Les couleurs – mars 2017

Sujet 7 : Les couleurs

Votre texte va commencer par la phrase suivante : « Il (elle) s’orienta dans la forêt au son des pleurs et découvrit au creux d’un coussin de mousse vert-clair un nouveau-né. »

A vous d’inventer la suite, en respectant la consigne suivante : chacune de vos phrases devra comporter un nom/adjectif de couleur.

Bon amusement

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CORINNE

Elle s’orienta dans la forêt au son des pleurs et découvrit au creux d’un coussin de mousse vert clair un nouveau-né. Emmailloté dans ses langes d’un blanc éclatant, sa présence dissonait au milieu du paysage automnal. Son petit visage pâle rougi par le flot de larmes laissait entrevoir deux grands yeux gris bleutés qui la fixaient maintenant.

Tendant les bras délicatement vers lui, ses lèvres ourlées de rouge vif s’entrouvrirent et, de sa voix douce, elle lui chuchota des paroles rassurantes afin d’apaiser ses cris déchirants. Les grands yeux encore embués, ne quittaient plus les siens, le bébé semblait hypnotisé par les prunelles vertes maquillées de noir charbonneux qui le couvaient d’une attention bienveillante. Elle le prit dans ses bras et l’enveloppa délicatement sous son châle de grosse laine au pourpre défraîchi.

Le frêle paquet désormais silencieux bien à l’abri dans ses bras, elle entreprit le chemin du retour, faisant croustiller sous chacun de ses pas des feuilles mortes aux tons d’ombre brûlée.

Elle aimait faire de longues promenades languissantes à cette période où les arbres, avant de se dénuder pour l’hiver, prennent leurs couleurs orange mordoré.

Arrivés près du campement un feu brûlait déjà annonçant l’heure du repas toute proche, les flammes jaunes acérées qui s’en échappaient léchaient goulument la marmite suspendue juste au-dessus. D’un pas vif elle se dirigea vers la roulotte centrale, grimpa les quelques marches et toqua au volet vert fané qui laissait entrevoir la lumière dansante d’une chandelle allumée. Un homme ouvrit, ses yeux bleu glacier tranchaient sur son teint bistre où l’on pouvait lire les lignes du temps.

Elle souleva un pan du châle et la bouille rose laiteux s’éclaira d’un sourire désarmant puis d’un baillement satisfait. L’homme s’écarta pour les laisser entrer et elle déposa précautionneusement l’enfant sur la couverture ouvragée rose pastel rebrodée de fleurs de toutes les couleurs qui recouvrait le lit sculpté.

Il semblait trôner au milieu d’une maison de poupées richement décorée et dévisageait avec avidité le plafond peint où une envolée d’anges potelés dansait sur un fond de ciel bleu pâlichon.

Au milieu de cette polychromie décolorée, le visage apaisé de la Vierge retenait cependant son attention, il semblait captivé par cette image comme si un dialogue silencieux s’était établi entre eux.

Son visage auréolé de fins cheveux blonds dorés irradiait ; il souriait, babillait, agitait ses bras et ses jambes animant gaiement cette discussion avec l’invisible.

Le vieil homme et la jeune femme qui observaient la scène se regardèrent en se signant, elle attrapa la croix en or patiné qu’elle portait autour du cou, la serra dans ses mains jointes, marmonna une prière et l’embrassa respectueusement avant de la remettre sous son corsage blanc cassé.

Le sort de cet enfant était désormais scellé au leur, frappé du sceau divin rouge écarlate qui ne saurait être violé, il ferait son chemin avec eux, le destin en avait décidé ainsi…

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Gisèle :

Elle s’orienta dans la forêt au son des pleurs et découvrit au creux d’un coussin de mousse vert-clair, un nouveau –né

Un nouveau-né ? Non pas : le bébé qui agitait spasmodiquement ses mollets nus et bronzés paraissait âgé de huit à dix mois. De plus, ses cris vigoureux et ses joues écarlates témoignaient d’une colère annonciatrice d’une excellente santé. Quel coffre dans une si petite poitrine revêtue d’organdi rose pâle ! Tout en murmurant des paroles de réconfort, Simone, qui, par cette matinée de printemps profitait du soleil, chaud et doré, se pencha sur ce qui était apparemment une petite fille. Quel ravissant bébé aux boucles blondes ! Celles-ci moussaient sur un front dont la carnation délicatement ivoire faisait ressortir les traits parfaits du visage. Simone détaillait avec bonheur les immenses yeux d’un bleu céruléen aux sourcils froncés par la rage grandissante du bébé, le minuscule nez impertinent  et la bouche largement ouverte sur quatre, oui, quatre quenottes de campagnol !

Quelle aventure mes amis : un bébé magnifique abandonné sur le vert-pistache de l’herbe nouvelle de la clairière ! Simone jeta un œil alentour : impossible d’imaginer que des parents responsables aient pu délaisser cette merveille vermeille ! Que faire ? Simone, qui en mourait d’envie, n’osait prendre dans ses bras, la petite fille qui tendait vers elle, des petites  mains potelées aux ongles d’un blanc nacré. Les pieds, chaussés de bottines à lacets pourpres, s’agitaient également, envoyant des coups de pieds rageurs de tous côtés. Les cris assourdissants ne tarderaient pas à alerter les parents : il suffisait de les attendre en berçant peut-être le bébé qui devenait violacé.

Sitôt dit, sitôt fait, Simone s’installe confortablement et prend la petite fille : celle-ci, fine mouche, se tait instantanément, murmure des « Ah ! Reeuh »    reconnaissants, tout en abaissant ses interminables cils noirs sur ses joues et se blottit tout contre la poitrine de sa maman d’adoption, émue et heureuse. La voici qui s’endort et Simone la berce tendrement tout en tâtant la culotte lilas qui dissimule la couche.

Mais qu’est ceci ? Incroyable ! Fébrile, Simone dénude le bébé, sa couche  est inexistante : à la place, figure un mécanisme marron ressemblant à ceux de Vaucanson.  Simone est confondue : cette peau de soie pêche et veloutée, cette chevelure aux boucles si naturelles, ces yeux extraordinaires, ces mains, oui, ces petites mains potelées si parfaites de vérité, se peut-il que tout cela appartienne à un automate ou mieux encore, à un robot ? Horrifiée, Simone tâte et détaille le bébé : le corps, dissimulé par la robe d’organdi rose, rigide et froid,  n’a pas la douceur des membres, il lui faut se rendre à l’évidence.

Son premier mouvement : rejeter loin d’elle cette illusoire poupée blonde. Aussitôt, les cris perçants du bébé se font entendre et deux personnages, dont l’un est muni d’une caméra noire, déboulent dans la clairière.

«  Bravo ! Madame ! Vous avez parfaitement réussi le test organisé par la marque « Bébé Rose »  qui cherche à créer l’illusion d’un véritable bébé. Pardonnez-nous d’avoir profité de votre délicieuse candeur et acceptez, en guise de remerciement, ce robot qui vous a tant charmé. »

Abasourdie, Simone regarde les deux hommes lui montrer l’ingénieux mécanisme réduisant au silence la poupée qui s’endort sereinement, fermant ses admirables yeux bleus.

Et depuis, mes candides amis, qu’est-il arrivé ? Ma foi, la petite Paloma, vêtue d’un nouvel ensemble veste pantalon cerise, trône sur le lit de Simone, qui, célibataire, satisfait ainsi son mal d’enfant….

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Hélène

Elle s’orienta dans la forêt au son des pleurs et découvrit au creux d’un coussin de mousse vert clair un nouveau-né. Vêtue de sa petite robe saumon et de ses souliers bleu pâle préférés, elle sentit une joie immense s’emparer d’elle. Ce moment-là, loin des hommes et tout près des bêtes, juste sous les frondaisons  d’un noir de corbeau, elle l’avait rêvé des centaines de fois … c’était une chose qu’elle n’espérait plus …

Elle aida l’enfant à grandir, à accueillir les petits bonheurs de l’existence comme quand on croque dans une belle pomme rouge, juteuse et sucrée. Le petit d’homme riait souvent, pleurait parfois, il commença à parler, à poser des questions, comme celles que se posent tous les enfants, « pourquoi tu dors ? », « pourquoi le ciel il est bleu et pas rouge ? », « pourquoi pourquoi » … il s’intéressait à tout, aux insectes du jardin et au vent chaud de l’été, aux chants vifs des oiseaux  et aux petits cailloux bistres, bruns et blanchâtres dénichés aux creux des chemins, aux reflets dorés du soleil sur sa jupe …

En grandissant, ses boucles rousses disparurent, mais il conserva son regard spécial, aigue-marine, scintillant, ainsi que ses oreilles un peu pointues qui lui donnaient l’air d’un gnome. Un soir, alors que les étoiles commençaient à briller dans le ciel, il planta des haricots dans un petit pot de terre ocre rouge. Avant de les semer, elle s’était étonnée de voir l’enfant frotter doucement les graines couleur aubergine dans le creux de ses mains, tout en murmurant des paroles incompréhensibles à ses oreilles d’adulte. Les graines et le pot furent vite oubliés sur la terrasse au profit d’autres jeux plus mouvementés, comme le yoyo jaune à rayures noires offert l’année d’avant, ou le camion vert pomme devenu son jouet fétiche depuis peu.

Un matin lumineux de printemps, quand elle ouvrit la porte, elle aperçut le pot rougeâtre, avec les petites plantules … elle poussa un cri de surprise : les tiges étaient  rouges carmin, les feuilles, couleur carotte … elle s’approcha du petit pot, toucha les plantes colorées – qu’elle aurait plutôt imaginées d’un beau vert vif – et vérifia qu’elles étaient réelles. Elle comprit alors que l’enfant avait non seulement la main verte, mais qu’il avait aussi le don des couleurs, un don qui n’apparaissait qu’une fois toutes les vingt générations !

C’est ainsi qu’il choisit tout naturellement de devenir jardinier : au Jardin des Plantes, il créa une multitude de plantes qui n’étaient vertes que de nom. Certaines portaient des rayures multicolores sur leurs tiges, d’autres avaient des racines rouge écarlate, des arbres naissaient avec des feuilles et des bourgeons rose bonbon, ou bleu layette … il déclinait ses créations au gré de son humeur et de son imagination, et s’il lui arrivait d’être dans une colère noire alors qu’on lui avait demandé de semer des pâquerettes, au printemps suivant, la pelouse du jardin était couverte de fleurettes arborant des pétales d’un beau noir de charbon.

Il devint si célèbre que les rois et les puissants du monde entier lui firent des commandes extravagantes, comme par exemple la Reine d’Angleterre, qui voulut que chaque arbre de Hyde Park portât la couleur de l’un de ses chapeaux  : il y eut un marronnier au tronc parme, un noisetier aux fruits jaune mimosa, des troènes couleur mandarine …

Un matin, dans les jardins de l’Alhambra à Grenade, alors que le brouillard d’un blanc de plomb se levait, il se sentit mal. Il venait de voir son reflet dans l’eau verdâtre de l’un des bassins. Il vit que ses yeux avaient perdu leur couleur intense  d’un bleu profond. Ce fut le début de la fin : il perdit d’abord ses couleurs les plus intenses, le bleu de ses yeux, les reflets auburn de ses cheveux … il ne les perdait pas comme un vieillard, qui deviendrait progressivement grisonnant et blanchâtre, non, il les perdait comme si ses couleurs se diluaient dans le paysage, comme si son corps était devenu d’aquarelle.

Bientôt, le rose doré de sa peau disparut, le blanc de ses ongles se volatilisa …. Ses couleurs humaines se mélangèrent aux camaïeux de verts des arbres et à l’ocre des rochers …

Elle apprit qu’il n’était plus qu’un souvenir grâce au mistral qui transportait une poussière d’un bleu céleste.

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Jean

Il  s’orienta dans la forêt au son des pleurs et découvrit au creux d’un coussin de mousse vert-clair un nouveau-né. »

Que faisait-t-il là ce chiard rouge de colère ?

Il le regarda un instant, mais les cris de rage noire lui étant insupportables, il le prit dans ses bras et commença à le bercer doucement

Après un temps pendant lequel les cris furent encore plus violents, manquant de s’étrangler, le lardon s’apaisa et vira du rouge violacé vers un rose tendre du plus bel effet.

Il examina les alentours du coussin de mousse verte en espérant trouver un indice, mais rien, rien de rien. Même pas des traces de pas dans les brindilles  et les marrons d’inde qui parsemaient la pelouse. Le bébé semblait avoir été déposé  par une cigogne blanche qui l’aurait largué en plein vol .

Ne sachant quoi faire, il eut la tentation de penser qu’après tout, ce n’était pas son affaire et que la mère reviendrait naturellement reprendre le fruit de sa chair que pour une bonne raison elle avait laissé là , dans ce bosquet  parsemé de jonquilles jaunes, sachant qu’il ne risquait rien. Avec précaution il se pencha pour replacer le rose-baby sur son coussin moussu, provoquant une reprise immédiate des hurlements.

Je n’ai qu’à rester là et le laisser s’époumoner, pensa-t-il,  et ses cris d’or frais vont bien faire revenir le ou la dépositaire. Il se cacha derrière un gros arbre couvert de vigne rouge, pour attendre la suite des évènements.

C’était assez pénible et culpabilisant que d’entendre ces cris pointus entrecoupés de lourds sanglots sans rien faire pour consoler, mais n’ayant pas d’autre solution il attendit stoïquement  assis sur un tas de feuilles grisâtres.

Le morveux avait du souffle et le concert dura longtemps, longtemps, avant qu’une accalmie ne se produise. Mais elle dura bien peu et les vagissements reprirent accompagnés de cette odeur suave  que l’on respire en suivant la ligne jaune: la nature a des droits imprescriptibles.

Que faire ? Que faire ? Le jour tombait  et sous les frondaisons vert sombre l’obscurité s’installait. Le petit d’homme blanc avait baissé la radio sans pour autant rassurer l’auditeur et baignait dans sa puanteur. Le laisser là dans la nuit noire était impensable. Les bruissements d’animaux et des hululements d’un hibou blanchâtre donnaient à la scène un tour  cauchemardesque : il fallait agir.

En fouillant ses poches il trouva un bout de papier sur lequel il griffonna son nom et son adresse et le cacha sous une pierre dorée qu’il laissa sur le coussin vert. Et il emporta le paquet de linge humide taché de  jaune sale, qui ne criait plus ni ne gigotait .

Arrivé chez lui il appela les pompiers qui le questionnèrent sévèrement au téléphone avant de débarquer sirène hurlante dans leur camion rouge: un avis de recherche était diffusé sur les ondes depuis le début d’après-midi informant la population qu’une jeune mère souffrant de la maladie bleue avait disparu de la maternité avec son nouveau-né.

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Mimie

Elle s’orienta dans la forêt au son des pleurs et découvrit au creux d’un coussin de mousse vert clair un nouveau-né. Il était nu comme un ver, la peau violacée par la morsure du froid en cette fin d’octobre. Avant de se demander qui était ce bébé, depuis combien de temps il était là, et surtout qui l’avait abandonné, Violette ne fit pas comme son ami Jean et, n’écoutant que son cœur, enleva immédiatement son pull de shetland écru pour l’y enrouler et le réchauffer. Aussitôt le petit cessa de pleurer et son petit visage perdit peu à peu sa teinte écarlate, il continua néanmoins à avoir de ces sanglots plaintifs espacés qui restent après de longs pleurs, comme la pluie qui s’arrête, puis laisse encore échapper quelques gouttes, comme à regret.

Que faire maintenant ?, le bébé dans les bras, Violette se rendit compte qu’elle avait perdu son chemin en suivant ses cris. Elle chercha, avisa un muret sur lequel elle grimpa et repéra au loin sa twingo rouge. Elle la rejoignit et songea, verte, qu’elle n’avait pas de siège-auto ni rien pour poser le nouveau-né. Que faire : elle chercha à l’arrière, rien, elle ouvrit son coffre et découvrit un couffin de raphia jaune et violet. Elle le prit, y déposa l’enfant et attacha le panier avec la ceinture (noire) du siège passager à côté d’elle. Violette habitait une petite bourgade très calme du Périgord noir et elle pensa qu’elle ne rencontrerait aucun gendarme. C’était sans compter sur les échauffourées qui avaient eu lieu le week-end dernier quand des « gens de la ville » étaient venus ramasser des cèpes de Bordeaux aux jolis chapeaux marron et qu’ils avaient après leur cueillette retrouvé leurs voitures avec les pneus crevés. Son teint rougissant de qui se sait en faute dût attirer l’œil avisé de la maréchaussée qui aussitôt lui demanda de s’arrêter pour un contrôle. Elle fournit la carte grise, l’attestation d’assurance ; elle était en règle. Mais au moment où, la vérification terminée, un gendarme rouquin lui disait qu’elle pouvait partir, le panier se mit à pleurer !!!!  Catastrophe, tout y passa : « Qu’avez-vous dans votre panier violet, il est à vous ce bébé, pourquoi est-il tout nu ??? ». Mais surtout : « Suivez la voiture de devant avec le gyrophare bleu, nous allons à la brigade !! ». Violette obtempéra, passant du rouge au blanc livide, car elle sentit les ennuis arriver. Il faut dire que, comme elle, son casier n’était pas vierge et qu’elle avait déjà été condamnée, jeune adulte, pour trafic de blanche colombienne. Elle eut beau raconter ce qui s’était réellement passé dans le bois, personne n’était prêt à la croire, tant cela semblait tiré par les cheveux qu’elle avait longs, surmontés d’une crête d’iroquois indigo, ce qui déjà était un mauvais point dans la France profonde. Un gendarme pensait qu’elle voulait ouvrir le petit ventre rose du bébé pour y introduire de la drogue, l’autre qu’elle l’avait volé et qu’elle voulait le rendre moyennant une rançon, un troisième qu’elle venait d’accoucher dans les bois et qu’elle partait se débarrasser de l’enfant. Elle était donc dans de sales draps, tellement sales qu’on ne pouvait pas déterminer s’ils étaient bleus, verts, unis ou à motifs.

Ce n’est que lorsque Violette tempêta et exigea qu’on lui donne des habits et un biberon pour le bébé qu’un des gendarmes commença à la regarder avec d’autres yeux que ses yeux bleus qu’il avait d’ailleurs fort beaux. Il ne savait pas quoi penser : il croyait que le monde était noir ou blanc et n’imaginait pas que les hommes pouvaient passer d’une couleur à l’autre, que le gris existait et qu’être noir à un moment donné de sa vie n’impliquait pas de l’être jusqu’à son dernier souffle. Il commença donc à écouter réellement ce qu’elle disait et à envisager qu’elle pouvait dire vrai, malgré son casier judiciaire, ses cheveux de punk et l’anneau argenté qui traversait son nez, comme on le voit … chez les taureaux.

Il était quinze heures environ ce dimanche après-midi et la brigade au grand complet avait prévu de regarder à 16 heures précises la finale du tournoi des cinq ou six nations (va savoir !) qui opposait la France à la verte Irlande. Aussi toutes les voitures étaient revenues prestement de leurs contrôles sur les routes et les chemins terreux du canton de Vert-baudet. Autant dire que cette histoire de bébé et d’ex-dealeuse compromettait les plans où les bières ambrées n’attendaient que le coup de sifflet de l’arbitre pour être décapsulées. Un gendarme avait apporté pour le bébé une grenouillette à petits cœurs roses et un biberon de lait 1er âge. Seuls les deux gendarmes qui avaient fait le contrôle commençaient à se résoudre à dire adieu à leur match quand soudain le téléphone retentit dans la salle de télévision aux persiennes bleues.

  • Brigade de Vert-baudet j’écoute
  • Quoi ???? où dites-vous ? dans le bois de la Blanche Pénélope ? ne bougez pas, ne touchez à rien, on arrive !!!

Adieu le match de finale, terreau de l’unité de toute la brigade, adieu les encouragements aux bleus !!! Selon les premières informations, une nuée de cigognes et de choux volants s’était abattue dans les bois du canton et avait déposé une cinquantaine de bébés, comme si celui trouvé par Violette avait été envoyé en éclaireur avant l’arrivée de « l’escadrille ». Devant cette situation totalement imprévisible, il fallut faire face comme on put et la gendarmerie oublia la finale, fit appel à toutes les bonnes volontés du canton pour « héberger » temporairement la vague de bébés roses, les services d’aide sociale à l’enfance ne pouvant faire face à un tel afflux, surtout un week-end. Violette se proposa pour garder « son » bébé le temps qu’une solution soit trouvée et elle lui donna temporairement le prénom de Jade.

L’enquête n’aboutit jamais, des clichés avaient été pris avec des téléphones portables où l’on voyait bien les becs rouges des cigognes portant comme dans les images d’Epinal des langes dans lesquels se trouvaient les bébés. On apercevait également les choux battant vaillamment de leurs feuilles pour voler dans le ciel azuré de cette journée d’automne bien particulière. Les analyses ADN des bébés n’apportèrent aucun élément et les enquêteurs passèrent de nombreuses nuits blanches en vain pour tenter d’expliquer ce qui s’était passé ce jour-là dans le canton de Vert-Baudet.

X X X

Quelques années plus tard :

– « Maman, raconte-moi encore comment tu m’as trouvée sur la mousse vert clair du bois de la Blanche Pénélope, et comment tu m’as aimée tout de suite !!! »

 

 

8 réflexions au sujet de « Les couleurs – mars 2017 »

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