Justice !!! (novembre 2015)

Sujet :

Je vous invite à écrire un dialogue qui commence par :

– Je vous assure, Monsieur le (ou Madame la ) Juge, je suis innocent (e)…..

Ce dialogue, comme vous l’avez compris, a lieu au sein d’un tribunal entre 2 personnages qui sont un juge et un accusé. Vous pouvez si vous le souhaitez faire intervenir un 3ème personnage (avocat, témoin, dieu le père, un animal qui aura tout vu etc).

Petite consigne supplémentaire, il devra à un moment ou à un autre être question d’une soutane de prêtre.

Dernières précisions : votre dialogue peut être plausible ou non, en prose, en vers, romantique, voyou, coquin, complètement farfelu ou complètement normal, le principal est de vous AMUSER.
Je rappelle pour Capucine que chacun envoie son texte à tous les membres du groupe et est invité à faire un commentaire sur les textes des collègues, mais que ce commentaire doit être bienveillant, non-jugeant etc : il n’y a rien à gagner, juste un agréable moment d’écriture, ce qui n’est pas rien, et les 2 autres moments sympa également : l’attente impatiente de lire ce qu’auront écrit les autres à partir de cette même consigne et également les commentaires des uns et des autres.

Bon courage

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Jean :

– Je vous assure, Madame la Juge, je suis innocent comme l’agneau qui vient de naitre. Et pourtant tout me condamne. Je ne suis pas beau, je ne suis pas intelligent, je n’ai rien pour plaire. D’accord, les apparences sont contre moi, et tous les faits m’accusent, mais je n’ai rien fait de mal. Je passais par là et puis voilà, tout s’est enchainé pour m’accuser et faire de moi le coupable idéal. Ce que disent les enquêteurs est exact et je n’ai rien à y redire. Inutile de passer leurs dires un à un au peigne fin, je les reconnais tous. Qu’est-ce que je puis y faire ? C’est comme ça, et je ne peux rien contester.
C’est pas drôle pour moi, vous savez, Madame la juge, de me dire que si j’étais à votre place je me condamnerais sans hésiter, sans penser un seul instant que je me trompe peut-être. C’est tellement évident que moi-même, parfois, je me dis : mais après tout tu es peut être coupable ! La nuit ça me réveille, je rêve que je suis coupable. Que tous ces gens intelligents, raisonnables et même bienveillants ne peuvent pas se tromper. Même un prêtre plein de compassion, à l’écoute des pécheurs que nous sommes tous, prêt à intercéder auprès du Seigneur pour qu’il trouve des circonstances atténuantes à nos fautes, me vouerait aux gémonies sans essuyer une seule larme de remords avec sa soutane empesée de certitudes.
Voyez-vous, Madame, mon destin est ainsi fait que la justice des hommes ne pouvait que se tromper du fait de son imperfection, du fait qu’elle ne peut tout voir, tout deviner, tout comprendre. Elle ne voit que ce que les hommes ont vu, elle ne devine que ce que les hommes peuvent ressentir, elle ne comprend que ce que leur raison peut formuler. Elle ne peut pas se mettre à ma place, à la place de celui qu’elle croit juger, alors qu’elle ne fait qu’entendre d’autres hommes qui n’ont vécu qu’un fragment de ce que j’ai vécu et sur leurs témoignages incomplets appliquer les règles de la loi, en fait leur loi, faite pour les protéger, pas pour déceler la Vérité.
Et je ne vois pas comment cela pourrait être autrement. Je suis tombé dans l’un de ces nombreux espaces vides, entre la réalité et l’idée qu’on s’en fait, ces espaces qui génèrent les drames, la tragédie, le ridicule de nos existences. Qui n’a pas connu de ces moments où tout parait absurde, où notre monde s’écroule, où nos croyances les mieux établies implosent comme des baudruches trop gonflées.
Si par mansuétude vous me demandiez un seul élément qui pourrait vous faire douter, je ne pourrais vous en donner aucun, sauf vous répéter que je ne suis pas coupable. Ce qui ne peut en aucun cas constituer un argument recevable.
Vous allez donc conclure à ma culpabilité, m’appliquer votre peine la plus rigoureuse et je vais devoir vivre avec, isolé de tous les humains par une membrane invisible, jusqu’à ma mort, qui ne pourra être qu’une délivrance, trop longtemps espérée.
Ite missa est

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Mimie :

Ac : accusé J : Juge Av : avocat

Ac : Je vous assure, Madame la Juge, je suis innocent ; puisque vous m’avez déjà condamné cinq fois, vous me connaissez bien et vous savez que je suis un esthète qui aime les belles choses. Donc vous me demandez ce que je faisais le 13 janvier 2014 entre 22h et 22h45, je vais vous le dire sans détour : eh bien comme souvent j’admirais des joyaux d’orfèvrerie dans la vitrine de chez Chaumet, place Vendôme ; et là, plus précisément j’étais en extase devant une broche style Gallé, ah cette école de Nancy, la plus prestigieuse entre toutes, ah, Madame la Juge, si j’étais fortuné, il y a longtemps que je vous en aurais offert une.
J : Vous vous égarez, Monsieur Carat
Ac : Mais non, Madame la Juge, je ne m’égare pas, comment résister à l’idée d’offrir un magnifique objet à une femme non moins magnifique
J : C’est bien ce que je dis, Monsieur Carat, vous vous égarez !!
Av : en aparté à son client : Arrêtez vos conneries, Monsieur Carat, vous aggravez votre cas !!!
J : Reprenons, Monsieur Carat, je vous repose la question : que faisiez-vous entre 22h et 22h45 le 13 janvier 2014, et faites court, je vous prie
Ac : Alors là, Madame la Juge, je vous arrête tout de suite, si je puis me permettre
J : l’interrompant et en souriant : chacun son tour, Monsieur Carat, je vous écoute, mais faites vite tout de même
Ac : Je ne peux pas faire court, car il faut comprendre : j’étais donc en extase devant cette broche en forme de papillon, elle était en or blanc, le bord des ailes rehaussé de diamants et d’aigue marine, je le contemplais, me baissant, me relevant, me penchant de droite et de gauche pour mieux l’apercevoir sous toutes ses facettes, j’étais complètement sous le charme, je ne sentais plus la neige qui tombait autour de moi, je n’entendais plus le bruit de la ville, j’étais fasciné, j’avais l’impression qu’il était vivant, qu’il allait s’envoler et de fait, j’ai vu que peu à peu ses antennes commençaient à bouger, ses ailes frémissaient, il devenait vivant, Madame le Juge, je vous jure, il s’est mis à battre des ailes et il s’est envolé, oui Madame le Juge, je vous le dis comme je l’ai vu : il volait dans la vitrine, et puis il s’est approché de moi, car il me voyait le regarder de l’autre côté de la paroi, et il m’a parlé, oui Madame le Juge, il m’a parlé comme je vous parle, et il m’a dit ceci en agitant fortement ses ailes dans son vol stationnaire : aidez-moi, aidez-moi, je suis enfermé, je n’arrive pas à respirer !!!
Av : Oh, non, Monsieur Carat, par pitié, arrêtez ça !! gémit l’avocat en se prenant la tête dans les mains
Ac : complètement halluciné : Comme j’avais par le plus parfait des hasards un fusil sur moi, j’ai tiré sur la vitrine, en prenant bien soin de ne pas viser en direction du papillon ; ensuite je ne me rappelle plus tout à fait ce qui s’est passé, j’ai vu le papillon s’envoler, tellemement heureux d’avoir recouvré la liberté, et moi je me suis retrouvé en train de courir, fou de joie, pour le suivre, et puis je ne sais plus. Je me suis réveillé le lendemain matin, il était là, sur mon oreiller, mort. J’étais si triste, il avait retrouvé toute sa beauté, mais il lui manquait la magie de la vie qui l’avait totalement transfiguré la veille.
J : Donc vous vous êtes réveillé le lendemain matin avec le bijou sur votre oreiller, vous ne vous êtes pas demandé comment il était arrivé là ?
Ac : Non, Madame le Juge, j’ai pensé qu’il était normal qu’il fût là : je lui avais sauvé la vie, j’ai trouvé logique qu’il se réfugie vers moi quand il a senti qu’il mourait. N’auriez-vous pas fait la même chose, Madame la Juge ?
J : Je ne suis pas un papillon, Monsieur Carat, je ne peux donc pas répondre à votre question ; par contre je peux vous dire, en tant que magistrat, que vous risquez là, en plus de répondre d’une tentative de meurtre, que j’ajoute à la liste de ce qui vous est reproché, l’outrage à magistrat car je vous rappelle que vous êtes ici dans un tribunal, que je suis juge et vous accusé, un accusé bien connu des tribunaux. Donc je vous demande de revenir à la réalité et de ne me rapporter que des faits. Donc qu’avez-vous fait en voyant la broche sur votre oreiller ?
Ac : en jetant un coup d’œil à son avocat : je l’ai caressé Madame le Juge, je lui ai parlé, et quand j’ai compris qu’il était bien mort, je me suis dit qu’il fallait que je l’enterre. Il était si beau, même mort il brillait encore de mille feux, je me suis dit que je ne pouvais pas l’enterrer au fond de ma jardin comme un chien, d’autant que je vis en HLM au 30 ème étage à la Courneuve.
J : Alors qu’avez-vous fait ?
Ac : J’ai réfléchi
J : Vous m’en voyez ravie, et vers quelle décision vous ont conduit vos réflexions ?
Ac : J’ai décidé d’aller voir le curé de la paroisse pour lui demander de dire une messe et de l’enterrer dans le jardin du presbytère, et c’est tout
J : Monsieur Carat, cette explication est légèrement incomplète, vous êtes donc allé voir le curé, pouvez-vous me décrire comment cela s’est passé.
Ac : Bien volontiers, Madame la Juge, je suis allé le voir à l’église, cela tombait bien car il était justement en train de prier tout seul dans le chœur avec sa soutane et son air absent. J’ai attendu qu’il ait fini sa conversation avec Dieu, car je suis correct, Madame la Juge : quand j’ai vu qu’il était comme Don Camillo en pleine discussion avec le Seigneur, j’ai pensé qu’il ne fallait point que je l’interrompisse. J’ai donc attendu, j’ai même brûlé un cierge pour mon papillon, oui, je sais, je n’avais pas d’argent et je n’ai pas payé, mais le bon Dieu me pardonnera j’en suis sûr
J : Ca, vous lui demanderez plus tard, revenons-en aux faits et parlez-moi plutôt de cette conversation que vous vouliez avoir avec le prêtre
Ac : Hé bien, quand il s’est désagenouillé, je l’ai abordé en lui expliquant que je voulais donner une messe pour un mort. Il m’a demandé si c’était pour la personne que j’avais tuée il y a 20 ans et pour laquelle lui m’avait entendu en confession et vous, Madame le Juge, m’aviez interwievé et acquitté faute de preuve. Tandis que son avocat blémit, rougit en s’affaissant, prostré sur son siège, Monsieur Carat continue : Il m’a demandé donc si c’était pour cet homme ou pour ma mère que j’avais faite mourir de chagrin, et là, je reconnais, cela m’a énervé, je l’ai saisi par sa foutue soutane, je l’ai plaqué à terre et je lui ai conseillé d’implorer le bon dieu car je lui ai dit que je n’allais pas le rater s’il continuait à tergiverser au lieu de dire la messe que je lui demandais et que s’il continuait, il pourrait aller lui raconter tout ça direct au Seigneur, car je reconnais que par le plus parfait des hasards, j’avais une arme sur moi, que j’ai sortie, pour faire plus vrai.
Et c’est là que tout s’est gâté, Madame la Juge, comme il s’est mis à crier, moi aussi j’ai crié, encore plus fort, et j’ai dit que j’allais m’énerver s’il ne se comportait pas en bon chrétien. Je lui ai ordonné de dire cette messe, il n’a pas voulu, alors je lui ai donné un coup de crosse au front, ça saignait, c’était drôle, car ça faisait comme sur le christ crucifié où l’on voit un filet de sang. Cet énergumène a crié encore plus, alors là, cet idiot de bedaud est descendu de l’orgue où il s’entraînait à essayer de jouer juste, peine perdue à mon avis. Il a brandi une grosse croix en métal, en criant : « arrière Satan », mon sang n’a fait qu’un tour, je suis un honnête homme, et se faire traiter de Satan alors qu’on vient demander une messe pour le repos de l’âme d’un être cher, c’est tout de même un peu violent, alors justement, je suis devenu violent, je reconnais, je lui ai fichu une bonne claque, mais comme je tenais mon pistolet à la main droite et que je suis droitier, si vous me suivez Madame la Juge, vous comprendrez que j’ai été gêné pour lui donner une claque, qu’en fait un coup est parti et donc que ce coup est bel et bien parti malgré moi, en plein dans son oeil. Il s’est mis à beugler encore plus, il m’a asséné un coup avec la croix qu’il portait toujours, carrément méchamment, alors, là, entre nous, Madame le Juge, le 1er qui me sort le dicton « Gentil n’a qu’un œil », je lui dis que tout çà, c’est des menteries, cqfd. Et puis il s’est enfui et nous a enfermés le curé et moi dans l’église.
Le curé, il tremblait pire que moi et mes potes dans les geôles de la Santé, l’hiver 54. J’ai pensé : tant mieux, comme j’ai le curé pour moi tout seul, il ne va pas être dérangé et il va bien finir par me la dire, cette messe. Donc je me suis excusé pour cette interruption et lui ai refait ma demande. Va savoir pourquoi, il m’a dit oui, comme quoi parfois il suffit d’insister. Il est devenu tout gentil, il m’a même proposé en guise de cercueil un joli ballotin vide de chocolats qu’il venait de s’empiffrer, certainement sans même en proposer à son crétin de bedeau, les curés, vous savez, Madame le Juge, c’est pas forcément des chrétiens comme vous et moi, oui donc je disais que nous voilà en train de déposer délicatement le papillon dans le ballotin qu’il a gentiment garni d’une feuille de sopalin en guise de linceul et enfin, il a commencé à dire cette bon-dieu de messe.
Je me suis agenouillé et j’ai commencé à prier, mon révolver à la main et pointé sur le curé au cas où il changerait d’avis. J’ai prié pour le papillon, pour ma pauvre mère et j’ai commencé à pleurer, à pleurer, le curé s’est approché de moi pour me consoler, j’étais redevenu un tout petit enfant qui cherche les bras de sa mère, je me suis jeté dans les bras du curé et là, je pense qu’il y a eu méprise, donc erreur judiciaire, Madame le Juge : quand les gens du GIGN sont arrivés par la sachristie, sans qu’on les entende et qu’ils m’ont vu me précipiter vers le curé, mon arme à la main, ils n’ont pas cherché à comprendre et ils m’ont tiré dessus, et c’est pour ça, Madame la Juge, que vous êtes obligée de venir tenir cette audience de justice au purgatoire. Je compte bien que lorsque vous m’aurez innocenté en haut lieu, je serai accueilli par St Pierre au paradis.
Avec un grand fracas, l’avocat s’effondra sur le banc des accusés, victime d’une crise cardiaque et accessoirement victime du devoir.

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Andrée

Je vous assure, Monsieur le Juge je suis innocent
Innocent, innocent dis-je dans un murmure,
Je suis innocent

Innocent innocent,
je ne l’ai pas toujours été
quel drôle de parcours quand même que le mien

j’ai passé ma vie à aller de tricheries en tricheries
de petits larcins en petits larcins
de petits vols en petits vols
de petits mensonges en petits mensonges

tout ça juste pour le plaisir de tricher , de voler de mentir
juste pour le plaisir de braver les interdits de l’éducation
les interdits de la société, de contourner les règles
pour éprouver un sentiment de puissance, de liberté
pour me sentir plus fort que toutes ces contingences imposées
et cela marchait toujours
pas vu , pas pris

allez ,quelques exemples au passage
vols à l’étalage, oui
vols dans les rayons du supermarché, oui
vol dans le porte monnaie des parents
une pièce par ci, une pièce par-là, oui
tricherie à l’école, oui
un peu sous toutes ses formes
me faire porter pâle, zieuter l’écrit du voisin
quelques antisèches, oui, oui, oui
et toujours cette adrénaline, ce sentiment de force
qui donnait du piment et envie de continuer
et faire toujours plus
pas vu pas pris, tant pis pour eux

et puis, sans savoir pourquoi,le temps a passé
le jeu n’en était plus un, n’avait plus de saveur
et sans que j’y prenne garde, peu à peu,
me vint l’idée de la ligne droite, d’un certaine excellence
je n’avais plus rien à me prouver
j’étais capable de tout sans me faire prendre
le seul deal élevé au rang d’art qui me restait à vivre :
tout respecter, et briller dans l’excellence
comme j’avais brillé dans les ténèbres

alors voilà
le temps a passé
la vie a continué
la règle, l’ordre, la mesure ont pris les dessus
avec un goût, proche de la délectation

et me voilà confronté à l’absurde

aujourd’hui , Monsieur le Juge
non seulement je vous le dis, mais je vous le jure
je suis innocent, innocent,innocent
j’y comprends rien,
je suis la victime d’une machination, d’un complot
qu’est ce à dire, 23 valises pleines de drogue ?
tout cela pour un seul passager, c’est inimaginable
c’est une farce ,une bouffonnerie
mais que croyez vous Monsieur le Juge
je suis commandant de bord
j’ai des diplômes,j’avais tout vérifié
il n’y avait que 2 valises dans la soute à bagages

j’ai eu beau leur dire, là-bas à Saint Domingue
que je n’y étais pour rien
procès sommaire, prison dans des conditions dégradantes
alors j’ai dû fuir, non pas pour me soustraire à la justice
puisque je suis là devant vous
devant « la » justice de mon pays
alors vous devez me croire, Monsieur le Juge
je suis innocent
je vais me réveiller
ce doit être un mauvais rêve, un cauchemar,
un mauvais roman
vous allez diligenter une enquête, n’est-ce-pas ?
vous allez trouver « le » détail qui m’innocentera ?

interrogatoire terminé

retournant dans ma cellule je pense soudain
à cette soutane que j’ai vue furtivement rôder
sur le tarmac, autour de l’avion
je n’y avais pas prêté attention ce jour-là
rêve ou réalité ?
était-ce ma conscience qui me ramenait
à mon passé de petit délinquant
ou pièce à conviction de mon innocence ?

seule certitude : je ne sais plus où j’en suis

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Franck

C’est pas moi, c’est ma voiture

‐ Je vous assure, Monsieur le juge, je suis innocent, c’est ma voiture qui a tué la fillette.
‐ C’était bien vous qui étiez au volant de la voiture, n’est‐ce pas ?
‐ Oui, mais la voiture était en conduite automatique.
‐ Et vous n’avez rien pu faire pour empêcher cet accident ?
‐ Le temps que je réagisse, la voiture, tout en freinant, était déjà sur la fillette, je n’ai pas eu le
temps de reprendre le contrôle.
‐ Si vous aviez eu le contrôle du véhicule, qu’auriez‐vous fait ?
‐ J’aurais freiné et j’aurais essayé d’éviter l’homme qui venait de tomber sur la route.
‐ D’après le rapport, sur la voie d’en face arrivait un groupe de cyclistes, et sur le trottoir de
droite il y avait la fillette, et encore plus à droite des obstacles très durs, comment auriezvous
pu éviter un accident ?
‐ Par réflexe, mais je ne sais pas trop dans quelle direction je serais allé.
‐ Comme il s’agit du premier accident mortel impliquant une voiture en conduite automatique,
une expertise approfondie a été mandatée. Monsieur l’expert, pouvez‐vous nous faire un
résumé de votre volumineux rapport ?
‐ Je tiens à signaler que c’est le résultat de toute une équipe du bureau d’étude.
‐ Oui, oui, nous vous écoutons.
‐ Monsieur le juge, je voudrais d’abord rappeler le nombre d’accidents exceptionnellement
faible des véhicules en conduite automatique et, en cas d’accident dans les rares cas où c’est
inéluctable, les faibles blessures occasionnées aux humains.
‐ Monsieur l’expert, allez aux faits sur le cas présent.
‐ Oui, oui. Les véhicules sont programmés pour éviter en priorité les dommages aux humains,
ou pour les réduire au minimum, et dans les circonstances exceptionnelles comme ici où
l’impact avec des humains est inévitable, réduire le nombre d’humains impactés.
‐ Si je comprends bien, le véhicule a évité le groupe de cyclistes car il y aurait eu de
nombreuses victimes, mais pourquoi a‐t‐il choisi la fillette au lieu de l’homme tombé sur la
chaussée ?
‐ C’est là le cas le plus délicat. Il y a un algorithme éthique permettant de prioriser les
individus. Ici, le conducteur avait d’abord choisi en priorité sa sécurité, puis dans l’ordre
décroissant les femmes enceintes, les enfants, puis les personnes des plus jeunes aux plus
âgées.
‐ Monsieur le conducteur, sont-ce bien là vos choix ?
‐ Oui Monsieur le juge.
‐ Monsieur l’expert, par rapport à ces choix, pouvez‐vous alors nous expliquer pourquoi la
voiture s’est malgré tout dirigée vers la fillette ?
‐ A l’analyse de la boîte noire, il en ressort que l’homme a été confondu avec une femme
enceinte. Il faut dire qu’il portait une soutane de prêtre et était un peu bedonnant.
‐ D’après le rapport des gendarmes, il allait à une répétition d’un spectacle comportant des
prêtres, précisa le juge. Y aurait‐il un défaut dans les systèmes d’identification des personnes
du véhicule ?
‐ Tous les systèmes du véhicule étaient opérationnels, et lorsque nous avons visionné les
vidéos enregistrées par les caméras du véhicule, il est vrai que nous avons reconnu une
soutane de prêtre de par notre culture, mais l’algorithme l’a classé en robe et a par
conséquent déterminé le sexe féminin, et le ventre proéminent sans des fesses enrobées a
conduit l’algorithme à identifier une femme enceinte.
‐ Bon, continuons. Est‐ce que la voiture aurait pu éviter le décès de la fillette ?
‐ Bien entendu, les algorithmes ont choisi la manoeuvre ayant le plus faible pourcentage de
décès. La voiture ne s’est pas complètement engagée sur le côté, et a roulé sur les jambes de
l’homme tombé sur la chaussée, pour laisser la possibilité à la fillette de se jeter sur le côté
droit, mais malheureusement elle n’a pas eu ce réflexe. A noter que le véhicule a réduit son
freinage sur la roue gauche lorsqu’elle était sur les jambes de l’homme afin d’en limiter les
blessures.
‐ Et si le conducteur n’avait pas privilégié sa sécurité pour l’algorithme éthique, est‐ce que le
résultat eût été meilleur ?
‐ Peut‐être. La boîte noire a stocké tous les scénarios analysés par le véhicule. En effet, si la
sécurité du conducteur venait après celles des enfants, le véhicule aurait tenté une
manoeuvre le projetant contre le mur tout à droite. toutefois ses calculs indiquaient un
risque élevé de rebondir contre le mur avec un risque important de faucher la fillette, et un
risque modéré concernant l’homme, et des risques de blessures très importantes pour le
conducteur lié à l’impact frontal contre le mur. De plus, le risque de tonneaux était assez
fort.
‐ Si je reformule, il y aurait eu d’avantage de blessés graves, mais la fillette ne serait pas
morte ?
‐ Ce n’est pas si simple Monsieur le juge, le calcul de risque aide à la décision, mais il est
impossible au véhicule de prédire exactement le comportement de l’impact, à cause de
paramètres impossibles à déterminer à 100% comme l’adhérence au sol et la capacité
d’absorption par le mur de l’énergie du choc. De plus, si la voiture arrivait en tonneau sur la
fillette, elle serait probablement décédée.
‐ Mais confirmez‐vous que le véhicule aurait choisi cette manoeuvre car cela aurait réduit les
risques de décès de la fillette ?
‐ Oui Monsieur le juge.
‐ Monsieur le conducteur, que pensez‐vous de cet aspect ?
‐ C’est‐à‐dire Monsieur le juge ?
‐ Auriez‐vous préféré être gravement blessé mais la fillette en vie ?
‐ Heu… formulé de la sorte, oui Monsieur le juge.
‐ Effectueriez‐vous une autre priorisation sur l’algorithme éthique du véhicule ?
‐ Oui, car je dors mal depuis cet accident. Même si l’expert indique que cela n’aurait peut‐être
pas suffi à sauver la fille, elle aurait eu un peu plus de chance.
‐ Monsieur l’expert, connaissez‐vous les choix habituels effectués par les conducteurs ?
‐ La grande majorité des conducteurs choisissent leur sécurité d’abord.
‐ Ce choix ne conduit pas nécessairement à sauver le plus de vies, pourquoi est‐il donc proposé
par les constructeurs ?
‐ Qui achèterait un véhicule sachant que la vie des occupants du véhicule n’est pas prioritaire
en cas d’accident ? Si un constructeur enlevait ce choix, il vendrait beaucoup moins de
véhicules que ses concurrents permettant ce choix.
‐ N’y a‐t‐il pas un algorithme éthique commun à tous ?
‐ Non Monsieur le juge, les gouvernements n’ont pas encore légiféré à ce sujet. Il s’agit d’un
débat compliqué dont je ne suis pas un expert. Les choix effectués par les millions de
conducteurs permettent notamment de fournir des éléments.
‐ Mais l’égoïsme ne risque‐t‐il pas de l’emporter sur l’intérêt général ?
‐ Rappelons Monsieur le juge qu’il s’agit du premier cas d’accidents mortels lié à la conduite
automatique. Nous venons de voir que l’avis du conducteur impliqué dans l’accident a
changé suite à ce cas.
‐ En effet ! Avec votre avis d’expert, que se serait‐il passé si le conducteur conduisait le
véhicule ?
‐ Par réflexe, il aurait probablement donné un coup de volant vers la gauche, provoquant de
nombreux morts parmi les cyclistes. Dans ces moments‐là, l’humain n’a pas le temps de
réfléchir aux conséquences, il s’agit de réflexe de survie du conducteur et d’empathie par
rapport à un autre humain. En aucun cas il n’aurait foncé vers le mur, et les cyclistes
provoquent moins d’empathie instinctive car ils apparaissent moins humains pour le cerveau
sur leurs vélos.
‐ Nous vous remercions pour votre expertise. Quant à vous Monsieur le conducteur, le
tribunal n’a rien à vous reprocher, vos choix étant légaux.

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Gisèle

« Je vous assure, Monsieur le Juge, je suis innocent »
A ces mots, prononcés d’une voix tranquille et avec un accent de vérité, toute la salle éclata de rire.
« Silence ! Ou je fais évacuer la salle, s’écria le juge en martelant son bureau. »
Le prévenu, un homme dans la force de l’âge mais avec un je ne sais quoi de juvénile dans le regard et dans l’attitude, se retourna vers l’assistance et la fixa d’un air étonné. Tout lui en dénotait l’homme respectable, sympathique, d’un abord agréable et à qui on brûlait de faire confiance….Bref, le contraire d’un escroc !
Le juge, agacé, remua la liasse accumulée sur son bureau et la désignant :
« Ce n’est pourtant pas du tout l’avis de la cinquantaine de vos victimes qui vous ont formellement reconnu. Nous allons résumer l’affaire Raoul Dupré celle qui nous intéresse aujourd’hui.
Vous vous nommez Victor Lespilliers, né à Lille, le 29 juin 1965 de Jean et Marie Desgardin, actuellement décédés. Après des études brillantes au collège, vous décidez d’entrer au Petit Séminaire, que vous abandonnez très vite : apparemment vous n’avez pas le goût de la soutane ! Je me trompe ?
Il s’ensuit des études chaotiques. Au retour dans votre foyer, vos parents vous ayant coupé les vivres, vous vivez d’expédients puis d’escroqueries. Votre intelligence supérieure vous permet de concocter vos machinations et de prendre au piège vos victimes. »
Victor se dressa sur son siège :
« Ah ! Pardon, Monsieur Le Juge, je ne vous permets pas ! »
« Silence ! Ou j’ajoute à la liste de vos méfaits, celui d’outrage à magistrat ! »
« Vous rencontrez enfin Raoul Dupré, curé de La Chosal en Valentinois. Celui-ci vous connait bien, puisqu’il vous a eu comme élève au Petit Séminaire. Ou plutôt vous connait très mal !
Huissier ! Faites entrer le premier témoin : Le Révérend Raoul Dupré. »
La porte s’ouvrit : Le curé Dupré, un homme âgé, souffreteux, s’avança péniblement, au rythme de sa canne.
-« Mon Père, reconnaissez-vous, en la personne du prévenu, Victor Lespilliers, l’homme qui vous a soutiré la quasi-totalité de vos économies ?
En effet, c’est bien mon ancien élève, que j’ai reçu avec joie, dans la soirée du 20 avril dernier. Il m’a proposé une affaire éblouissante, qui m’a donné beaucoup à rêver : acheter un terrain sur la planète Mars… »
Le prétoire s’agita, les têtes se penchaient l’une vers l’autre, des rires étouffés se faisaient entendre, même les assesseurs ne pouvaient dissimuler leur sourire.
-«Pardonnez-moi, mon Père, mais vous vous êtes montré de la dernière naïveté : un terrain sur Mars ! Pourquoi pas dans la Nébuleuse d’Orion ? »
Le vieil homme s’agita :
« J’ai vu le titre de propriété, signé du gouvernement des Etats-Unis, accordant à Victor ce terrain situé dans Valles Marineris, un canyon de 4000 kilomètres de longueur, situé sur l’équateur. Un endroit idéal, avec de la glace, donc de l’eau et à une altitude raisonnable. L’endroit, assez plat, peut garantir un « amarsissage » en douceur.
-« Et le voyage ? Avez-vous pensé au voyage ? Le président s’étranglait de colère.
-« Certainement, Victor m’a bien renseigné : entre 55000 et 400000 km suivant le mouvement des planètes, soit 7 à 11 mois de trajet pour l’aller simple. C’est long et il est vrai qu’il faudra apprendre à s’ennuyer ou à méditer en regardant le vide sidéral, par le hublot…
-« Encore une autre question, mon Père, vous avez un certain âge : ne craignez-vous pas de profiter bien peu de votre acquisition ?
-« C’est là, en effet, que le bât blesse : les 100000 euros que j’ai déboursés pour ce terrain, étaient destinés à mon jeune neveu, mon unique héritier. Je pensais lui être agréable par cet achat extraordinaire dont il aurait pu profiter pleinement ! Par malheur, il s’est montré très peu enthousiaste et s’est empressé de déposer une plainte à la gendarmerie pour escroquerie. Cela m’a désolé, je pensais être à la pointe du progrès : dans trente ans, ces voyages intersidéraux vont devenir la norme. Bien entendu, je ne serai plus là, mais les étoiles à notre portée, quel rêve magnifique…
Le président ajouta :
-« C’est à ce moment que le prévenu a disparu, sans laisser d’adresse, les 100000 euros envolés. Nous l’avons localisé grâce à son portable, mais il a eu le temps de faire d’autres victimes pour lesquelles il sera jugé ultérieurement.
Victor Lespilliers, qu’avez-vous à dire pour votre défense ?
-«Monsieur Le Juge, je répète que je suis innocent. La preuve, je n’ai pas voulu d’avocat pour ma défense. J’estime, en effet, faire œuvre de salut public en apportant à mes concitoyens une large part de rêve dans un monde aussi pragmatique et borné. Nous voici près de quitter GaÏa, notre terre, et à prendre la direction des étoiles, n’est-ce pas merveilleux ?
-« A condition de ne pas dépouiller vos victimes. Pouvez-vous rendre la somme volée ?
Le prévenu baissa la tête. Le président consulta à voix basse ses deux assesseurs.
-« Voici notre jugement.
Victor Lespilliers, selon l’article 20, alinéa 40, du Code Pénal, pour avoir obtenu, frauduleusement du Révérend Dupré, la somme de 100000 euros, la cour vous condamne à trois ans de prison ferme et à 100000 euros d’amende.
Huissier, affaire suivante. »
Encadré par deux gendarmes, Victor suivit son destin.

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Hélène

AMNESIE COLLECTIVE OU HISTOIRE D’UN MONDE QUI NE SAIT PLUS QUI EST
PAPA NOEL

-Je vous assure, Monsieur le Juge, je suis innocent….. j’ai juste obéi aux ordres…
-Les ordres ? MAIS QUELS ORDRES ? Et qui vous a donné l’ordre de rentrer comme
ça chez les gens, par effraction ? Les SS du grand Reich aussi ne faisaient qu’obéir aux
ordres pendant la seconde guerre mondiale !
-Mais j’ai toujours fait comme ça…c’est des ordres de là-haut, de Dieu ou de son grand
vizir, allez savoir comment ils s’organisent les chefs… si vous me laissez le temps, je
peux me renseigner pour savoir exactement qui dirige les opérations…
-Ecoutez, Monsieur, je trouve cette histoire invraisemblable…et si en plus vous vous
justifiez en incriminant des puissances de l’au-delà, on ne va pas s’en sortir. Je rappelle
à tous les faits qui ont amené ce monsieur au tribunal : la nuit du 24 décembre, vous
avez été arrêté alors que vous tentiez de pénétrer chez Mr Boudu, en passant par sa
cheminée. Nous avons trouvé avec vous, dans un énorme sac, une quantité très
importante de marchandises, de provenance douteuse, en particulier des jouets pour
enfants, ce qui a amené les enquêteurs à penser à un trafic de jouets fabriqués en
Chine…et pour couronner le tout…
-Mais puisque je vous dis que je distribuais ces jouets aux enfants…pour leur faire
plaisir…
-TAISEZ-VOUS ! N’aggravez pas votre cas ! Car si je tiens compte de ce que je viens
d’entendre, je pourrais ajouter un chef d’accusation supplémentaire, celui de
détournement de mineur !
…et donc, disais-je, pour couronner le tout, vous portiez une tenue très spéciale, je cite
le rapport de l’inspecteur Dupont : « un genre de soutane de prêtre, de couleur rouge
sang, ainsi qu’un bonnet de nuit ridicule de la même couleur ». J’ajoute que vous vous
promeniez cette nuit-là avec 6 spécimens d’animaux dont la vente est interdite en
France, car c’est une espèce en voie de disparition…il s’agit selon l’expert diligenté pour
cette affaire de Rangifer tarandus, un genre de caribou apparemment.
L’ensemble de ces faits, messieurs les jurés, messieurs les avocats, nous permet donc
de porter les chefs d’accusation suivants à l’égard de Monsieur Nicolas Claus :
tentatives multiples d’effraction, outrage aux bonnes mœurs, trafic illégal de
marchandises non déclarées, et trafic illicite d’animaux…La parole est maintenant à
l’avocat de la défense, monsieur Gerbier.
-Monsieur le Juge, messieurs les jurés… il faut revenir aux faits, et rien qu’aux faits,
pour comprendre que tout ceci n’est qu’une malheureuse méprise ; Monsieur Claus,
mon client, exerce le métier d’intermittent du spectacle. Ce soir-là, Monsieur Claus
répétait sa pièce avec le célèbre metteur en scène Bob Rollings ; chacun sait que cet
artiste crée des pièces de théâtre inoubliables…et très originales, puisque chaque
représentation a lieu non pas dans un théâtre, comme on pourrait s’y attendre, mais
dans un endroit choisi par Mr Rollings. Et ce soir-là il faisait répéter mon client sur les
toits d’un immeuble, pour les besoins de sa pièce ! Voilà, tout s’explique et tout est bien
qui finit bien !
-Avez-vous des preuves de ce que vous avancez, Monsieur Gerbier ? Des témoins ?
-Euh, Votre Honneur, mon cabinet recherche activement Mr Rollings qui semble être
très occupé en ce moment…
-Blablabla…Nous perdons notre temps, Monsieur. J’ai bien peur que vous ayez inventé
toute cette histoire dans le but de protéger votre client…Ah, un instant, on m’amène une
pièce à conviction à ajouter au dossier…il s’agit d’une lettre qu’on a retrouvée dans les
chaussures du fils de Monsieur Boudu. Je ne sais pas si c’est important, mais les
chaussures en question se trouvaient devant la cheminée – cheminée, je le rappelle, par
laquelle l’accusé tentait de s’introduire- Donc nous pouvons émettre l’hypothèse que ce
message vous était destiné, monsieur Claus ? Voyons ce qu’il contient :
« Petit Papa Noël,
C’est la belle nuit de Noël,
La neige étend son manteau blanc… »
-Ah ah ah !!! Ce message a beau être codé, nous comprenons parfaitement de quoi il
s’agit…la neige blanche, chacun le sait, n’est autre que le nom donné par les malfrats à
la cocaïne ! Vous appartenez à un réseau de trafic de drogue ! Votre cas est grave,
monsieur Claus, très grave !
-Mais non, monsieur le juge, c’est juste une chanson populaire de Tino…
-En plus, vous avez des complices ! Votre peine s’aggrave d’heure en heure ! Voyons si
la suite de ce message nous donne d’autres détails sur ce trafic illicite :
« Quand tu descendras du ciel,
Avec des jouets par milliers,
N’oublie pas mon petit soulier… »
D’après ce message, il me semble clair, messieurs les jurés, que Monsieur Claus
possédait un engin aérien qui lui facilitait la tâche pour ses trafics en tous genres.
-Eh ben oui, j’ai mes rennes, ils m’emmènent où je veux…c’est loin le Pôle Nord…
-Cela suffit monsieur Claus, cessez votre petit jeu… la séance est close. Messieurs les
jurés vous pouvez vous retirer pour délibérer. Je vous demande de faire preuve de la
plus grande sévérité à l’égard de cet homme. Et comme dit si bien le proverbe :
« Noel au balcon,
Pâques aux tisons. »
Et j’ajouterai : « Monsieur Claus en prison. Pour de bon. »
Le juge se lève et octroie l’audience d’un sourire satisfait ; Nicolas Claus, menottes aux
mains, est emmené par les gendarmes dans l’arrière-salle ; l’avocat Gerbier, tête
baissée, regarde ses pieds pour se donner une contenance. Il fourre ses mains dans
ses poches et y trouve un petit grelot qui tinte tristement. Il se dit qu’il a encore une fois
raté sa plaidoirie. Dehors, il neige, ça sent bon le vin chaud et les marrons grillés, les
guirlandes décorent joliment les rues… mais le Père Noël se fiche pas mal de tout cela.
Il est vraiment dans la panade. Il a les boules et se sent le cœur glacé…cette année, la
nuit de Noël a été semée d’embûches pour lui…retrouvera- il un jour son petit igloo de
Laponie ?
FIN

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Martine

_ Je vous assure, Monsieur le Juge, je suis innocent
_ En flagrant délit de vol dans la sacristie
La soutane de notre curé entre les mains
Les cheveux en épis, le visage noir de suie,
Vous me semblez coupable, c’est plus que certain !
_ Monsieur le Juge, on m’accuse d’avoir la main leste
Surtout ne prenez pas les faits au pied levé.
La main sur le cœur je puis bien vous assurer
Que les gendarmes ont mal interprété mon geste.
_ Pourtant la maréchaussée a bon pied, bon œil
Et ils vous ont vu jeter en un tour de main
La chasuble du curé au fond du cercueil
Du malheureux Amédée mort hier matin.
_ Je voulais pour Halloween en prêtre me grimer
Et traverser le quartier comme une ombre.
Me voici présent mains liées, boulet au pied
Hélas, je me vois déjà un pied dans la tombe.
_ Comme faute avouée est à moitié pardonnée
Je vous condamne sans avoir la main trop lourde
A prêter main forte à notre pauvre curé
Et à le seconder sans faire trop de bourdes.
_ Monsieur le Juge, vous m’avez en un tour de main
Pardonné et enfin mis dans le droit chemin
Moi qui suis depuis toujours bête comme mes pieds
Je me sens enfin devenir quelqu’un de bien.
Moralité : Juge et Accusé peuvent parfois se serrer la main.

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Corinne :

– Je vous assure, Monsieur le juge, je suis innocente. C’est ce diable, ce serpent qui m’a suggéré de faire ça.

– Mais enfin, tu les as bien volées ces pommes…

– Je n’ai rien volé, j’ai craqué, j’ai croqué, j’ai goûté pour voir s’il disait vrai, c’est mal Monsieur le juge… ?

– Poursuis, je t’écoute…

– Comme je vous disais c’est ce serpent… il a enfilé une soutane de prêtre et m’a raconté des sornettes avec sa voix cajoleuse : « regardez–vous ma fille, vous êtes affamée, limite de perdre connaissance, voyez autour de vous ce verger abondant rempli de pommiers, de pêchers… cueillez ma fille, cueillez le fruit qu’il vous plaît de déguster… »

J’ai été trop bonne poire, il m’a fait avaler des couleuvres et je n’ai rien vu venir… !

– Bien bien… est-ce qu’il y a un témoin de ce que tu allègues ?

– Oui, mon mari… mais il n’est pas à mes côtés, depuis sa chute il a du mal à grimper les côtes et ça grimpe pour venir par là–haut et puis on n’a plus la cote alors on ne vient plus trop traîner nos guêtres par ici. Depuis cette histoire les frères Denne nous on fermé la porte de leur jardin et c’est ceinture pour les fruits, maintenant on n’a plus que les pépins, c’est bien quand il pleut mais c’est un peu bref. Je vous le dis, on a été chassé comme des malpropres, heureusement Vanessa Paradis nous a appelé Joe, le taxi pour descendre dans la vallée, la terre était basse après notre beuverie au calva. Voyez–vous, après avoir été chassés du jardin des Denne on a pas supporté le regard des autres, on a été mis à nu vous comprenez… alors on s’est pintés au calva, les frères distillent leurs pommes et ils ne supportent pas qu’on vienne marcher sur leurs plates–bandes, quand on a commencé à faire de l’alcool de contrebande, ça ne leur a pas plu !

– C’est pour ça que tu as croqué la pomme, pour tester une nouvelle saveur pour votre petit commerce ?

– Le ver était dans le fruit et le fruit de nos entrailles était dans le verre, enfin… voyez ce que je veux dire…

– Je vois surtout que la coupe est pleine et que tu es pleine comme une huître…, heu… une outre.

– C’est une perle, greffier, vous notez… ça vaut son pesant de cacahuètes, un juge qui s’emmêle les marteaux, les pinceaux je veux dire. Excusez, c’est Thor qui me chuchote des âneries.

– Parce qu’en plus tu entends des voix… ?!?

– L’avoine du seigneur sont impénétrables… ah non, je me trompe, c’est avec l’orge qu’on fait la bière…

Blong Blong (coups de marteau)

– Silence dans la salle !! S’il vous plaît, revenons à nos moutons des Pyrénées. Panurge, le berger, ne t’a pas dit que Michel et France du Pays de Galles s’étaient rencontré grâce à Blablacar… ?

– Panurge… … c’est pas celui qui dit tout le temps « c’est biêêêêên, c’est mâââââl… ? »

– Oui, c’est cela… le pauvre il est aveugle mais ce n’est pas le sujet… alors Michel et France, ils ont croqué la pomme ?

– Oui, c’était dans Gala, il y avait aussi un article sur la reine des Rainettes et des photos de la fête à la grenouille… Mon mari, Adam, lui, quand il a croqué la pomme d’amour, il a eu mal aux dents, il y avait un bout de verre dedans.

Une voix impatiente s’immisca dans la conversation :

– C’était le verre à dents !! Ou le vert Adam, je sais plus…

– Très bien puisque vous voulez vous exprimer, j’appelle à la barre le témoin suivant : G. Ovah. Dites–

nous tout ce que vous savez…

– Je ne les connais ni d’Eve ni dedans, dehors non plus d’ailleurs…

– Alors qu’est-ce que vous faites là ?

– je les surveille… je les mate quand ils vont se baigner tout nus dans le Lac Onessence. Je leur pique leurs feuilles de vigne pour aller les farcir et me faire un bon gueuleton… le tout arrosé d’un bon calva bien sûr… on appelle ça un cal’ver parce que c’est lourd à digérer.

– Arhhh, vous aussi vous êtes tombé dans le tonneau des Danaïdes avec Obélix !!

– … ???…

– Toute cette histoire ne me paraît pas très catholique mais bien alambiquée.

Je commence à avoir l’esprit embrouillé alors je crois que je vais rendre mon verdict :

Eve, lève–toi ! Ton avocat Giulipietri m’a fourni suffisamment de preuves de ton innocence, je viens de les recevoir par le Saint-esprit Express. Comme pénitence, tu me feras 3 salutations au soleil et chanteras 5 Petit Papa Noël ! Allez en paix.

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Johanna :

  • « Je vous assure, Monsieur le Juge, je suis innocent, toute cette affaire est fondée sur un malentendu dit l’inculpé à voix basse, parlant dans sa barbe. « 
  • Le Juge annonce au micro à l’assemblée : « L’enquête révèle après 2 semaines d’investigation les éléments de preuve suivants : ont été retrouvés sur le lieu du crime une soutane de prêtre, un disque de Pavarotti, une partition, un pendentif, un recueil de poèmes. Ici présent Père Jacques Toubon, prêtre de la paroisse Ste Marguerite depuis 1997. Né le 18 Decembre 1967, musicien et compositeur, chef de choeur de la chorale de la paroisse, travaillant ces derniers mois sur l’oeuvre musicale de Pavarotti.

Monsieur connaissait bien la victime, Madame Chengen, née le 10 Février 1980, impliquée dans la vie paroissiale. Elle faisait partie de la chorale. Père Jacques Toubon lui avait proposé un rôle de soliste pour lequel elle devait interpréter les poèmes d’Aragon de sa voix d’Alto.

Les enquêteurs ont retrouvé dans le secrétaire de Madame une lettre datant de Samedi, jour du crime, expliquant les raisons pourlesquelles elle refusait cet éloge et son départ précipité pour Londres où elle devait rejoindre son fils. A quelques jours du concert prévu en l’église Sainte-Marguerite, Monsieur n’a pu gérer sa déception de se séparer de cette femme à la voix charmeuse et enivrante, sa frustration quant à son « oeuvre » qui n’aboutirait pas comme il l’avait imaginé, décision de madame vécue comme une trahison par monsieur. Le Père Jacques Toubon a cédé à la panique, au désarroi et a commis ce passage à l’acte : mettre le feu à l’église pendant le temps de répétition de la chorale, en prenant le soin de fermer toutes les issues. Madame Chengen aurait dans un premier temps perdu connaissance. Asphyxiée Madame Chengen n’a pu être secourue à temps. Une lourde charge est retenue contre Père Jacques Toubon pour non-assistance à personne en danger et crime prémédité. La parole est laissée à Monsieur. Qu’avez-vous à apporter aujourd’hui, jour du jugement, pour votre défense ? Nous vous écoutons.  »

Les yeux embués, Jacques essaie de garder son calme et rétorque :

  •  » Comment Monsieur Le Juge aurais-je pu commettre un tel acte si éloigné de mes valeurs chrétiennes ? Je ne pourrais me passer de musique, je souhaite faire connaitre à toutes générations confondues ce message de liberté et de paix qu’elle engendre chez moi. Madame Chengen savait majestueusement interpréter les chants de sa voix d’Alto. J’en étais admiratif et l’incitais à s’inscrire à un concours de chant.

Je n’ai pas reçu sa lettre. Olivia Chengen est venue samedi répéter comme à son habitude et n’a jamais mentionné son départ. Elle a chanté aux côtés de Claude, notre bariton, soliste homme. Ce jour-là, Claude n‘avait des yeux que pour elle, il regardait peu en ma direction et avait en chantant un débit trop rapide. Etait-il nerveux, à trois jours du concert ? Était il destabilisé par cette femme ?

Claude vient de finir sa prêtrise. Il vient de fêter son ordination. A cette occasion, je lui ai offert un pendentif, une croix en bois. Pièce à conviction que vous ne mentionnez pas monsieur le juge dans le déroulement des faits. Ce même pendentif a été retrouvé autour du cou de la victime. J’ajouterai un autre détail, ce samedi 18 Decembre, les choristes ont voulu me faire une surprise pour mon anniversaire, ils m’ont enlevé ma soutane et m’ont déguisé en Pavarotti. Ils ont mis le disque et nous avons chanté sur « Ave Maria ».

Sachez monsieur le Juge que mes amis choristes m’ont demandé de sortir de l’église. Ils devaient allumer les bougies sur le gateau d’anniversaire. J’ai entendu des cris, me suis alors précipité sur la porte que je ne pouvais ouvrir, les clés étant restées dans ma soutane. J’ai grimpé sur le toit essayant de pénétrer par un autre endroit. Il était déjà trop tard. L’incendie prenait de l’ampleur, je me sentais si impuissant …  » Claude met sa tête dans ses mains et essaie de retrouver ses esprits. Il est à la limite de tomber dans les pommes tant l’émotion le submerge ! Il revoit se dérouler la soirée, cherche à s’agripper à quelques souvenirs qui feraient obstacle à son inculpation, en vain.

  •  » Vous disiez, je me sentais si impuissant … souhaitez-vous poursuivre ?  » dit le Juge avec une pointe d’empathie dans sa voix.

Un jeune homme s’avance :

  •  » Il aimait ma mère, et cet amour a provoqué des jaloux au sein de sa communauté. Claude qui venait de s’engager dans la prêtrise n’a pu supporter la liaison secrète que Jacques entretenait avec Olivia. Il lui a fait comprendre en refusant son cadeau : le pendentif. Cette croix en bois devenait le symbole d’un amour non pas tourné vers Dieu mais tourné vers cette femme qu’était ma mère. C’est ce message que Claude a voulu faire entendre. Mais quand arrêterons-nous de croire que la vie amoureuse d’un prêtre est un scandale ? J’en ai marre de vivre caché ! Soumis à la loi du silence ! « 
  •  » La vérité sort de la bouche des enfants monsieur le Juge, je suis son père et fier de l’être. Merci fiston. »

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