Dialogue « C’est pas vrai, ça !!! » (octobre 2017)

Sujet oct 2017 : «  C’est pas vrai ça !!! »

Je vous propose d’écrire un dialogue qui commence par la phrase «  C’est pas vrai ça !!! ». Je vous propose également que le personnage avec qui vous parlez ne soit pas un humain, mais un animal, ou un objet ou dieu sait quel autre élément : une pensée, le vent …

Dans cet échange, il devra être question à un moment ou à un autre de timbre-poste, de pirouette, de voie lactée, de blue grass, de Gaston Lagaffe, de far breton brûlé, de bois flotté, d’agenda 2018, de pompe à vélo, de grelot et de chaussette trouée.

Pour faciliter la lecture, je vous demande au début de chaque phrase du dialogue de mettre l’initiale de qui parle, bon, bien sûr ne choisissez pas « Hélène » et « Hérisson », sinon on aura du mal !! Si vous voulez ajouter des didascalies (ces petites indications notées pour le lecteur et le comédien), faites-le comme les pros : en italique :

  • H, en claquant la porte et tenant son tablier à la main 
  • P, en s’inclinant jusqu’à terre 

Bon amusement !!!!!

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Corinne – Proposition 2 : dialogue

M – C’est pas vrai ça !!! Dis-je au bord des larmes

D – Sois honnête avec toi-même pour une fois et regarde la vérité bien en face. Là, tu ne t’en tireras pas avec une pirouette, l’heure de vérité a sonné

M – Mêêê mêêê furent les seuls sons qui sortirent de ma bouche

      Apeuré, ils tintaient comme un grelot chevrotant

D – C’était pas au programme de ton agenda 2018, on dirait… fit la voix plus compréhensive

Je sais, c’est un choc de te retrouver là, n’est-ce pas… ?

M – Ce n’est pas comme je le pensais… glissais-je un tantinet rassuré par la voix radoucie

D – Qu’est-ce que tu imaginais ? Une petite balade tranquille dans la voie lactée balloté par les courants cosmiques au milieu des étoiles…

M – Non non, plutôt les trucs classiques que j’avais entendus : le tunnel,         la lumière au bout, ma mamie bigoudène tout sourire m’attendant, les bras chargés de son far breton brûlé…

D – Chacun voit selon ce à quoi il croit, tout ceci n’est qu’illusion, ton illusion

M – Ben, c’est pas génial, il fait noir, il fait froid et je me sens un peu seul…

Après réflexion j’ajoutai :

Je me sens un peu comme un tronc de bois flotté vacillant sous les vaguelettes d’un rivage de lac de montagne une nuit d’hiver.

D – Au moins tu ressens quelque chose

Ça ne va pas durer, ce n’est qu’un passage, le temps que tes corps se dissolvent et se fondent à nouveau dans le tout…

M – Les souvenirs me remontaient : dans ma décapotable rouge filant à toute allure sur la route de la corniche, l’auto-radio crachant à fond le CD de bluegrass que je lui avais fait avaler en partant, les gravillons le ravin l’océan, le temps soudain suspendu…

Je n’ai pas droit à du rab… ? demandais-je avec un soupçon d’espoir

D – Un corps physique dans ton état ne se regonfle pas avec une simple pompe à vélo m’entendis-je répondre avec beaucoup de compassion

M – C’est vrai que j’ai un peu abusé ces dernières années, alcool,   cigarette, bonne bouffe, médocs et je passe sur les substances illégales… j’ai du ramener mon espérance de vie à la taille d’un timbre poste, n’est-ce pas ?

D – On peut dire ça, c’est une vue de l’esprit qui me semble juste. Je te félicite pour ton honnêteté envers toi–même, tu vois, ça vient, c’est plus facile quand on discute avec moi…

M – Mais au fait, vous êtes qui… ?

D – Ne fais pas ton Gaston Lagaffe, ça marchait peut-être très bien avant          avec les autres mais là, plus de masque, au fond de toi tu sais parfaitement qui je suis

M – J’ai un doute, mes connaissances dans ce domaine sont limitées. J’oserais bien une petite intuition mais chais pas trop (hésitant)

… Dieu … ??

D – On peut dire ça…

En fait, je suis TOI, cette partie de toi méconnue que tu appelles Dieu

M – Ah… Ça me laisse sans voix…

Après quelques minutes de silence gêné

Je me sens dans mes petits souliers, vous savez comme le jour d’un rendez-vous galant où on s’aperçoit qu’on a enfilé une chaussette trouée

D – Oui, mais moi je m’en fiche de ta chaussette, trouée ou pas, ce qui m’intéresse c’est ce qu’il y a dedans.

Je te connais comme si je t’avais fait ajouta la voix avec humour

M – Hmmm… tu connais tout de moi alors… c’est flippant.

D – Des choses à te reprocher ? C’est le moment ou jamais d’en discuter…

Je ne suis pas là pour te juger puisque je connais déjà tout de toi et ce depuis toujours, depuis le commencement

M – Ça fait longtemps qu’on cohabite ?

D – Oh oui, depuis la nuit des temps…

M – C’est nouveau tout ça pour moi, laissez-moi le temps d’encaisser

D – On a tout le temps dorénavant car ici il n’existe pas…

M – Pourquoi, est ce que je ne te rencontre que maintenant ?

D – J’ai toujours été à tes côtés mais tu ne le savais pas

M – Pourquoi me le révéler alors… ?

D – Parce que c’est le moment opportun, patiente encore un peu et tu comprendras .

Nous ne faisons qu’un… patience… cela va devenir très clair, tu verras

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Gisèle : sujet d’octobre 2017C’est pas vrai ça

« C’est pas vrai, ça ! »

Je ne peux m’empêcher de grogner : c’est tous les jours la même chose ! Le matin, mari et enfants quittent la maison en laissant, derrière eux, un bazar incroyable. Me voilà condamnée à ranger, non seulement mon désordre, ce qui est légitime mais également celui des autres, chose que je déteste. J’utiliserais volontiers la méthode grand style, du désordonné Gaston Lagaffe : la connaissez-vous ?

« -Non ! Mais je serais curieuse de la découvrir ! »

Qui parle ? Je sursaute interloquée en pirouettant sur moi-même. Mes yeux font  le tour de la chambre parentale, détaillant le lit qui baille largement, couette renversée, tandis que des chaussettes, vraisemblablement trouées, s’étirent avec bonheur sur la descente de lit.

Là-bas ! L’armoire ! Au fond de la pièce, elle occupe tout l’espace. L’un des battants, légèrement entr’ouvert tressaute doucement. Les mains tremblantes, je le fixe avec frayeur : y-a-t-il un fantôme à l’intérieur et un fantôme en plus qui lit dans mes pensées ?

« -Viens ! N’aie pas peur ! C’est moi, ton armoire, qui ai envie de bavarder un peu avec toi. Il y a si longtemps que je suis dans votre famille et que je vous écoute tour à tour ! J’ai maintenant envie de parler. Alors raconte-moi la méthode de rangement de ce Gaston Lagaffe ! A ce propos, si je peux me permettre, une petite mise en ordre de mes rayonnages ne serait pas de trop ! »

J’éclate de rire. Incroyable : ma chère armoire ancienne qui bavarde ! Quelle chance, je ne vais pas m’ennuyer : j’imagine sa tête (pardon, son fronton !) lorsqu’elle connaîtra la méthode de ce Gaston Lagaffe !

« -Moi : Tu veux connaître sa façon de procéder ? Très simple : je te couche par terre, je ramasse tout ce qui traîne dans la maison et j’entasse tout ce fatras dans ton corps. Je ferme à double tour tes quatre battants et je te relève !

-Armoire : en fermant compulsivement ses battants. Ah ! Ah ! Ah ! Eh bien, je ris jaune : très peu pour moi ! Je préfère la méthode habituelle, si tu veux bien t’en souvenir.

-M, ouvre-toi, que je t’examine. Oh mon Dieu ! Il y a du boulot ! Que fait, par exemple, cet album de timbres-poste sur les paires de draps ??

-A, Rappelle-toi ! L’autre jour, tu l’as consulté pour t’occuper, pendant que ton far breton cuisait dans le four ! Je te rappelle d’ailleurs qu’il a brûlé…

-M, Tu vois tout, c’est infernal ! Mais, heureusement, les enfants et Steven ont été très gentils. Ils ont mangé sans sourciller leur part de far, alors que j’étais morte de honte. Mais dis-moi, cette branche de bois flotté qui se cache derrière les vêtements suspendus ? Qu’est-ce que c’est ? Ah oui ! Je me souviens ! La plage de La Tamarissière, près d’Agde, dans l’Hérault, après la tempête de 1999, était couverte de goémon et de divers débris. C’est là-bas que je l’ai ramassée. Voyons un peu que je réfléchisse. Ce morceau de bois pourrait faire un superbe pied de lampe. Qu’en dis-tu ? Je vais le porter à l’atelier.

-A, j’ai comme l’impression qu’il va y rester un petit moment…

-M, dis donc, si tu as la critique aussi facile, je te préfère muette…

-A, ne te fâche pas, je te taquine. Tu sais, je te considère presque comme ma petite fille : songe que je t’ai vu naître et faire tes premiers pas…Allons, revenons à nos moutons, ou plutôt à nos rangements. Tu ne veux pas regarder dans le tiroir de droite ? Je sens quelque chose qui me démange.

-M, ouvrant le tiroir. Tu veux parler de cette pompe à vélo ? Je me demande ce qu’elle fait là. Ah ! Attends ! Il y a une petite étiquette : «  Pompe à vélo de Jacques Anquetil ». Incroyable ! N’importe quoi ! Ce doit être encore ce pauvre Steven qui s’est fait avoir… Un peu comme s’il croyait que ce grelot, là, à côté, provient de la fée Clochette !!! Il passe son temps dans les brocantes et achète les objets les plus improbables.

-A, gageons qu’il nous rapportera un jour, «  Les Bottes de Sept lieues » du Petit Poucet !

-M, arrête ! Je suis pliée de rire ! Sais-tu qu’il a déjà inscrit dans l’agenda 2018, les dates de toutes les foires et brocantes à venir !!! Tu n’as pas fini d’engranger des choses !

-A, Il faut dire que tu ne te gênes pas non plus pour remplir mes tiroirs avec n’importe quoi. Par exemple, que fait ce « 45 tours », au milieu des chiffons de Mémé Henriette ?

-M, m’agenouillant devant le bas de l’armoire et fouillant dans le tas.

Ah ! Mon 45 tours ! Comme je suis contente de le retrouver ! C’est mon disque de « Blue Grass » fétiche. Je croyais l’avoir perdu. Regarde ! Earl Scruggs et son banjo dans «  Rockin’Cross the Country » (1973) ! Evidemment, ça ne date pas d’hier. Merci ma chère grand-mère !

A, attendrie, agitant doucement ses tiroirs.

Ma chère petite, tu me fais voir plein d’étoiles, tiens la Voie Lactée pour le moins ! Tous ces souvenirs…Mémé Henriette par exemple : si tu fouilles un peu, tu trouveras, non seulement ses chiffons mais également sa boîte à ouvrages. Tiens, la voilà ! Et te rappelles-tu, t’être cachée dans ses tricots pour une partie de cache-cache ? Tu t’es endormie ! Tout le monde te réclamait à cor et à cris. J’ai dû danser sur mes pieds pour te réveiller : j’étais plus jeune alors !

M, Oui ! Je me souviens. Oh ! Ma chère armoire ! Et moi qui t’entretiens bien mal. Tu sais ce que je vais faire ? Prendre de l’encaustique et avec un peu d’huile de coude, te redonner la brillance que tu mérites. »

Je cours chercher mon matériel mais, hélas, lorsque je reviens, ma vieille armoire s’est endormie. Elle a repris son aspect habituel et ne donne plus signe de vie. Je frotte avec douceur ses pans vénérables : son corps de chêne luit, ses clés de bronze prennent une patine argentée, une auréole dorée entoure son fronton sculpté, orné de fleurs et de fruits. Avec respect et tendresse, je referme ses portes,  laissant à l’intérieur tous ces objets hétéroclites qui symbolisent ses souvenirs et les miens.

« Ô buffet du vieux temps, tu sais bien des histoires,

Et tu voudrais conter tes contes, et tu bruis

Quand s’ouvrent lentement tes grandes portes noires. » (Arthur Rimbaud)

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Hélène : LE GRAND VOYAGE

Cela faisait plus de 20 ans que j’en parlais autour de moi, et ça revenait chaque année, dès l’arrivée des beaux jours, à peu près en même temps que les cerises …  mon entourage m’écoutait patiemment et souriait quand j’évoquais cette douce lubie. Mais cette année, voilà, j’étais fermement décidée à accomplir mon rêve : parcourir le trajet qui me mènerait de chez moi à ma maison de vacances, soit 1031 km, à vélo … J’avais consulté plus de cent fois l’agenda de 2018, calculé et recalculé la vitesse moyenne que je pouvais espérer atteindre, j’était formelle : si je partais le 1er juillet de Lille, je devais arriver à Collioure autour du 28 juillet. Un périple de plus d’un mois …

Les adieux avaient été touchants. Mon vieux père était mort d’inquiétude –il trouvait depuis toujours cette idée de voyage complètement stupide et dangereuse –  mes amis, eux, étaient impressionnés par mon optimisme inébranlable. Mais j’avais beau jouer la fanfaronne, je n’en menais pas large. Je me demandais si je ne faisais pas une énorme bêtise … Pour me donner du courage, ma meilleure amie d’origine bretonne m’avait offert un splendide far, certes un peu brûlé, mais l’intention y était. Son odeur de beurre et de roussi m’accompagnait.

Tout près d’Amiens, le soleil était pâlichon. Tant mieux, c’était plus facile de pédaler avec la brume. Après avoir péniblement grimpé sur un faux plat, j’amorçais une petite pause près d’un restaurant pour routiers, « Chez Momo  – frites à toute heure ». Je tâtais par précaution les roues de mon vélo…

-Oh ! Crotte ! Elles sont déjà dégonflées !

Et là, quelle surprise ! J’entendis une toute petite voix susurrer :

-Oh ! Crotte ! Elles sont déjà dégonflées !

Je n’en revenais pas : cette voix venait de mon vélo ! Je fis le tour de l’engin, sifflai, chantai …  à chaque fois, mon vélo imitait consciencieusement mes borborygmes. Un vrai perroquet !

Bon, ne nous énervons pas … le sport à haute dose provoque peut être des hallucinations ? Et pour couronner le tout, pas moyen de mettre la main sur ma pompe à vélo ! J’avais beau chercher partout, parmi les multiples sacs prétendument pratiques harnachés à mon engin  … rien n’y faisait, pas de pompe à vélo …

Hélène : – C’est pas vrai, ça ! J’ai oublié le seul truc utile ! lâchai-je, découragée.

Vélo : -Ben oui, t’es vraiment pire que Gaston Lagaffe ! Parce que c’est une énorme gaffe d’oublier ma pompe alors qu’on est normalement parti pour rouler sur plus de 1000 kilomètres ! Gaffeuse ! GAFFEUSE ! Avec quoi tu vas nourrir mes pneus, hein ?

H : AAAHHHHH …. Parce que tu sais faire autre chose que le perroquet , toi ? Tu parles ? Tu râles ?

Cette découverte m’enchanta : j’avais un compagnon, qui manquait certes de charme et de chaleur humaine, mais au moins dans les moments de baisse de moral, je pourrais me confier à quelqu’un.

Le voyage ne fut pas de tout repos, et Lolo – car c’était son petit nom – m’affubla de toutes sortes de noms d’oiseaux, surtout dans les pires moments, par exemple sur les côtes des Monts d’Auvergne, quand je le balançai sans ménagement sur le bas-côté, lui et tout mon barda, complètement essoufflée, vidée, découragée ….

V : AIIEEEE ! Non mais, RELEVE-MOI ! ET PLUS VITE QUE CA ! Et regarde-toi, t’as les mollets aussi plats que ceux d’un timbre-poste, comment espères-tu parcourir ces centaines de kilomètres qui te restent avec des guibolles pareilles ? T’es qu’une fourmi prétentieuse et même pas ouvrière ! Minable !

H : Oh, oh, OH ! Ca suffit ! Si tu continues d’être aussi désagréable, je vais te mettre du scotch sur la bouche ! Et j’aurai la paix !

V : Essaye un peu pour voir … t’y arriveras jamais …

Lolo avait raison, ma remarque était stupide car je n’avais pas réussi à trouver d’où sa voix venait. C’était comme si elle sortait de toutes ses pièces en même temps.

Mais ce vélo devenait de plus en plus impertinent. Je crois qu’il en avait autant ras le bol que moi. Pour couronner le tout, la pluie ne s’arrêtait plus de tomber depuis Clermont-Ferrand. Sur une petite route de campagne, j’avais glissé sur des bouses de vache humides, ce qui m’avait valu une magnifique pirouette amortie par l’herbe grasse d’un pré, et une bosse sur le front, heureusement sans gravité. Evidemment, je n’avais pas pris suffisamment de vêtements, et les quatre paires de chaussettes que j’avais emportées étaient toutes trouées. J’avais beau relire le soir Rimbaud, mon livre de « chevet » pour cette expédition, et apprendre par cœur certains vers pour m’imprégner de l’esprit bohème du poète, rien n’y faisait, le moral était au plus bas.

Nous atteignîmes Millau par une fin d’après-midi orageuse. Par chance, ce jour là il n’avait pas plu, mes affaires avaient eu le temps de sécher. Mes mollets en « timbre poste » semblaient s’habituer à l’effort, je n’avais ressenti aucune douleur le long de la journée, et c’était sans doute la raison pour laquelle mon humeur était excellente. Je décidai sur un coup de tête de planter ma tente dans un petit pré surplombant la vallée. J’en avais assez de me coltiner des cohortes de familles énervées dans les campings de bord de route.

A la tombée de la nuit, la voie lactée au-dessus de Millau était magnifique. Prise d’une inspiration soudaine, je me mis à déclamer :

« Je m’en allais, les pieds dans mes chaussettes crevées ….

Mon vélo aussi devenait idéal ….

Muse ! Et j’étais ton féal …. »

Tout à coup, émergeant de l’obscurité, quelques notes de guitare accompagnèrent ma prose inspirée … C’était Momo ! Momo savait non seulement imiter les voix humaines, converser, mais il était très doué pour jouer ! Quel vélo ! Je m’approchai de lui et lui caressai tendrement le guidon. Momo réagit en me lançant un son de grelot désaccordé émanant de sa sonnette.

H : Momo, tu joues merveilleusement bien de la guitare, qui t’a appris ?

V : C’est ma grand-mère, elle est d’origine yankee, quand j’étais petit, on s’ennuyait un peu dans le garage à vélo, alors elle m’a appris à imiter toutes sortes d’instruments…

Un bonheur immense m’envahit alors. Momo avait deviné que le blue grass était ma musique préférée… Cette nuit-là, pour la première fois depuis mon départ, je dormis apaisée.

Le 28 juillet à 11h précises, j’atteignais la plage de Collioure, sous une chaleur écrasante et après avoir manqué de me faire renverser par un nombre incalculable de camping-cars. Momo et moi nous fîmes un selfie avec la mer en toile de fond,  et j’envoyais aussitôt la photo à mon père en lui écrivant : « Pari gagné ! ». Nous étions très fiers de nous.

Une odeur du pain chaud et de chocolat fondu émanait d’une boulangerie du port. La faim, l’épuisement et la chaleur torride de l’été me firent tourner la tête. Des morceaux de bois flotté échoués après la dernière tempête se confondirent en cookies, brioches et autres gâteaux appétissants, les galets devinrent des petits bonbons rafraîchissants à la menthe et à la réglisse, la plage me rappela furieusement le jaune orangé d’une glace à la vanille … il était temps de poser Momo et mes sacs pour de vraies vacances !

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Mimie : Sujet d’octobre : dialogue

Jeannette, en ouvrant ses volets et en regardant son jardin : Cest pas vrai ça, tu as encore soufflé toute la nuit !!!

Vent : Mais non, je t’assure, je suis resté tranquille tout le temps que tu dormais, j’ai juste fait une ou deux petites pirouettes ce matin pour passer le temps en attendant que tu te réveilles …

J : Une ou deux pirouettes, tu plaisantes, je dirais cent doubles salto arrière vu l’état de mon jardin : le cerisier a perdu toutes ses feuilles et la moitié de mes dahlias est couchée !!!!

V : Ton cerisier, on est en septembre, mon pote le soleil l’a déjà tellement grillé qu’il ressemble à un far breton brûlé !!!

J : Tu t’y connais en pâtisserie bretonne, toi !!!!!! ??????

V : Mais que crois-tu donc, petite, que je ne souffle qu’au dessus de toi, je me promène dans le monde entier et accessoirement en Bretagne, figure-toi !!

J , interdite : Quoi, tu ne souffles pas qu’au dessus de moi ?!?!?!?! La voix larmoyante : Tu souffles ailleurs aussi ?

V : Mais tu es jalouse, ma grande !!!! Oh, je ne voulais pas te froisser, si je ne souffle pas, comment veux-tu que les lettres avec leurs timbres-poste arrivent à destination !!! Les lettres n’ont pas de petites pattes pour aller chez leur destinataire !!! C’est mon travail aussi de souffler dessus pour qu’elles arrivent à destination. D’ailleurs c’est une tâche particulièrement difficile car il ne faut pas que je me trompe de destinataires en soufflant trop fort ou pas assez !!

J : Oh, je ne savais pas que tu avais ce travail, je comprends mieux pourquoi tu vas souffler ailleurs que chez moi  !!!

V : Et ce n’est pas tout ce que je fais, tu connais Gaston Lagaffe, et bien cela fait des années que je le pourchasse pour lui souffler dessus et coiffer sa tignasse ; et bien je n’y suis encore jamais arrivé, il est toujours à dormir quelque part derrière une tonne de courrier chez Dupuis !!!

J : Ca alors, tu m’en vois toute esbaudie, tu sais, moi, je suis souvent dans la lune ; je m’allonge sous un arbre dans le jardin, je lis des BD et j’écoute du blue grass en t’attendant. C’est d’ailleurs parce que ma maman adorait Gaston et son amoureuse Mademoiselle Jeanne que je m’appelle Jeannette !!!

V : Hé bien, je ne le savais pas ; alors, comme ça tu rêvasses en m’attendant, moi qui croyais que tu avais ton agenda 2018 déjà tout rempli, je vois que Madââââme prend du bon temps !!!!

J : Mais c’est par affection pour toi : si je rêve en regardant souvent le ciel, c’est pour mieux sentir ta présence quand je vois les nuages défiler à toute vitesse. Mais quand rien ne bouge dans le ciel, alors là je suis inquiète, je me demande où tu es, et je me dis que je devrais te mettre un grelot au cou pour pouvoir savoir où tu es !!!

V, tout ému : Par affection pour moi, tu viens de dire !!!! Nom d’une chaussette trouée, mais tu m’aimes alors ? Pour de vrai ?

J, écarlate : Oui. Se ressaisissant : Mais ce n’est pas une raison pour tomber complètement car il va falloir que je te regonfle à coups de pompe à vélo pour que tu puisses repartir !!!

V : Tu as raison, ma douce, il faut que je reparte, j’ai un stock de bois flotté à livrer, c’est pour ta copine Mimie qui fait de l’art floral, le bois est à 2 km du bord de mer, si je ne souffle pas, il restera au large et elle ne pourra jamais le ramasser sur la plage pour faire ses compositions !!! Je reviens tout de suite après !!!

J : Hé bien, je vais rester à ma fenêtre à t’attendre ; si tu n’es pas là à la nuit, j’admirerai la voie lactée !!!

Vent souffla en zéphyr pour caresser la joue de Jeannette, puis devint ouragan pour pousser le bois plus vite sur la plage et rentrer au plus tôt chez sa chérie.