouvé une excuse pour nous réveiller, je n’ai pas fini de peaufiner mon parfum dans le froid de l’hiver que déjà je ne dors plus, c’est chaque année pareil !!!

Une primevère : De toute façon, il fallait bien se lever, il y a un ordre à respecter, si on ne commence pas à fleurir les premières, toi et moi, on va mettre tout le monde en retard pour une saison !!!

Violette râleuse : Oui mais nous on ne craint pas le zoophile, alors, qu’on nous laisse dormir !!!

Primevère : Et la solidarité, t’en fais quoi ???

Grand Chêne : Moi je suis d’accord avec Pripri : il faut être solidaire, moi je protège plein d’animaux dans et sous mes branches, au creux de mon tronc, et je n’ai pas envie, après avoir coucouné tout ce monde tout l’hiver, qu’un pervers vienne là avec son gland ridicule et vienne leur faire des misères contre nature !!! Et moi je m’y connais en glands !!!

Violette râleuse : Bon bon je me tais, je me pare de « Toulouse for ever » et j’ouvre mes pétales !!

Quelques instants plus tard arrive l’homme : Oh la première violette de l’année !!! Et il se penche pour la cueillir quand tout d’un coup il reçoit un grand coup de corne dans le derrière !!!

L’homme : Mais qu’est-ce-qui se passe ? Ca va pas, non, dit-il en se redressant, et il aperçoit un grand cerf qui le regarde d’un air menaçant et l’apostrophe :

Cerf : Qu’allais-tu faire, arrête immédiatement ou tu vas voir de quels bois je me chauffe !!!

L’h : Mais je voulais juste sentir cette petite violette !!!

Cerf : Et tu allais te mettre à quatre pattes pour la sentir ?

L’h : Ben j’allais la cueillir pour la sentir !!!

Cerf : Mais où va le monde, tu es à la fois zoophile et cadavrophile !!!!! Et je sors de ma torpeur matinale pour entendre ça ????

L’h : Mais je ne suis pas zoophile et encore moins cadavrophile !!!

Cerf : On m’a raconté que vers le grand chêne tu as voulu caresser un escargot, là je te vois de mes propres yeux vouloir cueillir, donc tuer, une violette pour la sentir, ça va pas non ? Tu te crois où, là, dans un supermarché ?

L’h : Maiiiiiis….

Cerf : Mêêêêêêêê quoi, tu me fais penser à une chèvre !!!

L’h : Tu te trompes, vous vous trompez tous, je venais admirer l’éveil de la nature au printemps, effectivement j’ai été sot et je n’ai pas pensé que de cueillir la violette allait la tuer !!! Mais l’escargot, je l’admirais et j’essayais d’entrer en contact avec son aura !!!

Cerf : Quel innocent celui-ci !! Cela fait 15 ans que je fais moi aussi partie des « Voisins Vigilants », un spécimen comme toi, je n’en avais jamais vu !!! Ecoute, homme, passe ton chemin, et si tu vois d’autres humains, dis-leur que pour l’instant on dort encore tous et qu’il ne ferait pas bon nous réveiller !!!! Va vite !!!! Avec tout ce ramdam, toute la brigade est au garde à vous en position anti-agression pour laisser toute notre grande famille se réveiller au bon moment et s’épanouir à son rythme, qu’on nous laisse tranquilles !!! Pour ma part je vais rejoindre ma biche et gare à celui qui se trouvera sur mon chemin !!! Fais passer le message, amoureux de la nature que tu es  !!!!