Négatif (mai 2017)

Sujet 9 : Négatif (mai 2017)

Pour ce sujet, je vous propose d’écrire un texte « au négatif », c’est-à-dire que vous devrez écrire en n’utilisant que des verbes à la forme négative ; pour vous apporter un peu d’aise, j’autorise (mais ce n’est pas obligatoire) 3 utilisations de la forme affirmative. Votre texte devra commencer par les mots suivants :

Elle (il) ne s’est pas retourné(e) en fermant la porte ce matin

et inclure quelques petites expressions sympathiques :

  • nu comme un ver
  • comme un poisson dans l’eau
  • copains comme cochons
  • comme chien et chat
  • fait comme un rat

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Corinne – Proposition 9 : « Au négatif »

Il ne s’est pas retourné en fermant la porte ce matin, je n’ai pas eu droit à mon bisou d’au-revoir matinal ni au traditionnel « Bonne journée maman ». Il n’a pas non plus reparlé de cette histoire, bien sûr il n’est pas facile d’être fait comme un rat.

Louis n’était pas le seul fautif dans cette histoire, Juliette, la petite voisine à la langue bien pendue, n’aurait pas dû se vanter de leur mauvais coup en préparation et, bien sûr, il n’aurait pas fallu qu’un de leurs camarades de classe ne vende la mèche.

Elle n’était pas en reste côté bêtises, petite dernière d’une fratrie de 6 garçons, personne n’avait vraiment songé à son ‘’éducation’’ de fille. On ne la connaissait d’ailleurs que par le diminutif de Jul. Sa mère n’avait certes pas une allure de femme mais plutôt la carrure d’un bûcheron et ne cachait pas sa fierté d’accoucheuse de mâles.

Depuis leur découverte de l’expression pendant une leçon de français à l’école Jul et Louis ne se qualifiaient plus que de « copains comme cochons » ce qui, dès sa prononciation, ne provoquait qu’une envolée de rires bêtes, comme on ne peut le faire qu’à leur âge.

S’ils n’avaient pas fait les 400 coups ensemble, on n’en était pas loin. Il ne se passait pas une semaine sans qu’ils ne se blessent, ne se fâchent ou ne se bagarrent avec Edgar le fils du poissonnier.

Edgar… un garçon pas très futé, pas spécialement aimable et qui, de surcroît, ne sentait pas la rose, ses parents n’étant pas très regardants ni sur la propreté physique ni vestimentaire. Au regard de ses cheveux blonds, raides et toujours gras, les deux trublions ne le nommaient que par le sobriquet de « méduse puante ». Nous n’allions d’ailleurs jamais en courses chez eux, leurs produits ne connaissaient pas vraiment la date limite de fraîcheur. Mon fils Louis ne gardait pas un bon souvenir de la dernière bouillabaisse de sa grand-mère… il n’avait pas quitté la chambre pendant trois jours se vidant tripes et boyaux.

Quelque peu susceptible, il n’avait pas digéré ni le poisson, ni les remarques de ladite « méduse puante » sur la fragilité toute féminine de ses intestins…

Une bonne purge qui ne lui laissa qu’un sentiment amer dont il ne se départit plus jamais. Il n’avait pas encaissé l’affront, ne se voyant que comme victime de la méduse et de son poison. Depuis l’incident, il ne lui avait plus jamais adressé la parole sinon que par des insultes et quelques coups de pieds bien sentis. Ils ne se regardaient plus que comme chien et chat !

Il ne se passait pas une semaine sans que l’un ou l’autre ne fomente un mauvais coup. Mais jusque-là, seulement des taquineries de gamins sans conséquence.

Louis et Jul n’avaient donc pas trouvé mieux comme idée que de plonger le pauvre Edgar nu comme un ver dans l’aquarium à crabes de la poissonnerie. Malingre, le gamin ne faisait pas le poids contre le duo infernal.

Hier donc, en fin de matinée, quelle ne fut pas ma surprise : coup de sonnette impérieux à la porte . Devant moi, le poissonnier furax, Louis et Jul pleurnichards tirés chacun par une oreille. Depuis la  »délation », il n’avait eu de cesse de les prendre sur le fait et n’était intervenu qu’au moment où il ne leur restait qu’à jeter le malheureux dans l’aquarium.

«La méduse, on ne faisait que la remettre comme un poisson dans l’eau ». Je n’avais jamais rien entendu d’aussi pathétique comme excuse de la part des deux penauds.

Je ne voulus plus rien écouter de leurs piètres explications à leur blague idiote, ils n’avaient pas conscience des limites à ne pas dépasser et cette fois ce n’était plus tolérable, leurs petites chamailleries n’étaient plus des jeux de gosses mais une obsession qui ne donnerait rien de bon si personne n’y mettait un terme.

Nous n’avions plus le choix, seulement celui d’une bonne leçon avant que cela ne dégénère plus avant. D’ici à notre concertation entre parents pour trouver une punition avec du sens, Louis n’avait plus qu’à se tenir à carreaux.

Je ne le reconnaissais déjà plus, l’épée de Damoclès au-dessus de sa tête n’avait que des avantages… pour l’instant . Tant pis pour mon bisou du matin, Louis n’était plus mon petit garçon chéri mais mon espoir d’un homme en devenir.

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Gisèle – négatif

Il ne s’est pas retourné en fermant la porte ce matin. Rémi n’a donc pas vu les rideaux bouger légèrement, derrière la vitre de la fenêtre de la cuisine. D’ailleurs, pour lui, Nadège n’avait aucune raison de surveiller son départ. Ne s’était-elle pas enfuie en pleurant, nue comme un ver, juste sortie de la douche, en claquant la porte de la chambre à toute volée ?

Il ne l’avait pas suivie : cette scène de ménage n’en finissait pas et comme toutes les précédentes, elle ne résolvait pas leur problème. N’étaient-ils pas devenus, comme chien et chat, à coups d’aboiements coléreux et de miaulements hystériques, uniquement capables de mordre l’égo de l’autre, de broyer sa fierté, de griffer sa réputation, de déchirer ses envies, de lacérer ses passions secrètes ? Non, la sempiternelle mauvaise foi, les phrases assassines, les sous-entendus sarcastiques, les malentendus assumés et même revendiqués, il ne pouvait plus les supporter. Et ne parlons pas des envols d’assiettes à travers la pièce, des coups de pieds rageurs destinés à enfoncer la porte, des hurlements à glacer le sang, des sanglots inextinguibles et entrecoupés de hoquets. Tout cela n’était pas vivable et Rémi n’en pouvait plus.

Il tenta d’ouvrir la portière de sa voiture garée dans la rue, devant son portail : la clé à distance ne marchait plus. La garce ! La poison ! Le démon ! La furie !  Non ! Non ! Il ne serait pas fait comme un rat ! Ne voulait-elle pas l’obliger à revenir échanger son « bip » contre le sien qu’elle avait probablement caché à l’avance ? Eh bien, cela ne marcherait pas : il n’utiliserait pas sa voiture et se rendrait à pieds à son bureau. Deux kilomètres à tout casser : ce n’était pas la mer à boire.

Malheureusement, le temps n’était pas propice à une agréable promenade. Les innombrables gouttes de pluie de l’averse qui survenait depuis ce matin ne se gênaient pas pour traverser son blouson, tremper ses cheveux et refroidir ses extrémités. Rémi était loin de se sentir comme un poisson dans l’eau ! Son exaspération ne connut plus de limites, Nadège n’était qu’une sale bonne femme ! Un démon ! Une harpie !

Tout à ses ressentiments, il ne remarqua pas tout de suite la voiture de pompiers, sirènes hurlantes qui le croisa au carrefour, puis celle des Urgences survenue un peu plus tard, alors qu’il traversait le parc public. S’étant repris, il ne manqua pas d’adresser en pensée aux supposés blessés transportés par les véhicules,  les  «  TIENS BON ! TIENS BON » de rigueur, qu’évoquait la sirène des pompiers et tenta d’ignorer les «  T’ES FOUTU ! T’ES FOUTU ! » émis par l’ambulance.

«  Non ! T’es pas foutu ! TIENS BON ! TIENS BON ! »

Peut-être, mais les deux voitures ne se dirigeaient-elles pas vers son quartier ? Ce ne fut pas sans une terrible appréhension, qu’il fit demi-tour et se mit à courir. Les véhicules garés maintenant devant chez lui, n’avaient pas arrêté leurs gyrophares. Et, n’était-ce pas un brancard que deux pompiers, non pas copains comme cochons, mais simplement collègues, manœuvraient non sans précautions ? Nadège, couchée, les bras ballants,  les yeux fermés, n’avait plus de couleur excepté la tache écarlate qui s’agrandissait sur son pull.

Nadège ? Nadège ? Mon Dieu, ce n’était pas possible ! Pas elle ! Non, par pitié, pas elle ! Pas ma tendre chérie ! Mon petit, je n’ai pas voulu te faire du mal, je ne sais pas très bien mais c’était sans intention ! Je t’aime trop : ne me quitte pas ! Ne me quitte pas ! Il ne parvenait pas à ordonner ses pensées désespérées et tourbillonnantes. Quelque part dans sa tête, n’entendait-il  la chanson de Jacques Brel :

« Ne me quitte pas, ne me quitte pas !

  Moi, je t’offrirai des perles de pluie,

Venant de pays où il ne pleut pas ? »               

Il ne la prit pas dans ses bras, car les urgentistes maintenaient au-dessus d’elle, un flacon de perfusion mais il lui adressa de ferventes paroles d’amour, sans se soucier de la foule qui ne manquait pas de les presser. Elle ne parut pas l’entendre mais Rémi, ne pouvait-il pas deviner un léger sourire sur ses lèvres, tandis que ses paupières ne cessaient de tressaillir faiblement ?

Ceci n’est pas une conclusion mais plutôt une réflexion.

     Certains d’entre nous, ne préfèrent-il pas vivre un enfer avec l’être aimé plutôt qu’un paradis sans amour ?

« « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « « «

Hélène :

Je vous envoie ma proposition, avec également un extrait d’article de médiapart ci-dessous qui m’a inspirée. C’est un sujet douloureux et délicat mais qui m’a beaucoup touchée.  Mon texte est court, c’est un choix délibéré, mais c’est également lié à la difficulté de la consigne !

Extrait de Mediapart, traduction d’un article paru dans un journal turc :

“Barış Yazgı, 22 ans, violoniste, a péri dans la mer Egée, avec 15 réfugiés.”  Écrit le journal “Il serrait encore son violon dans ses bras sans vie.”

Barış et Yazgı se traduisent en français comme “paix” et “destin”. Pour lui, le destin fut tracé par un fonctionnaire d’ambassade… pour qu’il soit à son tour, victime des murs et barrières dressées… Le savent-ils, lorsqu’ils prennent une décision de refus pour quelqu’un qui veut quitter la Turquie, que la mort rôde en mer Egée ?

Barış vivait dans le quartier Fatih, à Istanbul, avec son frère Cengiz, musicien lui aussi. Il avait un autre grand frère qui habitait lui, en Belgique. Barış était allé chez lui récemment. Il y était resté sept mois, et une fois son visa épuisé, il était revenu en Turquie. Barış jouait dans le groupe Ensemble avec Caner Sırtmaç et il avait des projets. “Il voulait retourner en Belgique, faire des études de musique et devenir un virtuose” disent ses proches. “C’est tout ce qu’il voulait”. Il a demandé alors, à nouveau, un visa. Ne pouvant pas justifier un travail suffisamment rémunéré et une assurance, sa demande a été refusée.

Je comprends qu’il veuille partir Barış. Quel avenir pouvait-il espérer ici, aujourd’hui, en Turquie, pour un jeune musicien ? En plus, il jouait du classique dans un pays où l’art, surtout considéré “occidental”, donc “mécréant”, est regardé de travers de plus en plus. Et encore, je choisis mes mots… Que vouliez-vous qu’il fasse le gamin ? Il n’avait plus qu’un choix… Partir sur ce qu’on appelle ici tragiquement, “la route de l’espoir”, et partager le destin des réfugiés.

Avant hier, la mer a englouti un nième bateau rempli de vies. Les équipes de sauvetage ont repêché 16 corps au large, entre la péninsule Sivrice de Çanakkale et l’île grecque de Lesbos. C’est à la morgue de l’hôpital Ayvacık que les victimes ont pu être identifiées. L’une d’entre elles, serrait toujours dans ses bras, un violon dans son étui.

“Barış Yazgı né à Siirt, 22 ans, mort noyé.”, ont-ils du écrire sur la triste étiquette de la morgue. Je m’enfonce six pieds sous terre, en lisant que dans l’étui, il n’y avait pas que son violon, auquel il tenait j’imagine, comme aux prunelles de ses yeux, mais aussi des partitions manuscrites de ses compositions.

“Barış a été enterré hier. Lors de ses funérailles, auxquelles participaient sa famille et amies”, ajoute le journal, “les ağıt que sa mère a chanté brisaient le coeur…”

Nous nous accrochons chacun à quelque chose. Pour Barış, c’était la musique. Il s’est accroché à son violon jusqu’à son dernier soupir.

Barış

Il ne s’est pas retourné en fermant la porte ce matin. Il n’a même pas pris le temps de jeter un œil sur la petite fenêtre de la cuisine, près du jasmin, celle où sa mère ne manque jamais l’occasion de prendre le frais après une journée étouffante. De toute façon , il ne sait même pas s’il la reverra un jour … alors, partir ainsi, sans adieux, sans larmes ni pathos, pourquoi pas ?

Il n’a emporté aucun bagage, seulement son violon et ses dernières compositions, fleuries et colorées comme le ciel d’Istanbul, ses créations dont il ne veut se séparer pour rien au monde.  Dépourvu de tout, quasiment nu comme un ver, il n’a atteint le port de Dikili qu’à la tombée du jour.

« Je ne peux plus continuer comme ça. Cette vie sans perspectives, si loin de ma musique … je n’y arrive plus. Je ne veux plus être obsédé par les rondes perpétuelles des policiers dans notre quartier, à Fatih, les contrôles incessants, nous obligeant, les intellectuels et les autorités, à jouer au chat et à la souris et à nous battre comme chien et chat pour rester dans l’imagerie animale … et ces interdictions stupides et perpétuelles de jouer de  la musique occidentale … musique accusée de « blasphématoire » voire « pornographique » selon les dirigeants !  Quel manque d’ouverture d’esprit !  Non, je n’en peux plus de cette vie. »

 Il n’avait que 8 livres sur lui, de l’agent gagné péniblement la veille en vendant quelques effets personnels.  Juste la somme suffisante pour embarquer dans un canot gonflable minuscule.

 « Rejoindre Cengiz et ses amis musiciens à tout prix, en Belgique, voilà mon but à atteindre.  Jouer ensemble nos mélodies préférées,  le soir, dans les cafés, travailler dur pour intégrer un orchestre, continuer à apprendre le français et ses expressions savoureuses …  avant d’être expulsé de Belgique Cengiz m’a appris  celles-ci : « être copains comme cochons », et aussi « être à l’aise comme des poissons dans l’eau  … » quelles drôles d’expressions, tellement vraies, imagées, pour définir nos relations fraternelles et notre  amour de la scène ! »

Rapidement abandonnés par les passeurs, il n’a pas voulu admettre que lui et ses pauvres compagnons de voyage étaient faits comme des rats.

Quand la chaloupe a chaviré, il ne s’est aperçu de rien, l’eau glacée commençant très vite à pénétrer dans tout son corps, sous sa peau, dans ses veines, comme un poison s’insinuant partout, l’anesthésiant à petit feu.

Je ne lâcherai pas mon joyau d’acajou, ma vie, mon bonheur étincelant. Il ne mourra pas, et grâce à lui, moi non plus je ne mourrai jamais. Surtout, ne pas dormir, ne pas fermer les yeux … « la la sib do do sib la sol … »

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Mimie Sujet 9 : Négatif

Elle ne s’est pas retournée en fermant la porte ce matin, elle n’était pas là, dans le présent, mais très loin dans son passé. «Je n’ai pas su le retenir » : elle n’arrivait pas à chasser de son esprit cette petite phrase qui ne lui permettait pas, même encore aujourd’hui, tant d’années après, de vivre totalement. Ne vous méprenez pas, ils ne s’étaient jamais comportés une seule seconde de leur vie comme chien et chat, bien au contraire. Ils ne s’étaient de fait jamais lâchés d’un centimètre, enlacés comme deux amants, serrés, imbriqués l’un dans l’autre.

Pourtant tout n’avait pas toujours été horrible dans cette histoire : au début ils ne ressentaient rien de particulier, petites larves évoluant comme deux poissons dans l’eau, se découvrant, s’aimant spontanément. Et puis au fil des jours, des semaines, ils ne se sont plus sentis bien ; fini le bain heureux, finie la douce quiétude, la mer ne leur était plus douce, après les quarantièmes rugissants, c’étaient les cinquantièmes hurlants. Après un, deux, trois épisodes de tempête, ils n’arrivèrent plus à retrouver leur état d’insouciance, de béatitude originelle. Ils n’étaient plus les mêmes, mais deux petits êtres inquiets, prostrés, accrochés l’un à l’autre dans cet océan à la météo capricieuse.

Puis peu à peu lui n’alla pas bien. Il n’alla pas bien du tout et elle n’arriva plus à le rassurer, même en se serrant fort, nus comme des vers dans un peau à peau fraternel. Elle ne savait plus comment l’aider, comment faire en sorte qu’il ne perde pas confiance, qu’il n’abandonne pas le navire, en un mot qu’il s’accroche. Peu à peu, malgré son amour et sa sollicitude, elle ne put plus rien pour lui, il lâchait prise et elle ne put pas le retenir, malgré ses encouragements, son amour, son humour quand elle lui susurrait qu’ils étaient copains comme cochons et que rien ne pouvait les séparer. Mais il se sentait fait comme un rat et n’avait plus de force pour demain. Meurtre à la quinine, désespoir, elle ne sut jamais la cause réelle de sa mort quand il glissa d’entre ses bras pour sombrer dans les limbes.

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Pascaline – négatif

Elle ne s’est pas retournée en fermant la porte ce matin. Elle n’a pas pleuré non plus. Cet homme, elle ne l’avait jamais aimé, elle ne l’avait jamais pu malgré tous ses efforts. Elle ne ramena pas sa longue jupe correctement devant elle, ne ramena pas ses longs cheveux derrière elle, longs cheveux qu’elle n’avait pas coiffés. Elle n’avait pas voulu partir nue comme un ver de cette maison, au sens figuré du terme : elle serrait sa dot dans son sac à main, dot qui consistait en une bague de sa grand-mère maternelle, un collier de perles, et quelques breloques. Elle se faufila dans les rues étroites et sombres, comme un poisson dans l’eau.

Plusieurs heures plus tard, elle n’arriva pas près du grand quai comme espéré, ne comprenant pas son erreur. Elle ne voyait pas l’enfant, assis au bord de la rivière. Des ronds dans l’eau. Le clapotis qui ne semblait pas murmurer de promesses enjôleuses. Elle ne savait que faire, où aller.

Toute à ses pensées, ramenant son châle blanc sur ses épaules, elle n’entendit pas l’enfant qui ne semblait pas parler pour quelqu’un de précis.

– Jacques … il n’a pas pu … moi, en tout cas, je n’aurais jamais pu !

Moue renfrognée, larmes aux yeux, l’enfant devant le miroir de l’eau ne semblait pas la voir. Il ne se penchait pas, se méfiant de l’eau perfide. Milles histoires contées et toujours au centre des histoires, ces cours d’eau auxquelles il ne fallait pas se fier.

– Jacques … mon seul copain … copain comme cochon … tout seul maintenant …

L’enfant ne tourna pas la tête vers elle, elle ne s’assit pas près de lui, elle ne le regarda pas, il ne se tut pas … murmurant pour lui-même, essuyant ses larmes du revers de sa manche crasseuse.

Elle n’arrivait pas à se suivre, même dans ses propres pensées, emportée par le fil de cette journée. Elle ne pouvait plus revenir en arrière. Elle ne put rester plus longtemps silencieuse .

Cet enfant, seul, devant ce miroir …

Elle ne se tourna pas vers lui.

– Ton ami ?

Du coin de l’oeil, elle ne nota pas la mine triste de l’enfant, son pantalon déchiré et usé mais son regard d’une force surprenante. Besoin de repos. Besoin de s’asseoir là, de partager cette humanité avant de repartir. Besoin d’avoir fait juste une chose, une seule petite chose bien, ne fût-ce qu’une parole, une consolation auprès d’un enfant.

Enfant qu’elle n’aura jamais eu.

Il ne put s’empêcher de la regarder, un peu gêné, un peu honteux, un peu surpris …

– Mon ami … mon ami ! Jacques … oui mon ami … mais un peu comme chien et chat. Et il ne voulait pas venir et maintenant, il n’est plus là …

Deux grosses larmes sur son minois. Elle ne les lui essuya pas. La vie, parfois, n’était pas bien compréhensible. Sourire timide de sa part. Sa main usée sur l’épaule du garçon. Sa tête baissée. Son mouvement d’épaules, à lui, pour se dégager, se redresser.

-Il ne voulait pas venir et maintenant … maintenant … il n’a pas réussi à se sauver …moi, je n’ai pas été attrapé, pas fait comme un rat, comme lui … maintenant … sans lui, je ne pourrais pas vivre, ce ne sera jamais plus comme avant.

Un sanglot. L’eau murmurante. L’ enfant écrasé de chagrin.

Elle ne comprenait pas bien sa peine, ses mots. Elle ne comprenait déjà pas sa propre peine, depuis si longtemps. Elle ne se reconnaissait plus elle-même … pourquoi n’avait-elle pas continué son chemin ? Pourquoi cet arrêt, là ? Elle n’arrivait plus à repartir.

L’eau bruissante plus claire sous le soleil.

Elle ne dit rien. Rien de plus. Sa main dans celle de l’enfant. Juste repartir.

Ensemble.

 

15 réflexions au sujet de « Négatif (mai 2017) »

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