L’huître d’Arcachon (janvier 2017)

Sujet : J’étais en vacances à Arcachon pour ces fêtes de fin d’année et je n’avais pas manqué d’aller m’acheter des huîtres dans un des petits cabanons du port ostréicole de La Teste ; sans plus tarder, ce 31 décembre, je me mis à les préparer et quelle ne fut ma surprise quand j’ouvris la toute première huître, …..

Je vous invite à écrire la suite avec la seule contrainte suivante : que dans votre texte, en plus du narrateur, il y ait au moins un 2èmepersonnage qui soit un animal (autre que l’huître, bien sûr). Il peut y avoir plus de personnages si vous le souhaitez. Votre texte peut être en prose, en vers, sous forme de dialogue, peu importe.

Bon amusement

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Gisèle

J’étais en vacances à Arcachon pour ces fêtes de fin d’année et je n’avais pas manqué d’aller m’acheter des huîtres dans un des petits cabanons du port ostréicole de La Teste ; sans plus tarder, ce 31 décembre, je me mis à les préparer et quelle ne fut ma surprise quand j’ouvris la toute première huître, 

La chair nacrée, bombée et délicate se détachait sur le creux de la coquille. Son manteau bordé de cils noirs se rétracta frileusement lorsque je l’aspergeai d’une goutte de citron. Sur la terrasse du cabanon, le soleil était déjà très chaud et je m’apprêtai à savourer ce mets divin. C’est alors que J’entendis  une petite voix étouffée :

-« Aïe ! Aïe ! «  Puis un charabia étrange et presque inaudible.

Je tendis l’oreille : une petite voix flûtée dont le volume coléreux s’amplifiait de seconde en seconde était en train de m’agonir d’injures.

-Non mais !  En voilà un gougnafier! Non seulement il me dérange pendant ma sieste mais encore il m’arrose de citron ! Brr…Je suis couvert de frissons ! Il va encore falloir que je prenne un grand bain pour me nettoyer à fond. Quelle engeance !

Stupéfaite, Je saisis la coquille parlante et courroucée et la rapprochai de mon nez. Le manteau agité de vagues, se souleva légèrement sur le côté et je vis alors surgir un chapeau haut de forme vert pomme à la mode de Charles Dickens, orné d’un trèfle à trois feuilles, du plus beau vert également. Suivirent un visage renfrogné entouré d’une belle barbe rousse et un petit corps habillé de vert avec une veste et des culottes moulées sur des cuisses musclées. Les poings sur les hanches, dressé de toute sa hauteur, le minuscule homoncule me fusillait du regard.

Je faillis faire tomber l’huître et son occupant. Il se rattrapa à grand peine sur les bords et par quel prodige, mon dieu ! Je me retrouvai à sa hauteur, dans la coquille, foulant de mes baskets, la chair souple humide et odorante de l’huître. Quelle horreur ! J’avais rapetissé en un clin d’œil et j’avais maintenant exactement la taille de ce Tom Pouce !

-Ah ! Ah ! Ah !

Son rire sardonique me fit froid dans le dos.

-Voilà ce qu’il en coûte de détruire ma résidence secondaire! Finalement, je m’ennuyais tout seul et qu’une jeune et jolie demoiselle vienne me tenir compagnie pour mon voyage, n’est pas pour me déplaire !

-Mais …Mais…Ma frayeur était si intense que je bégayais. Qui êtes-vous ?

Je cherchai du secours à l’extérieur mais apparemment, personne sur la terrasse n’avait remarqué mon drame.

Il se remit à rire de son rire grinçant et souleva son chapeau.

-Tu ne m’as pas reconnu, ma petite fée ? Voyons, je suis Tom Pouce, le lutin des pins et puisque tu m’as dérangé dans ma coquille, ma foi, je retourne chez moi, dans la forêt de Gujan.

. Il s’assit alors, commodément sur la chair de l’huître et glissa familièrement son bras autour de moi, les lèvres tendues en cul de poule et les yeux à demi-fermés. Je reculai et le repoussai de toutes mes forces, épouvantée et ulcérée par ses avances. Brrr…Ces lèvres lippues…

 Un cri strident se fit alors entendre, je levai la tête pour apercevoir une mouette gigantesque et…ssplatch….J’en pris plein les mirettes ! Une énorme fiente me submergea de la tête aux pieds Tom se tordit de rire en roulant sur lui-même et je devinai, bien sûr, qu’il était l’auteur de ce vilain tour.

-AH ! Ah ! Ah ! Eh bien on sera deux à avoir besoin d’un bon bain !

J’avais froid, je ne sentais pas la rose et une panique sans nom s’emparait de moi. Qu’allais-je devenir ? Tom s’essuyait les yeux de contentement mais il restait à distance, cette fois-ci. Tout-à-coup, il mit deux doigts dans sa bouche et se mit à siffler. Un bourdonnement intense et très proche se fit entendre et je vis surgir au dessus de la coquille un véritable monstre. Je hurlai de frayeur : une bestiole gigantesque en laquelle je reconnus finalement une libellule me contemplait de ses énormes yeux à facettes. Elle devait être à jeun car ses mandibules s’ouvraient et se fermaient alternativement tandis que ses premières pattes griffues s’accrochaient au rebord de la coquille.

-Hé ! Hé ! Pas de ça, Lisette, ce n’est pas ton déjeuner, elle est à moi.

Lisette la libellule fit vibrer ses quatre ailes et malgré ma panique, je ne pus m’empêcher d’admirer la membrane aux fines résilles diaprées, couleurs de l’arc en ciel, qui les recouvrait. Je me penchai vers elle : bleu vert électrique, son corps immense et longiligne scintillait au soleil. Le spectacle était magnifique et mon cœur se calma peu à peu.

Tom se leva et s’étira.

-Tu vois, Lisette me sert de carrosse et va nous emmener à notre salle de bains. Allez ! En route !

Tom me relégua à l’extrémité de la queue de la libellule et s’installa commodément entre les quatre ailes de celle-ci. Ma frayeur était sans nom, fermant obstinément les yeux, couchée à plat ventre, je me cramponnai frénétiquement aux écailles scintillantes de Lisette. Qu’allait-il arriver ? Mon dieu, quelle aventure !

J’attendis un moment. Pas un bruit, pas un mouvement, rien ne se passait. J’ouvris un œil, puis deux et redressai la tête ! Miséricorde ! Sainte Vierge, Saint Joseph et tous les Saints! S’étendait autour de moi le panorama du Bassin d’Arcachon et nous étions certainement très haut dans le ciel car je distinguais au loin le Cap Ferret et la passe qui débouche sur l’océan Atlantique. L’eau turquoise paraissait solide. Sous moi défilaient le port d’Arcachon avec ses pinasses et ses voiliers de plaisance, les deux cabanes  tchanquées  sur leurs pilotis, les parcs ostréicoles alignés au cordeau et, mais oui ! L’île aux Oiseaux largement découverte puisque nous étions à marée basse.

Enhardie, je me redresse et contemple, émerveillée, sur ma gauche, la masse monumentale de la dune du Pilat. Au loin, dans l’océan, le banc d’Arguin complètement à découvert est survolé par des milliers de mouettes.

Tom se tourne vers moi en riant :

-Alors, la morveuse, on émerge ? Cramponne-toi, on arrive.

Lisette vire sur l’aile, toujours sans le moindre bruit , revient sur le Bassin puis amorce sa descente. Nous nous dirigeons vers les marais de Gujan à l’orée de la pinède. Les pins défilent de part et d’autre de nos têtes . Frrt…un bruit de soie froissée et nous atteignons une clairière. Lisette se pose sur le rebord d’un de ces pots en terre cuite, accrochés aux troncs des pins au-dessous d’une entaille et servant autrefois à recueillir la résine du pin Il est aujourd’hui à demi-rempli d’une eau de pluie empestant la térébenthine. Vais-je me nettoyer dans cette eau immonde ? Eh bien, il faut le croire, puisque déjà déshabillé, Tom barbote dans ce bouillon, avec force cris et tapage ! Lisette se secoue et me voici catapultée, moi-aussi, tête première dans le pot. Tom me repousse violemment au milieu des éclaboussures, tandis que Lisette prend son envol. Finalement, l’eau tiédie par le soleil et parfumée à la sève de pin est un bon nettoyant et je me mets à rire en frottant mes cheveux. Je quitte mes baskets et nous voilà tous deux ravis de notre bain et prêts à nous amuser dans l’eau. Mais, bien entendu, au bout de quelques instants, Tom recommence son petit manège, m’empoignant avec force et me tendant ses grosses lèvres humides

-Non ! Non ! Va-t’en, je t’en prie ! Tu m’ennuies ! Aïe ! Aïe ! Tu me fais mal !

Je me dégage des bras de Tom tout en lui donnant sournoisement des coups de pieds et ce faisant, j’agrippe le bord du pot pour tenter de sortir de l’eau. Je n’ai pas le temps de tenter un rétablissement que je sens une vigoureuse poussée par derrière qui me précipite dans le vide.

-Aaaaaaaah….

– Vous désirez quelque chose, Mademoiselle ?

Je sursaute, ahurie et essoufflée. Devant moi, se dresse la serveuse du restaurant, l’air interrogateur. Je suis assise à ma place. Sur la table, se trouve le plat d’huîtres ouvertes reposant sur la glace. J’avale ma salive

-Non, non, je vous remercie.

-Ah ! J’avais cru que vous étiez en train de crier.

Je regarde discrètement autour de moi. Les autres convives continuent leurs conversations, sans me prêter attention. Au-dessus de ma tête, je sens l’ardeur du soleil. Ma tête tourne et mon cœur bat. Que sont devenus l’affreux Tom, la belle Lisette et ce merveilleux voyage à la Nils Holgersson que j’ai effectué au-dessus du bassin d’Arcachon ? Ai-je rêvé ?

 Une mouette criaille au loin, sur ma droite, une libellule verte et bleue danse dans l’air tiède. Inquiète, je regarde l’huître posée sur mon assiette. Sa chair nacrée repose toujours à l’intérieur de la coquille. Le manteau bordé de cils noirs ondule et frémit légèrement. Une vague se forme et se creuse à l’intérieur de la chair et il me semble alors, entendre une petite voix flûtée presque inaudible…

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Hélène

J’étais en vacances à Arcachon pour ces fêtes de fin d’année et je n’avais pas manqué d’aller m’acheter des huîtres dans un des petits cabanons du port ostréicole de La Teste ; sans plus tarder, ce 31 décembre, je me mis à les préparer et quelle ne fut pas ma surprise, quand j’ouvris la toute première huître, d’avoir été envahie d’un sentiment de grande mélancolie. Pourtant, comme une gamine qui attendrait Noël, j’avais attendu impatiemment ce moment festif. Les enfants allaient bientôt nous rejoindre, ils avaient appelé une heure avant de Bordeaux. J’avais dressé la table avec la jolie nappe brodée, la beige et nacrée, ma préférée. Une petite bougie blanche trônait au beau milieu. Mais rien à faire, je me sentais de plus en plus morose. « Arrête de te lamenter, vielle gourde ! Profite de la vie et de tout ce qu’elle t’offre ! ». Je marmonnais tout en préparant machinalement le repas. Couper les citrons en deux, mettre le vin blanc au frais, trancher le pain …

            Mais je savais bien que ce n’était ni la ballade au grand air, ni la vue des bateaux de pêcheurs qui tanguaient, ni la perspective de la Saint Sylvestre en famille qui m’avaient rendue si triste. Non, c’était arrivé juste au moment où j’avais ouvert les huîtres. Leur odeur iodée était inextricablement liée à l’été de la fin de mon enfance, celui de mes treize ans.

            Nous passions chaque été au bord de la mer du Nord. Des amis de ma grand-mère nous louaient une petite maison, située au pied d’une dune immense bordée d’oyats. J’aimais arpenter la plage, surtout à marée basse, à la recherche de coquillages, de fossiles … quelquefois, je prenais mon filet de pêche et j’allais cueillir quelques crevettes grises dans la mer. Il m’arrivait aussi de m’ennuyer fermement. Ma sœur était venue avec sa meilleure amie. Toutes deux passaient leur temps à jouer aux midinettes sur la plage ou dans le petit chalet de la maison qui se trouvait au sommet de la dune. Je n’étais à leurs yeux qu’une gamine totalement insignifiante.

            Ce jour-là, pour la venue d’amis venus nous rendre visite tout exprès de Lille, ma mère avait acheté chez le poissonnier un « panier de fruits de mer extra » à 150 francs. On avait tout préparé, sauf les huîtres. Soudain, Maman s’était rendu compte qu’on n’avait plus de pain… et les invités qui allaient arriver ! Et la boulangerie qui était fermée ! Et ma sœur qui s’était volatilisée, comme d’habitude …

– Bon, je prends la voiture, et je file à Calais chercher du pain. Toi, tu ouvres les huîtres, et la porte aux invités, d’accord ?

            Avant que je ne lui réponde, Maman avait déjà filé. J’étais chargée d’une mission importante. Je crois bien que c’était la première fois de ma vie que je faisais une chose pareille. Lorsque j’ouvris tant bien que mal ma première huître, je vis une sorte de petit bâtonnet nacré, lové au milieu des organes mous de la bestiole. Je réussis à l’extirper. C’était une pelle miniature, recouverte de nacre, une pelle comme celle qu’on utilise pour bêcher le jardin … qui avait fait cette blague stupide ? Pourtant, j’étais certaine d’avoir dû utiliser toute mon énergie et le couteau bizarre que maman m’avait laissé pour ouvrir la bête …

– Qu’est-ce que tu fais ? Et où est maman ?

Je sursautai. Ma sœur et sa copine, poussées par la faim, m’avaient rejointe dans la cuisine. Elles ouvraient les placards et le frigo en espérant trouver quelque chose à grignoter avant le repas.

-Tu m’as fait peur, idiote ! J’ouvre les huîtres, ça se voit pas ? Regarde ce que j’ai trouvé dans celle-là !

Ma sœur s’approcha de moi et examina l’objet minuscule.

– Ben quoi, on voit bien que c’est une pelle ! Tu t’attendais à quoi ? Regarde, Sylvie, une pelle d’huître !

Sans attendre la réaction de la copine, je répondis à ma sœur :

-Une pelle dans une huître … j’ai jamais vu ça, moi ! Pourquoi ya une pelle dans cette huître ? J’ai lu qu’on pouvait trouver des perles, et encore, c’est très rare, mais pas des pelles !

Ma sœur et sa copine se mirent à ricaner bêtement.

-Ah là là, ma pauvre fille, on voit bien que t’as tout à apprendre de la vie … les huîtres font des perles seulement les mois en R, mais là, on est au mois d’août ! Ca change tout !

-Et alors ?

-Alors le mois d’août c’est pas un mois en R, voilà tout … donc elles font pas des perles en ce moment, mais des pelles …

J’étais stupéfaite. Je me demandais une fois encore si ma sœur se moquait complètement de moi. C’était sûrement encore une de ses plaisanteries stupides…  ou alors, non ? Si c’était vrai ? Après tout elle avait 3 ans de plus que moi. Pendant que j’étais au collège, elle avait dû apprendre des tas de choses insoupçonnables au lycée !

            Je n’ai rien dit de tout cela à maman lorsqu’elle revint. J’avais gardé la petite pelle au fond de ma poche de salopette. J’étais vexée et intriguée par ma découverte. Lorsque nous eûmes terminé le repas et fait la vaisselle, ma sœur et Sylvie, comme à leur habitude, regagnèrent leur chalet, devenu leur refuge d’ados pour tout l’été. Moi, je m’échappai de la maison. Je montai quatre à quatre les petits escaliers en bois vermoulu creusés dans la dune, juste derrière la maison, en serrant fort dans ma paume la pelle d’huître. Arrivée au sommet, je vis les vagues au loin, comme un ruban blanc de dentelle. C’était marée basse. Le vent fouettait mon visage. Je creusai le sable avec ma petite pelle en réfléchissant. Soudain, au fond du petit trou que j’avais creusé, je vis une limace de mer qui essayait de s’échapper. J’eus alors une idée lumineuse et vengeresse.

            Je me précipitais sur les oyats et je me mis à recueillir des escargots. Bientôt, mon seau fut rempli de petits gris, mourguéta, hélicelles et autres gastéropodes à la coquille tourbillonnante … puis, sur la pointe des pieds, je me mis à disposer chaque animal sur les murs blancs du chalet. Des centaines de traces jaunâtres et baveuses commencèrent à apparaître …. C’était joli et dégoûtant à la fois. Les escargots semblaient apprécier la ballade.

            En entendant leurs cris hystériques, j’ai vite deviné que ma sœur et sa copine étaient sorties du chalet. Elles étaient effarées, écœurées, et rouges de colère !

-Maman, maman, regarde, c’est horrible, c’est Hélène qui a fait ça, j’en suis sûre !

Ma mère qui se reposait derrière le paravent, tout près du chalet, se leva et vit le désastre. Moi, je les observais, cachées derrière une petite dune.

Elles n’avaient pas terminé de faire le tour du chalet. Il leur manquait le meilleur … sur le mur côté est, celui qui donnait sur la mer, j’avais écrit à la craie mon cri de vengeance :

AUJOURD’HUI C’EST MARDI JOURRR EN RRr ET LE MARRRDI LES ESCARRRRGOTS SONT RRRAVIS DE SE PRRROMENER SURRr VOS MURS

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Mimie

J’étais en vacances à Arcachon pour ces fêtes de fin d’année et je n’avais pas manqué d’aller m’acheter des huîtres dans un des petits cabanons du port ostréicole de La Teste ; sans plus tarder, ce 31 décembre, je me mis à les préparer et quelle ne fut ma surprise quand j’ouvris la toute première huître, je découvris une perle ; je la pris et la mis délicatement dans le creux de ma main, elle était magnifique, nacrée, avec des tons clairs qui allaient du gris pâle au rose avec quelques touches de vert, je la trouvai superbe et pourtant je déteste les perles  de culture depuis que j’ai vu un reportage sur leur mode d’élevage. Mais celle-ci était bien différente, elle était naturelle, c’était un cadeau de la nature. Je la rinçai, la déposai dans une soucoupe et m’approchai de la fenêtre pour mieux la contempler : elle était la perfection même, d’une rondeur régulière, ses couleurs variaient sous la caresse de la lumière vacillante de cette fin d’après-midi et j’avais hâte d’être au lendemain pour la faire chatoyer au soleil. Je me couchai, toute excitée encore, regrettant que ce soit l’hiver et qu’il faille attendre tard demain matin pour que le jour se lève.

Je fis des rêves très étranges cette nuit-là, j’étais une divinité tahitienne jalousée par des demi-dieux qui croyaient que je détenais la pierre philosophale ; plus tard j’étais embastillée et recouvrais la liberté en échange de ma perle. Enfin au petit matin, j’étais en plein conte de fées : un prince me demandait en mariage, et quand il m’eut épousé et que je le vis s’enfuir avec ma perle, je me mis dans une colère si noire qu’un orage terrible éclata, son cheval se cabra de terreur et désarçonna son cavalier qui mourut dans la chute.

A mon réveil, une fois remise de mes aventures nocturnes, je me levai immédiatement et me précipitai vers la soucoupe : pas de perle. Je cherchai partout, à terre, sous le lit, rien. Bon sang, ce n’était pas possible !! Je repris mes recherches, une perle, c’est comme une bille, ça roule, aussi passai-je le matin à quatre pattes à chercher partout. A midi, je dus bien en convenir : j’avais perdu la perle, pourtant je pouvais jurer qu’elle était bien dans la soucoupe quand je m’étais couchée la veille.

Je sortis m’acheter une baguette aux graines en guise de consolation et quand à la boulangerie je mis la main dans ma poche pour prendre mon porte-monnaie, je sentis deux petites boules !! Je ne dis rien, payai, revins à la hâte à l’appartement et regardai : il y avait deux perles dans ma poche, et de tailles différentes. Comment étaient-elles arrivées là, par quel miracle s’étaient-elles multipliées, je n’en avais pas la moindre idée. Je les pris, les mis sur la soucoupe, les approchai de la lumière du soleil et restai bouche bée : aucune des deux n’était ma perle d’hier, j’avais l’impression que l’on m’avait échangé MA perle contre deux autres, certes très jolies, mais c’était la mienne que je voulais. Je repensai aux publicités de mon enfance sur les barils d’Ariel : comme à cette époque, si l’on m’avait donné le choix, je n’aurais pas voulu échanger ces deux perles d’aujourd’hui contre MA perle d’hier : elles n’étaient pas moins superbes, mais elles n’avaient pas la splendeur dont mon émerveillement avait paré celle que j’avais eu la délicieuse surprise de trouver dans l’huître.

J’eus l’idée de les prendre en photo, cela ne rendait rien, on n’aurait pas fait la différence avec deux perles en plastique pour les colliers d’enfants, j’essayai avec le flash et là, incroyable, les perles bougèrent de quelques millimètres. Comment de la lumière, certes violente, pouvait-elle faire bouger un objet, je ne comprenais pas. Je pensai que je m’étais peut-être trop approchée et les avais touchées sans m’en rendre compte avec l’extrémité du zoom. Je recommençai la photo avec un peu plus de distance, par sécurité ; le même phénomène se produisit, les perles bougèrent cette fois-ci de quelques centimètres et j’observai qu’en fait elles avaient reculé. Je me dis que je rêvais, je les remis au centre de la soucoupe, refis une photo, toujours avec le flash, et là j’entendis comme des cris ; je posai l’appareil, approchai mon oreille des perles et j’entendis ceci : « Mais arrête, tu ne vois pas que tu vas rendre ma fille aveugle !! ». Je ne réfléchis pas à l’incongruité de la chose et répondis : « Mais, je n’ai rien fait, moi !! »

Et tout un dialogue s’ensuivit :

Perle : – Ah non ??? Et quand tu envoies un éclair dans l’œil de ma fille, tu ne fais rien, peut-être ?

Moi : – Ben ….

Perle : – Ben quoi ?

Moi : – Je ne savais pas que vous étiez vivantes !!!

Perle : – Ah non, mais j’y crois pas là, elle nous mitraille de ses éclairs et elle se trouve des excuses encore !!!

Moi, me remettant de mes émotions : – Mais d’abord qui êtes-vous, vous ressemblez à des perles de culture, hier j’ai trouvé une perle dans une huître, ce matin je l’avais perdue et à la place je vous trouve toutes les deux, et dans ma poche en plus, vous pouvez m’expliquer ?

Perle : – Tu n’as rien perdu du tout, tu ne me reconnais pas ? C’est moi que tu as trouvée dans ton huître hier soir !!

Moi : – Mais non, tu n’avais pas cette couleur, tes nuances étaient plus claires, je me rappelle bien

Perle : – Quelle innocente, j’étais à quelques heures d’accoucher, je n’étais pas dans ma coquille, ou dans mon assiette, si tu préfères, je devais être toute pâle, c’est tout !!

Moi : – Tu veux dire que tu as eu un bébé dans la nuit ?

Perle : – Oui, et comme Victorine, c’est le nom que j’ai donné à ma fille, avait besoin de chaleur, je nous ai installées dans ta poche, bien au chaud

Moi : – D’accord, je comprends mieux, mais depuis quand les perles sont-elles vivantes ?

Perle : Toi, alors, tu ne nous épargneras rien question sottise: imagine qu’on te perce de part en part et qu’ensuite on glisse un fil dans cet orifice et qu’on te mette à pendouiller comme ça de tout ton poids, tu crois que tu serais toujours vivante ?

Moi : – Ben, je ne sais pas, non en fait

Perle : – Hé bien enfin tu comprends !! Les colliers de perles que portent celles qui se croient élégantes ne sont que des colliers de cadavres !!

Moi : – Ca alors !!! Mais on ne peut pas laisser les choses comme ça, il faut agir !!!

Perle : – Mon Dieu, mais tu es d’une naïveté, toi !!! Il y a combien de temps que certains humains dénoncent le scandale des animaux tués pour leur fourrure, cela a-t-il changé les choses ?

Moi : – Un peu mais on continue à tuer pour cela, oui, c’est vrai

Perle : – Alors, tu imagines, nous, les perles, dont personne ne pense que nous sommes vivantes, comment veux-tu que l’on ait la moindre considération pour nous ?

Moi : – Mais pourquoi n’avez-vous jamais montré que vous étiez des êtres vivants ?

Perle : – Parce que nous sommes pudiques

Moi : – Je ne te comprends pas

Perle : – Comme nous n’avons pas de coquille, c’est d’ailleurs pour cela que nous avons élu domicile dans les huîtres, nous sommes en quelque sorte nues et quand on nous trouve, nous avons le réflexe de cacher notre nudité en nous recroquevillant sur nous-mêmes comme des hérissons devant le danger

Moi : – Donc on vous prend pour des objets !

Perle : – Oui c’est exactement cela, on nous prend pour des cailloux, jolis certes, mais pour de simples cailloux

Moi :- C’est dramatique !! Mais que puis-je faire pour vous aider ?

Perle : – Hé bien, va dire au monde entier que nulle parure ne sublime plus une personne que le reflet de sa beauté intérieure et surtout envoie vite ton texte à tes amis de l’atelier d’écriture et diffuse-le sur ton site wwww.creationmimie.fr !!!!!!!!!

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Corinne

J’étais en vacances à Arcachon pour ces fêtes de fin d’année chez mon ami d’enfance et je n’avais pas manqué d’aller m’acheter des huîtres dans un des petits cabanons du port ostréicole de La Teste ; sans plus tarder, ce 31 décembre, je me mis à les préparer et quelle ne fut ma surprise quand j’ouvris la toute première huître d’y trouver une bague ornée d’un diamant. Je ne laissai rien paraître et avalai prestement le contenu avec un gloussement de plaisir appuyé. Mon compagnon de tablée, assis en face de moi, resta interloqué, blêmit puis rougit sans piper mot. « Ohhh » fis-je en déglutissant « j’ai dû avaler un morceau de coquille » Sa mâchoire se décrocha mais décidément aucun son ne voulut sortir. Il ne s’attendait sûrement pas à celle-là. J’avoue que devant cette mascarade, j’ai improvisé sans penser aux conséquences. Je restais dans un calme olympien le regardant changer de couleurs comme si je faisais une séance de chromothérapie. Je n’osais pas rire mais pensais silencieusement qu’il n’avait jamais été une lumière sauf présentement avec son allure de guirlande de Noël clignotante. « Heuuuuu … heuuuu … heuu … » un son hésitant osa sortir de sa bouche en cul de poule « Qu’est-ce qu’il y a ? » fis-je « T’en fais une tête » Et il s’évanouit, tombant mollement le nez dans son assiette encore vide. « Oh merde, manquait plus que ça ! Je ne vais même pas pouvoir manger mes huîtres tranquille, un an que j’attends ça».

Je le laissai à ses vapeurs de midinette émotionnée et décidai de continuer à déguster mes mollusques iodés. Je pris une huître, empoignai fermement mon couteau puis reposai le tout en me ressaisissant. Je réalisais alors qu’il allait falloir gérer cette histoire de bague provisoirement en transit vers mon émonctoire naturel du bas.

« Mais quelle idée saugrenue il avait eue… » pensais-je « Il avait dû se faire des idées quand j’ai accepté de venir passer les fêtes ici ». Je le savais troublé en ma présence mais je n’avais pas conscience que ce que je prenais pour un comportement d’adolescent énamouré était si sérieux pour lui.

J’avoue en avoir joué plus d’une fois, venant chercher du réconfort après quelques chagrins d’amour. C’était si bon de me sentir attendue, désirée par ce grand bêta aux petits soins pour mon cœur meurtri. Il était un baume qui me permettait de guérir plus vite de mes chagrineries, parce qu’il savait être drôle, tendre et terriblement bienveillant. Comme j’ai été égoïste ! Je n’ai pas vu que je lui donnais de faux espoirs en me jetant systématiquement dans son canapé moelleux, pelotonnée contre lui, ses bras enveloppants me tendant gentiment la boite de mouchoirs. Eux seuls savaient m’accueillir reniflante, victime, larmoyante.

Il avait été patient et pour une fois, je ne venais pas éplorée en quête de distraction après un énième échec sentimental mais plutôt pour ne pas passer le réveillon seule et me régaler de nos délicieuses fines de claires, goût que nous partagions avec nos souvenirs d’enfance arcachonnais. Je le regardais avec un œil nouveau, je lui avais donné le coup de grâce en faisant mine de ne pas voir cette bague. Il y avait sûrement mis tout son cœur, je l’imaginais préparant méticuleusement sa surprise avec la complicité de son copain Fred, l’ostréiculteur. Un cri de mouette postée devant la fenêtre me ramena soudain à la réalité. Je me levai et m’approchai de lui, mon regard s’attarda sur sa nuque ou quelques boucles blondes reposaient. Il était beau. Je ne l’avais même pas vu devenir un homme ! Jusqu’à maintenant il était resté pour moi le jeunot frêle et timide de nos quinze ans. Je posai délicatement ma main sur son omoplate et avec un petit mouvement caressant lui parlai gentiment pour le réveiller. Il n’avait pas dû s’écouler plus d’une minute ou deux depuis qu’il s’était évanoui et il émergea doucement. Son regard triste me désarçonna. J’étais mal de lui avoir joué ce tour et c’est alors que je me rendis compte que plus jamais je ne le ferais souffrir, j’avais envie de le faire rire, de le choyer, de le rendre heureux… et de le laisser m’aimer. Je plongeais mon regard dans le sien et lui dis « C’est OUI ».

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