Le monde est un jardin (décembre 2017)

Sujet : Le monde est un jardin – décembre 2017 

Je vous propose un petit sujet «sandwich » dont les premiers mots me sont venus pendant ma ballade dans la forêt équatoriale (très très) humide !!!!

Votre (notre !!! puisque je joue aussi !!!!) récit devra commencer par : « Le monde est un jardin …» et se terminer par : « Et c’est ainsi que je revins chargé(e) de cadeaux le soir de Noël. »

Entre ces 2 tranches de pain, liberté totale pour les ingrédients : récit sérieux, fantastique, comique, noir, conte pour adultes, pour enfants, en vers, en prose, sous forme de dialogue, comme vous voulez !!!! Mais une consigne importante : prenez plaisir à écrire  !!!!

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Gisèle Atelier d’écriture proposition 4

Le monde est un jardin rempli de sons, de couleurs et de senteurs. Regarde ! Il te suffit d’ouvrir les yeux et les oreilles et de laisser tes narines palpiter à la naissance des fleurs. Sous « tes semelles de vent »  roulent les cailloux et les brindilles du chemin.

C’est ainsi que je songeais, ce matin là, le long du sentier escarpé, qui dégringolait la pente, à l’ombre des filaos desséchés. Bien entendu, par cette journée de fournaise, je faisais également fonctionner mon imagination. Le ronronnement obsédant de l’hélicoptère qui m’avait amené de Saint Denis de la Réunion, se perdait au loin, ainsi que sa silhouette d’épervier sans ailes. Devant moi, se déroulait comme tous les jours, le paysage étrange et somptueux du cirque de Mafate. C’était mon domaine que j’appréciais de plus en plus. J’ajustai sur mon épaule la lourde sacoche du courrier que, modeste facteur, je devais distribuer dans tous les « ilets » du cirque, ces étroits replats, seuls endroits habitables, accrochés aux abruptes parois des mornes. Cette tournée, d’environ treize kilomètres, que je ne pouvais parcourir qu’à pied, je ne m’en lassais jamais, tant les environs du Piton des Neiges (sur lequel la neige brillait, d’ailleurs, par son absence) changeaient d’un jour à l’autre et même d’une heure à l’autre, en fonction de la lumière.

«  Demain, c’est Noël ! », me disais-je. Et, Dieu du Ciel, Père Noël étourdi et paresseux, je n’avais rien prévu comme cadeaux… Que diraient Fadia et Ambosséna, mes petits garçons, et aussi Amara, ma tendre épouse ? Le temps avait passé, j’avais remis la corvée, mon indolence naturelle avait pris le dessus et l’échéance était arrivée. Que faire, Mon Dieu, que faire ?

«  Ho ! Facteur ! Ya du courrier pour moi ? »

Madame Amine montre son visage épanoui par la fenêtre de sa cuisine.

« Bonjour, Madame Amine, oui, vous avez une lettre de France.

– Oh ! C’est mon fils chéri. Donne vite ! »

Déchirant avidement l’enveloppe, Madame Amine se plonge dans sa lecture et relève la tête, radieuse.

« Il a trouvé du travail, comme cuisinier dans un restaurant à Lyon. Tu imagines ?

-Avec le talent de cuisinière que je vous connais, il a été certainement à bonne école, votre fils, Madame Amine !

– Ah ! Tu trouves ?

– Oh oui ! Madame Amine, tenez là, votre cari, qui est en train de mijoter, ça sent drôlement bon ! »

J’ai repéré, au coin du fourneau, la coquelle qui bouillotte, environnée de vapeur.

« C’est pour demain, Noël ! J’en ai beaucoup préparé : ça te ferait plaisir d’en manger avec ta famille ?

-Et comment, Madame Amine !

– Là ! Je t’en prépare un tupperware avec le cabri,  les brèdes et les chayottes et là, je te mets le riz. Ah ! J’allais oublier le rougail !

– Mille mercis Madame Amine, et bonne fête de Noël. Je vous rapporte le tupperware, après demain.

-Pas de problème ! »

Le cari est un peu brûlant au fond de ma sacoche et me chauffe les reins mais j’ai le cœur en fête : mon Amara sera bien surprise par mon cadeau… Le soleil darde ses rayons à la verticale et la luminosité est difficile à supporter :   midi est passé et voici que se profile, sur la pente, l’Ilet Cayenne. Que sa vue est rafraîchissante ! Les manguiers d’un vert profond qui l’entourent reposent et calment la vue. Quel contraste avec le paysage minéral du col des Bœufs qui apparait au loin !

« Ho ! Facteur ! »

C’est Monsieur Raminavoa qui m’interpelle. Il porte encore sa tenue de travail : une salopette, usée jusqu’à la corde.

« -Qu’est-ce que tu nous apportes, aujourd’hui ?

-Rien, Monsieur Raminavoa. Pas de courrier pour vous

-Tant pis ! Tu vas bien trinquer avec moi, quand même ?

-Non, Monsieur Raminavoa, j’ai ma tournée à finir.

-Qu’est-ce tu racontes ? Un ti punch, c’est rien du tout ! Et puis, un verre d’eau, si tu veux, ensuite ! Et tiens, j’ai fait ma récolte de bois d’olives, tu vas en manger une poignée ! »

Les olives du cirque de Mafate et particulièrement celles de Monsieur Raminavoa sont spéciales : elles ont la taille d’une myrtille de France (je n’en ai vu, bien entendu, qu’en images) et un noyau aussi gros qu’elles. Il faut se contenter de les sucer comme un bonbon…

Monsieur Raminavoa a pris un sac en papier qu’il garnit avec ses olives.

« Tiens, pour ton Noël ! »

Les olives sont placées sur le cari, au fond du sac. Un dernier signe d’amitié à Monsieur Raminavoa et j’escalade la pente raide du morne qui me fait face. Le Piton des Neiges se rapproche, dévoilant ses vertigineux ravins. Le ciel se couvre de nuages cendrés ourlés d’argent et un lointain roulement de tonnerre se fait entendre. Voici l’ilet de Roche Plate.

«  Madame Fianantsoa ? Hou ! Hou !

-Oui, je suis au fond du jardin : viens me trouver !

– Vous avez une lettre recommandée.

-Bouh ! Que je n’aime pas ça ! Donne vite ! »

Pendant que Madame Fianantsoa décachète sa lettre, dont je ne saurai rien, j’examine le ru qui serpente au fond de son jardin. Deux petits moulins en bois placés au travers tournent sous la force du courant. Cela me donne une idée.

«  Dites, Madame Fianantsoa, auriez-vous quelque planchettes à me donner ?

-Des planchettes ? Et pour quoi faire ?

– Deux petits moulins, comme les vôtres, pour mes fils.

– Si ce n’est que çà ! T’as qu’à prendre ces deux là, sur le ruisseau ! J’en referai d’autres pour mes petits !

– Tous mes remerciements, Madame Fianantsoa et Joyeux Noël ! »

L’orage qui menaçait a enfin éclaté et la pluie tombe dru : je suis immédiatement entouré de vapeur tiède, qui se transforme en brouillard. La sacoche bien protégée par mon Kway, (il s’agit de ne pas mouiller le courrier !), je m’élance à l’assaut de Gros Morne. C’est là que se trouve l’ilet des Lataniers. La pluie ricoche et fait entendre son chuintement le long des feuilles de manguiers.

Brusquement l’ondée s’arrête, je lève la tête : un pan de ciel bleu surgit au milieu des nuées et peu à peu, le brouillard s’élève, dévoilant un paysage en resplendissante robe de fête. Oui ! Avec un peu d’avance, Dame Nature fête Noël : chaque fleur, chaque feuille, chaque brin d’herbe, chaque gravier du chemin même se pare de minuscules diamants qui étincellent au soleil. Un gigantesque arc-en-ciel apparait au loin, reliant le Piton des Neiges à l’horizon. Quelle magnificence !

Il existe des pays où Noël se fête au milieu des blizzards, de la neige, du froid et de la nuit. Je secoue la tête : comme je plains les pauvres gens qui habitent ces pays ! Peut-être est-ce pour cela qu’ils décorent et illuminent avec acharnement leur intérieur ? Chez nous, la nature, bénie soit-elle, se charge de le faire à notre place.

Voici l’ilet des Lataniers et Madame Bilma qui m’attend, installée sous la varangue qui entoure sa maison, dans son fauteuil de rotin. Veuve depuis peu, elle s’ennuie, je crois : sa pose alanguie et sa poitrine offerte m’interpellent…

(Mais que vais-je penser là ?? Et que penserait mon Amara chérie ?)

Je me reprends avec effort.

« Bonjour Madame Bilma, vous avez une lettre et votre journal. »

Souriante et taquine, Madame Bilma me tend une petite bouteille de Coca-cola. Il est vrai que j’ai très soif et son attention me touche.

« Non ! Ce n’est pas ce que tu crois, mon p’tit ! J’ai bu le coca qu’elle contenait ! Je l’ai remplie avec de l’huile essentielle de géranium que tu pourras offrir à ton épouse, demain pour son Noël ! Pour toi, regarde : je t’ai préparé un gâteau de manioc et la cruche d’eau fraîche.

-Merci de tout cœur, Madame Bilma, hum ! Votre gâteau à la noix de coco, hum, quel délice ! C’est mon parfum préféré.

-Rapporte-moi la bouteille vide, après demain !

-Certainement Madame Bilma et Joyeux Noël à vous et à tous ceux que vous aimez ! »

Ma conscience s’est allégée et la route défile rapidement sous mes semelles. J’ai encore à déposer le journal de Monsieur Marguier. Oups ! Je m’aperçois que le cari de Maman Amine, placé au fond du sac, a généreusement débordé sur le journal de Monsieur Marguier. Que faire ? Je jette un coup d’œil rapide alentour : Monsieur Marguier n’apparait nulle part. Vite ! Je glisse le journal dans la boîte aux lettres. Ni vu, ni connu ! On verra bien après demain…

Et voilà ! Ma tournée est terminée. Mon cœur bondit de joie. Je me sens si léger, j’avale les kilomètres du retour en pensant à ma chère famille qui m’attend !

Et c’est ainsi que je revins chargé de cadeaux le soir de Noël.

Quelques mots créoles :

Le filao : arbre tropical (il file là-haut…)

Le morne : colline abrupte.

Le cari : plat créole à base de viande (ici du chevreau) de légumes (ici des brèdes et des chayottes) et d’une sauce pimentée à base de tomates (le rougail)

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Hélène : un zeste de vie

Le monde est un jardin, un jardin bleu et rond comme une orange… non, le poète parlait de la Terre, pas de monde, mais après tout, ce sont des synonymes, et moi aussi j’ai bien le droit de créer des vers…

Perchée sur un tabouret, mes pensées zigzaguent tandis que je cueille quelques oranges au fond du patio. L’odeur piquante et envahissante des agrumes s’incruste sous la peau de mes mains, le vert profond des frondaisons des arbres s’imprime sur ma rétine, je suis entourée de végétal, je vais bientôt devenir arbre avec les arbres … Je me sens tellement bien … je ferme les yeux, je m’imagine au printemps, au même endroit. Les effluves entêtantes des fleurs d’oranger, l’ombre bienfaisante du feuillage, tout y est, ou presque… Bon, cessons de rêver, je dois encore cueillir quelques fruits, et puis je risque de tomber à force de faire n’importe quoi !

OUILLE ! Des épines m’ont attaquée … Je ne sais pas pourquoi cet arbre merveilleux dissimule un tel arsenal ? Peut être tout simplement pour montrer aux humains qu’il n’est pas un arbre mignon et gentil, venu tout droit du jardin d’Eden, mais qu’il recèle quelques défauts diaboliques ? Soudain, le vrombissement d’un moustique me rappelle à la triste réalité. Ici, même en plein hiver, les moustiques tigres survivent et sont capables de piquer ! Incroyable …  mes gestes s’accélèrent, j’ai déjà cueilli une dizaine de fruits et l’un d’entre eux a bien failli me tomber sur la tête, ce serait dommage de se blesser un jour de fête !

J’espère que les oranges seront aussi juteuses que celles de l’an dernier … pour Jocelyne et son mari, avec la peau, je referai des orangettes … pour Maribel, pour la nouvelle année, si j’essayais à nouveau la recette de ce fondant à l’orange que nous avions tellement aimé chez elle ? et demain, pour les enfants, je leur préparerai un orange curd, ma propre version du lemon curd …  pour les petits, à la rentrée, j’apporterai des oranges à l’école, nous ferons des jus. Et surtout, ne pas jeter les écorces à la poubelle, cela sent tellement bon dans la maison quand elles brûlent dans le poêle.

Voilà que la tramontane qui s’était calmée depuis ce matin se remet à souffler. L’air pique comme un zeste de citron, le vent s’insinue partout comme l’odeur des agrumes, transformant mon patio calme et accueillant en frigo inhabitable. Le jour commence à tomber, quelqu’un a allumé les lumières de la cuisine. Il est temps de rentrer.

Et c’est ainsi que je revins chargée de cadeaux le soir de Noël.

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Mimie

« Le monde est un jardin » : c’est la pensée qui me vint à l’esprit au fur et à mesure de notre progression à travers la forêt tropicale humide de Ranomafana, au Centre-Est de Madagascar. Pourtant il pleuvait ce jour-là … comme la veille et l’avant-veille … Les gouttes glissaient sur les feuilles déjà humides, tombaient sur d’autres un peu plus bas, sur lesquelles elles rebondissaient, envoyant des giclées en tout sens. La nature jouissait allègrement de cet arrosage automatique, transformant généreusement cette manne céleste en nouvelles pousses, feuilles bien vigoureuses, fougères arborescentes et autres merveilles. Le sentiment que je n’étais pas grand-chose dans ce tout végétal me saisit, à mesure que je tentais de progresser vaille que vaille en glissant sur la boue du sol et sur le tapis de feuilles luisantes. J’avais enfilé un grand poncho imperméable kaki, j’étais donc sèche à l’extérieur, mais trempée de sueur à l’intérieur ; mes mains et tout ce qui avait le malheur de dépasser était trempé, idem pour mon appareil photo que je renoncerais vite à utiliser. Mes lunettes et l’objectif étaient embrumés et prendre une photo des lémuriens, bien sûr pas assez fous pour descendre dans cette piscine verte, relevait de l’héroïsme : dans l’ordre il fallait essuyer mes lunettes, puis sécher l’objectif, se tordre le cou pour apercevoir le petit animal tout en haut des branches, ignorer les gouttes qui tombaient alors sur mon visage, repérer enfin dans l’objectif le petit animal, essuyer de nouveau l’objectif que sa position tournée vers le ciel exposait à la pluie, faire fi des gouttes qui profitaient de mes bras tendus vers le ciel pour venir s’insinuer et glisser le long de mes avant-bras en petite rigole rafraîchissante. Bon vous aurez compris, la forêt tropicale humide porte bien son nom et ce n’est pas forcément extraordinaire le pied quand il y pleut. Je vous passe la perte des compagnons, eux aussi en poncho kaki, qui se noient dans la verdure brumeuse dès que j’ai 30 mètres de retard, distance qu’infligeait le temps de prise d’une photo avant le renoncement définitif à toute sortie des bras de leur abri à la découverte de ma 1ère sangsue, une sale bestiole qui prend son pied quand elle suce le sang de l’homme qui prend l’eau !!!

Ce fut une ballade d’une matinée et le plus agréable de la ballade fut la douche chaude ensuite, puis le fait de revêtir après cela des habits secs  !!! »

  • Non, là Mimie, tu exagères !!!
  • Oui, je sais, mais je t’assure que lorsque j’y étais, au bout d’une heure, je n’avais plus envie que d’une seule chose : rentrer à l’abri dans la civilisation, bien au sec. Tu sais, c’était en montée et avec la pluie, ça glissait ; j’avais pris un bâton de marche, mais ça ne m’aidait guère. De plus c’était un peu mal organisé, il y avait de nombreux touristes, comme nous, avec leur guide et ce qui était un chemin un peu glissant au départ devenait une patinoire après x piétinements.
  • Oui, donc c’était l’horreur d’après toi, une horreur où de nombreuses personnes auraient voulu être à ta place, Madagascar, tu te rends compte !!!
  • Oui, oh je sais, mais je t’assure que 3 jours dans la pluie et l’humidité constante, même si la température n’est pas froide, c’est pénible au bout d’un moment. Impossible de faire des photos, de faire sécher son linge, de se promener, on était coincé dans notre hôtel !!!!
  • Le bagne, dis donc, et qu’as-tu fait d’autre, qui t’a plu ?
  • Mais j’ai adoré la forêt tropicale humide, cette impression d’être dans un espace à la végétation luxuriante, des arbres inconnus, en quantité et d’une taille pas possible, tu ne vois plus le ciel tellement c’est dense !!!
  • Et pourtant, cela n’empêchait pas la pluie de tout traverser, cette densité !!!
  • Ah, ça suffit, Conscience !!! Là tu te moques de moi, oui cette végétation était dense, il y avait plein de végétaux que je ne connaissais pas, des lianes, ah, tu aurais vu ces lianes, grosses comme des branches ; j’ai bien essayé de les prendre en photo, mais cela ne rend rien : comment une simple photo pourrait-elle traduire les enlacements, les vrilles, les envolées, les courbes où élégance rime avec tortuosité. La liane a confiance en la vie, elle se lance, persuadée qu’elle va rencontrer un appui qui va l’aider à s’élancer toujours plus haut, toujours plus loin
  • Oui, finalement ce que tu me décris là, si je comprends bien, correspond ici à un liseron qui grimpe, qui grimpe, mais à une autre échelle !!
  • Oh, tu peux te moquer, Conscience, je suis tout à fait sensible aux velléités de spirale et de grandeur des liserons, mais à l’échelle de la forêt tropicale, c’est comme magique, tu as l’impression d’être dans la forêt maléfique de Blanche Neige quand elle fuit le soir et qu’elle a l’impression que toutes les branches sont ses ennemies
  • Donc c’était horrible !!
  • Mais non, c’était particulier, grandiose, j’avais conscience que cette forêt était autrement plus solide que moi et ma petite vie qui un jour finira sans même que je me transforme en perchoir à perroquet, en support de liane ou en humus fécond. J’avais l’impression d’aborder une autre dimension du temps, une dimension qui avait commencé bien longtemps avant ma naissance et dont nul ne pouvait imaginer la fin. C’était comme entrer dans un sanctuaire, un sanctuaire qui te donne à voir des trésors qu’il façonne depuis des milliers d’années. N’as-tu jamais ressenti cela à petite échelle quand par exemple tu prends le temps d’admirer un grand chêne dans une forêt ?
  • Comment veux-tu, je suis ta Conscience, je ne me promène pas dans les forêts mais dans ton cœur et dans tes neurones, et ce n’est déjà pas simple, crois-moi !!!
  • Ah, ça, bien sûr, c’est facile comme réponse !! Bon, donc je t’expliquais à quel point c’était impressionnant, et puis il y avait des fougères arborescentes, c’était mon rêve d’en voir en vrai et dans leur environnement naturel. Déjà en France, j’adore les fougères et leurs crosses, délicates promesses de vie future qui se déroulent à leur rythme au printemps pour donner naissance à une nouvelle feuille, cela m’émeut, c’est fou, cette vie qui redémarre toute seule, obéissant à une injonction universelle venue de la nuit des temps !! Alors, vois-tu, il y avait à Mada des fougères arborescentes ; arborescent est en fait un participe présent du verbe latin arborescere qui veut dire devenir arbre ; ce qui veut dire que ces fougères sont modestes mais tout en volonté : elles ont déjà une taille d’arbre (pour moi est arbre tout végétal qui a une taille qui permet de se mettre à l’abri dessous tout en restant debout), mais, peut-être en raison du voisinage de grands arbres, elles ne se sentent pas des arbres, mais en devenir d’arbres, puisque mot à mot elles sont « en train de devenir des arbres », elles la jouent modeste, bien qu’elles soient déjà des fougères géantes, c’est génial, non ?
  • Oui, je comprends ce que tu veux dire
  • Ah, ben ça, c’est incroyable, tu veux dire que tu me comprends ou alors que tu partages mon opinion, ce qui n’est pas pareil ?
  • Je partage ton opinion
  • Ce n’est pas possi ble !!!
  • Si, parfaitement !!!
  • Tu n’es pas en train de te moquer de moi ?
  • Non, quand tu parles vrai, je suis en harmonie avec toi, comme cette nature est en harmonie avec l’univers
  • Mais si tu es en harmonie avec moi, je suis en harmonie avec toi, c’est-à-dire avec moi ?
  • Oui
  • C’est là comme une paix intérieure qui s’insinue en moi telle une légère brumisation qui apporte une douche fraîcheur un jour d’été brûlant !!
  • Oui exactement
  • Que je sois en harmonie avec moi-même est le plus beau cadeau que la vie puisse m’offrir

Ce dialogue, je l’eus avec ma conscience quand je revins de Madagascar, pendant le retour en avion le soir de Noël. J’avais dans mes bagages des cadeaux pour ma famille, mes amis, mais le plus beau de tous, pour moi seule, fut celui-ci, l’harmonie avec moi-même, auquel je pensai particulièrement quand je terminai mon carnet de voyage par ces mots : « C’est ainsi que je revins chargée de cadeaux le soir de Noël. »

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Pascaline : Le monde est un jardin

Adam et Eve ont eu leur jardin, fait pour eux.

Les humains ont fait leur jardin, des jardins bien à eux,

où les roses hybrides sont fabriquées, taillées, tutorées.

Où les fleurs s’achètent en magasins, en solde, même parfois, notez-le bien.

J’ai voulu vous offrir un cadeau et j’ai cherché.

La Reine des jardins, la rose ?

celle que les humains, en occident

chantent depuis la nuit des temps ?

La rose, vendue aux passants absents

sur les trottoirs, dans les restaurants ?

Mais la rose tenue en laisse

laisse derrière elle

son absence de parfum,

Empaquetée dans un linceul transparent :

elle ne frémit plus depuis longtemps

sous le souffle du vent.

J’ai voulu vous offrir un cadeau et j’ai trouvé l’idée.

La Mère des roses , la Rose des haies.

Celle que les gitans, filles et fils du vent

aiment en secret.

La rose des haies

sauvage, simple, essentielle,

partout chez elle.

J’ai voulu vous offrir un cadeau et je suis allée la chercher.

Alors, pour cette fête

celle de la fin de l’obscurité

Je suis allée dans Le Jardin,

le long des rues, des parcs, des haies

sur les chemins oubliés

Et je n’ai rien trouvé …

Au détour des sentiers, point d’églantier.

Je voulais tellement vous offrir un cadeau …

« pourvu que les fleurs ne soient pas comme les fées !

Quand on n’y pense plus, elles meurent … ». Et j’ai pleuré.

Alors,

dans ma mémoire

J’ai rassemblé  brassées odorantes,

et poings d’enfant serrés

sur les fleurs des champs et les fleurs des fontaines,

des rivières et des prés

coquelicots, pensées

sauvages …

je vous offre

fleur de Perce-neige,

d’ olivier de Bohème et de safran des près,

une benoite des bois, une benoite des ruisseaux,

une oxalis des fontaines,

Ecoutez donc leurs chants …

Asseyez-vous donc ici : ce n’est pas fini …

une fleur tabouret des bois,

un tabouret des champs

Casque de Jupiter,

Adonis, Amaranthe,

astragal queue de renard et

petite centaurée délicate

Peigne de Vénus,   chardon des champs

Fermez les yeux, et goûtez leurs histoires

leurs histoires de fleurs

campanule fausse raiponce,

herbe à la sagesse et dame de 11 heures,

liseron fausse guimauve, muscari en grappe,

l’euphorbe réveil matin et le désespoir du peintre,

la néottie nid d’oiseau, le nombril de Vénus,

la  clandestine écailleuse, la cardamine hirsute,

l’Epine du Christ et la Circé de Paris,

Miroir de Venus et Menthe des Champs

La céraiste des champs et la céraiste des fontaines,

Voici mon bouquet, venu de notre nuit,

nuit de sortilèges et de fééries :

épervière oreille de souris,

ophrys abeille,  ophrys bécasse, ophrys grenouille,

une orchis singe et une orchis vanille,

Fumeterre et ononis coquecigrue

Doronic Tue Panthère et anémone des bois,

Pimprenelle, Plantain serpentine, Trolle Boule d’Or, Trompette de Méduse,

salsepareille, sarrasin blé noir, salsifis sauvage,

pavot, petite buglosse, reine des prés et une rose d’églantier.

Voici mon bouquet de fleurs sauvages

effluves de nos mémoires

Extraits de notre grimoire.

Elles nous murmurent tout bas :

« Nous, Les Fleurs sauvages vivons parce qu’on nous oublie. »

Et c’est mieux ainsi.

Et c’est ainsi que les fleurs me parlèrent à nouveau.

Et c’est ainsi que je revi(e)ns chargée de cadeaux.