« Je rentre chez moi le soir de mon anniversaire quand soudain …(février 2015)

Voici quel était le sujet de la toute première proposition d’écriture  (février 2015) :

C’était le jour de mon anniversaire, je rentrais chez moi après ma journée de travail, espérant qu’une surprise m’y attendrait. Le portail était ouvert, comme d’habitude ; je me suis approché(e) de la porte de la maison en prenant la clé dans ma poche, puis je l’ai introduite dans la serrure et, au moment où la porte s’est ouverte, tout à coup….à vous d’écrire la suite !!!!!

Voici les textes écrits sur cette proposition (pour l’instant il n’y a que quelques uns, j’attends le feu vert des autres membres de l’atelier 2/2/2016)

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Jean :

C’était le jour de son anniversaire, il rentrait chez lui après sa journée de travail, espérant qu’une surprise l’y attendrait. Le portail était ouvert, comme d’habitude ; il s’est approché de la porte de la maison en prenant la clé dans sa poche, puis il l’a introduite dans la serrure et, au moment où la porte s’est ouverte, tout à coup….
…il referma la porte.
Il recula comme hébété par son geste. Non, il ne voulait pas entrer. Il retraversa le petit jardin et reprit sa voiture. Elle démarra machinalement et il fit le tour du rond-point. Sans but il se retrouva sur l’autoroute et les kilomètres défilèrent. Cette zone artisanale, ces champs, il les voyait tous les jours. Mais là, ils étaient différents. Comme irréels ou trop réels. Sans surprise, sans intérêt. Trop connus et trop habituels.
Qu’allait-il faire ? La question n’appelait pas de réponse. Il roulait et peu à peu, l’oppression qui l’avait saisi en ouvrant la porte se dissipait un peu. Mais remplacée par une griserie, un appel à la fuite en avant, plus loin, encore plus loin et sans destination. C’était comme la découverte de la liberté, une liberté non voulue qui s’imposait sans discussion mais non sans angoisse.
Le monde connu qu’il laissait derrière lui commençait sa reconquête par un diffus sentiment de malaise, de « qu’est-ce que ça veut dire ? ». Tu es parti, tu es libre. Mais pour faire quoi ? Pour ne pas vivre ce qui était prévu, inéluctable, ces effusions, ces embrassades, et cette bonne humeur factice qui cache une routine tapie derrière, qui lui sauterait dessus au bout d’un court moment.
Pour l’heure, pas de routine, l’inconnu total sans préméditation, sans programme, sans décision. Aller là où on ne sait pas. Il commença à transpirer doucement et la tête lui tournait un peu. Le vide de l’instant qui vient le saoulait. Il faudra bien que je m’arrête ! Déjà plus de trente kilomètres. Tiens, voilà les bois de la Folie avec leurs grands hêtres. Il prit la sortie machinalement et se retrouva sur un parking couvert d’herbe. Il descendit et fit quelques pas. La fraicheur du sous-bois lui fit du bien. Il faisait bon marcher sur ce sol inégal. Des oiseaux pépiaient, un fossé chuintait le long du chemin forestier. Une lueur dans la pénombre l’attira et il escalada quelques rochers.
Soudain un paysage immense s’offrait à lui. Toute la plaine des chouans s’étendait en courbes douces. Il s’assit sur une souche moussue, s’adossa au large tronc tout proche et laissa entrer en lui cette tranquillité vaporeuse qui se perdait à l’horizon. Un grand calme s’installa…
Quand il se réveilla, le spectacle de la nature était toujours là, à peine modifié par un soleil plus haut qui dorait les collines et faisait étinceler les plans d’eau. Il respira profondément et se leva.
Il était temps de s’en retourner, lavé de l’intérieur. Il avait vidé de son être les scories étouffantes qui s’étaient accumulées dans ses fibres. La joie de vivre avait retrouvé son chemin et c’est presque en courant qu’il rejoignit sa voiture. Là-bas on l’attendait. Ils s’étaient probablement inquiétés mais il allait leur offrir un père tout propre et un mari attentif.
Quand il tourna la clé dans la serrure une vibration puissante le transperça, juste avant les cris : Voilà Papa ! Mais où tu étais ?

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Mimie :

C’était le jour de mon anniversaire, je rentrais chez moi après ma journée de travail, espérant qu’une surprise m’y attendrait. Le portail était ouvert, comme d’habitude ; je me suis approchée de la porte de la maison en prenant la clé dans ma poche, puis je l’ai introduite dans la serrure et, au moment où la porte s’est ouverte, tout à coup, un homme s’est jeté sur moi et m’a ensuite plaquée contre le mur en me disant ces mots :

« Ne bougez pas, Mimie, je reviens !! », puis il m’a lâchée, s’est précipité sur une veste (la sienne ?) qui était accrochée au porte-manteau, a fouillé dans la poche, en a extirpé quelque chose que je n’ai pas eu le temps de voir, puis, avec l’aisance de quelqu’un qui aurait connu les lieux, s’est précipité au cellier dont il est revenu un bouquet de roses Avalanche à la main.

Moi, je ne comprenais rien, j’étais sidérée, interloquée et, en tout état de cause, muette et immobile alors que j’aurais pu hurler, lui sauter dessus ou sur le téléphone, lui arracher les testicules, me sauver, courir à la cuisine prendre un couteau, que sais-je encore ? Soudain il s’est avancé lentement vers moi, a mis un genou à terre en prenant ma main et au moment où je lançais un pauvre « Mais … !!!! », ou plutôt un pauvre « Mêêêêêêê » telle la chèvre de Monsieur SEGUIN, il m’offrit le bouquet de roses et me tendit ce qu’il était allé chercher dans sa poche : un petit écrin qu’il ouvrit et dans lequel se trouvait une bague.

Avant même que j’aie pu tenter de reprendre mes esprits, il m’adressa la parole de nouveau :

– Mimie, chère Mimie, voulez-vous m’épouser ?
– Mais ???? (j’aurais pu trouver mieux comme réponse, mais je me voyais mal lui répondre oui comme à un prince charmant !!!)
– Oui ? me demanda-t-il comme si nous tenions cette conversation dans le cabinet d’un psy, lui dans le fauteuil et moi sur le divan !!!!
– Mais enfin vous êtes fou !!!!
– Oui, chère Mimie, c’est exactement cela, vous avez deviné, je suis fou, oui, fou de vous, mais est-ce vraiment être fou ???
– Ben …..
– Eh bien quoi, chère Mimie ? me demanda-t-il (je notai au passage que mine de rien l’olibrius se permettait de reformuler en bon français la syllabe que j’étais péniblement arrivée à prononcer). Je vous prie de m’excuser, voulez-vous que nous échangions autour d’un verre afin de faire plus ample connaissance ?
– Oui, je veux bien, arrivai-je à prononcer, en bonne fille bien élevée qui aurait tenu conversation dans le calme feutré d’un salon de thé.

Et avec la même aisance que précédemment, il se dirigea vers la cuisine, ouvrit MON réfrigérateur, en sortit une bouteille de champagne rosé (celui que je préfère), qu’il porta au salon où je m’étais affalée sur le canapé, au comble de la confusion mentale ; au passage il avait attrapé deux coupes je ne sais où et une tasse de framboises. Il eut la délicatesse de ne pas s’asseoir juste à côté de moi mais de prendre un des deux fauteuils.

Depuis que j’avais ouvert la porte il y avait à peine cinq minutes, je vivais comme en dehors de moi, comme si j’étais spectatrice d’une pièce dans laquelle quelqu’un d’autre que moi tenait mon rôle. Je voulais sortir de cette torpeur, mais je n’y arrivais pas. Et puis tant de questions assaillaient mon cerveau : comment connaissait-il mon surnom, comment était-il entré, par quel hasard m’offrait-il précisément les seules roses que j’aimais, d’où connaissait-il ma préférence pour le champagne rosé, de plus accompagné de quelques framboises, et puis surtout pourquoi voulait-il m’épouser alors qu’il ne me connaissait pas ?

Mon esprit s’engluait dans toutes ces interrogations, je n’avais même pas peur (« Même pas peur !! »), je ne bougeais pas. J’essayai tout de même de me ressaisir :
– Ecoutez, lui dis-je, commençons par le commencement, que faites-vous chez moi et comment êtes-vous entré ?
– Et bien comme vous avez pu le comprendre, je suis venu chez vous pour vous demander votre main et je suis entré par la porte, eussiez-vous préféré que j’entrasse par la cheminée comme le Père Noël, c’eût été grotesque non ?

Devant une telle répartie, j’éclatai de rire et il en profita pour continuer :
– Mimie, je vous connais bien, si je vous avais abordée dans la rue, vous ne m’auriez pas écoutée !
– Oui, c’est vrai, concédai-je
– Je vais me présenter, si vous le permettez : je m’appelle Gabriel et j’ai fait vœu de vivre et d’aider les hommes à vivre dans une forme de rêve éveillé où tout est possible si l’on veut bien s’en donner la peine.
– Comment y arrivez-vous, ça ne doit pas être facile, lui dis-je, m’apercevant, mais trop tard, que j’aurais plutôt dû poursuivre en continuant à lui demander des comptes sur son intrusion à mon domicile !
– Non, ce n’est effectivement pas chose facile, il faut être capable de fermer ses oreilles à toutes ces petites voix intérieures qui disent que êtes fou à lier, que vous n’y arriverez pas, que c’est impossible, pour écouter celle qui est tout au fond de vous, qui vous encourage à y croire dur comme fer, à ne pas laisser la vie, les autres vous rétrécir vos envies, votre horizon. Vous pensez que vous seriez capable aujourd’hui de vivre ainsi ?
– Absolument pas, il y a trop longtemps que la vie m’a rogné les ailes, lui avouai-je
– Chère Mimie, ouvrez les yeux, je suis là parce que j’ai entendu en vous cette petite voix qui disait que c’était votre anniversaire et que vous espériez une surprise, la surprise, elle est en vous, regardez comment vous avez réagi à mon intrusion chez vous, vous avez eu assez de maîtrise et de confiance en vous pour discuter avec quelqu’un qui avait tout d’un agresseur, vous m’avez écouté et m’écoutez encore maintenant sans paniquer ni perdre votre lucidité, vous n’avez pas réagi à ma demande en mariage en pensant (car vous avez compris que je lis dans vos pensées), en pensant donc, disais-je, que vous n’étiez pas « épousable » car vous étiez nulle, moche et grosse, ce que vous auriez pensé il y a encore quelques années. Je suis venu vous faire comprendre que vous avez fait un grand pas dans l’estime de vous et la découverte de celle que vous êtes réellement. Je suis venu aujourd’hui, le jour de votre anniversaire, pour vous en faire prendre conscience, c’est là votre cadeau.

J’étais sans voix devant la tournure que prenaient les événements. Je posai mes lunettes, portai les mains à mon front, comme pour m’aider à réfléchir aux paroles de Gabriel et fermai les yeux quelques secondes.Quand je les rouvris, Gabriel n’était plus là, il restait sur la table du salon le bouquet de roses, une coupe de champagne et quelques framboises …

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Andrée

C’était le jour de mon anniversaire, je rentrais chez moi,
Espérant qu’une surprise m’y attendait,
Le portail était ouvert, comme d’habitude
Je me suis approchée de la porte de la maison en prenant la clé dans ma poche,
Puis je l’ai introduite dans la serrure et , au moment ou la porte s’est ouverte,
Tout à coup, en entrant,……….

Etrange étrange !
Je jette un coup d’œil rapide sur les lieux,
Tout en sentant qu’il y avait quelque chose d’étrange
Un truc à remarquer qui me dépassait
Je fais quelques pas dans la cuisine
Le désordre que j’avais laissé est toujours là, ce n’est pas ça
Et cette sensation étrange, qu’y a-t’il ?
Qu’est ce que se passe ?

Bon, je me résous à faire le tout des lieux
Salon ,salle à manger intactes, R.A.S
Chambres intactes, tiens une chaussette traine par terre
Non, c’est toujours pas là, mais l’étrange sensation ne me quitte pas

Alors direction le bureau
Aïe, crac, zut,flute, pan boom
Plus d’ordinateur !!!!
Oh non, pas ça !!!!
J’y tiens pas plus que ça
A cette saleté d’écran et à ce clavier débile, mais panique !
J’ai plus d’ordinateur, il a disparu
Que faire !!!, je suis bêtement, complètement démunie
Du calme , du calme ,réfléchissons peu mais réfléchissons bien
Deux questions essentielles surgissent

1-que faire ?
Il n’y a pas eu effraction, je viens de vérifier
Alors qui prévenir ?
Quelles démarches faire ?

2-qu’y avait –il dans cette armoire virtuelle
Des lettres en tout genre
Des mots reçus touchants, émouvants
Des mots envoyés, sincères , plein de mes vérités
Mes comptes ,
Mes partitions, en cours d’études, piano, chant
Mes partitions qui étaient restées là et que je consultaient
Mes rendez vous
Des calendriers partagés
Des photos de voyage de famille,
Etc.,… etc.…
Il va falloir du temps pour faire le point sur tous ces « manques »
Le désastre quoi !

Comment peut-on se laisser piéger par un tel Bazard
Une saleté de machine qui envahit nos vies
Qu’en plus on maîtrise mal et qui prend tant d’espace
Dans le temps de notre vie

Comment, comment, comment ???
Mille questions se bousculent
Dans ma tête
J’ai besoin de réfléchir
De dédramatiser
De faire le point,

Dring !!!
Voilà mon portable qui sonne avec son infâme sonnerie
Choisie parce qu’elle est infâme
Là , c’est pas le moment de me casser les pieds
Qui que ce soit !!!,
Je réponds pas ,
Re –dring
Allo, ici la société Big Dor Din à Teur
Vos enfants vous attendent
Comme ils vous savaient disponibles aujourd’hui,
Car c’est vore anniversaire, n’est ce pas ?
Ils sont passés chez vous vous enlever votre vieille machine
Pour vous offrir, le dernier modèle
On fera tous les transferts ensemble

Bonne ou mauvaise nouvelle ?
Je ne sais pas

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Franck

C’était le jour de mon anniversaire, je rentrais chez moi après ma journée de travail, espérant qu’une surprise m’y attendrait. Le portail était ouvert, comme d’habitude ; je me suis approchée de la porte de la maison en prenant la clé dans ma poche, puis je l’ai introduite dans la serrure et, au moment où la porte s’est ouverte, tout à coup, en entrant, j’aperçus des personnes debout.
– « Bon anniversaire ! » surgit de multiples voix, bizarres, et cependant familières.
Ma famille ? Impossible ! Pourtant, c’étaient bien les visages de ma mère, de mon père et de mes deux frères Régis et Franck. Ils s’avancèrent d’une démarche hésitante, pas très fluide, comme des zombis. Maman paraissait plus grande, Régis plus svelte. Leurs têtes ! Ce n’était pas eux !
– N’aies pas peur ! dit ma mère.
C’était bien sa voix, mais il manquait quelque chose. Ses cheveux n’avaient pas la bonne coupe ni la exactement bonne couleur. Et leurs regards, étranges, pas directement dans les yeux !
– Nous ne sommes pas vraiment là, continua-t-elle.
Je retins mon souffle, ainsi que le mur, ou le contraire.
– Ce sont des robots de téléprésence, poursuivit-elle.
Mon souffle se relâcha. Mais oui bien sûr, j’en avais entendu parler, suis-je bête ! Ça expliquait la voix, la stature. Mais le visage ?
– Un robot t’attend, si tu veux bien donner ton accord ?
– Hein ? quoi ? m’exclamai-je un peu perdue.
– Oui le robot est avec nous, il restituera tous tes gestes et paroles, filmés par les mini-drones chez toi, expliqua maman, actuellement on ne te voit que sur un écran, ta présence sera plus forte dans un robot.
– Que dois-je faire ?
– Dis juste que tu es d’accord pour que le robot reproduise tes mouvements et tes paroles.
– Je suis d’accord.
Des « Oh ! » et des « Ah ! » vinrent de ma famille. Et leurs regards s’ajustèrent mieux dans mes yeux.
– Approche, dit doucement maman.
Je m’avançai, et eux aussi s’avancèrent un peu. Les visages paraissaient bien formés, mais les cheveux et les oreilles ne correspondaient pas bien.
– Comment est-ce que ces robots peuvent avoir vos visages ? m’enquis-je.
– C’est ce qui est le plus perfectionné dans ces robots, expliqua mon frère Franck, ils ont des mécanismes qui reproduisent la forme, et leur peau est une sorte d’écran souple permettant d’afficher un visage par-dessus. On a vu le tien se former sous nos yeux.
– Et pour les cheveux et les vêtements ?
– Il faut l’indiquer à l’avance à la société fournissant les robots, qui les adapte au plus proche avant livraison.
– Et pour les vêtements de mon… robot, celui que vous voyez avec ma tête ?
– Heu… on a mis ceux que tu as laissés à la maison, reprit maman.
– Hein ! Mais ils ont plus de dix ans ! Je dois être ridicule dedans !
– Ce qui compte, c’est qu’on ait l’impression que tu sois là parmi nous, continua maman mi-amusée, mi-attendrie, tu nous manques. Viens, avance dans mes bras. Et je la vis avancer tout en les ouvrant.
– Heu… On ne l’a jamais fait en vrai ! m’exclamai-je, un peu perturbée.
– Hum… On peut essayer pour voir ce que ça donne avec un robot, répondit maman.
J’avançai aussi, anxieuse, vers maman-robot. Le contact ne fut pas brutal comme je m’y attendais, mais très doux et tendre. Dans ses bras, mes tensions tombèrent. On resta ainsi un moment, hors du temps. Mon père toussota. Après quelques mots affectueux, je me séparai à regret de maman.
Mais avec papa, aller dans ses bras était beaucoup plus hésitant de part et d’autre. Mais quel plaisir, à nouveau ce sentiment d’abandon. Après ces deux accolades, je fus beaucoup plus à l’aise avec mes frères qu’ils ne l’étaient.
On échangea des nouvelles, même si on communiquait fréquemment en visio. On se toucha d’avantage que si nous étions physiquement ensemble. Et pourtant, c’était comme s’ils étaient là.
Quand nous eûmes terminé, les robots prirent un visage neutre, pâle, presque angélique. Et partirent de la maison.
Quel coup de blues après leur départ ! Comme si ma famille était vraiment venue… et repartit. Après l’enfance, jamais nous n’avions eu d’étreintes. Si nous nous revoyons en chair et en os, je pense qu’on tombera plus facilement dans les bras des uns des autres.
Joli cadeau. Merci les robots…

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Gisèle

C’est Jean François Parot et son personnage Nicolas Le Floch qui m’ont inspiré pour le menu de la collation, faisant saliver notre bon curé de campagne, en 1764..
Mon cœur s’arrêta. Pourquoi étais-je en alerte ?
Un bruit ? Non pas. Une odeur ? Oui, assurément. Une odeur de sauvagine, douçâtre et fauve à la fois, me prenait au gosier.
Je refermai l’huis sans bruit et fis lentement des yeux, le tour de l’entrée. A la lueur tremblotante que diffusait le feu de la cheminée au bout du salon, des ombres fugaces animaient l’espace.
Le porte manteau ! Sur ma droite, il gisait renversé. Ma pelisse, mon chapeau, ma douillette, ma barrette, piétinés et répandus sur le pavage paraissaient vivants. Quelqu’un était-il entré pendant mon absence ?
« Juste ciel ! Seigneur ! Jésus Marie !» J’esquissai un signe de croix.
Perrine, ma servante, avait quitté les lieux depuis longtemps, et devait dormir dans sa soupente sous les toits. Je n’osai la héler.
Glacé, je cherchai à tâtons le bougeoir que je savais trouver sur la commode et les mains tremblantes, je tentai d’en allumer la mèche avec mon briquet. La gorge serrée, la poitrine oppressée, je ravalai mon cri d’angoisse et, sur la pointe des pieds, avançai dans le corridor.
Le salon paraissait désert. Le coup d’œil que je jetai sur la croisée me rassura : elle était bien close. Le feu se mourait lentement mais, de temps en temps, jetait un éclat vif parsemé d’étincelles.
Là ! Quelques taches noirâtres parsemaient le pavé. Noirâtres ? Non, plutôt rouges. Du sang ? Je repoussai les basques de ma soutane, m’accroupis et approchai la chandelle : du sang, assurément, mais coagulé : il y avait déjà quelques heures qu’il avait été répandu.
Perrine, Dieu tout puissant ! Perrine ? Qu’était-il advenu d’elle ?
« Sainte Mère de Dieu, protège ta servante Perrine ».
A la hâte, je me signai dévotement, fis brusquement volte-face et me ruai vers l’office, situé sous l’escalier. J’ouvris la porte : sur le trépied, dans l’âtre, bouillotait un potage répandant une odeur engageante. Sur la table, une friande collation m’attendait. Un flacon de vin d’Espagne côtoyait une poularde truffée, reposant dans sa braisière, sur un lit de rondelles de carottes et de panais. Une coupelle de melon, venu tout droit des serres de Monseigneur Le Comte de Peyré, me fit saliver. Mon souper d’anniversaire ! Douce Perrine ! Si bonne cuisinière !
Mais j’avais martel en tête : il me fallait trouver Perrine !
Je grimpai les escaliers à la volée, les âcres effluves se firent plus insistants, je n’y voyais goutte, ayant abandonné ma chandelle dans la cuisine. Je butai alors sur une masse reposant au milieu du tapis : je sentis une fourrure rêche et un sourd grognement se fit entendre.
Mon cœur battait la chamade, j’étais sur le point de tomber en pamoison. On racontait partout que la Bête du Gévaudan avait quitté Langogne en Vivarais pour se réfugier dans l’ Aubrac.
Se pourrait-il qu’elle ait gagné notre village d’Apcher ? Perrine ? Ma Perrine ! Je n’osai crier : le grognement roula dans une gorge rocailleuse. Epouvanté, je fis demi-tour et gagnai l’huis que j’ouvris à la volée. Je fus heurté par une ombre qui s’enfuit, laissant de larges traînées sombres sur l’allée.
« A moi ! A l’aide ! A l’aide ! Mes gens, à moi ! La Bête ! La Bête ! A moi, la maréchaussée ! »
J’avais retrouvé ma voix. On s’agita dans les communs. Quelqu’un alluma une lanterne, j’aperçus Jacquet, Perrin et Grosjean qui accouraient depuis la ruelle. Jeannet apportait une fourche.
La Bête avait disparu dans la nuit noire. Les recherches seraient vaines. Au jour, il serait plus facile de la pister.
Plus tard, dans la souillarde, à côté de l’office, nous trouvâmes la croisée brisée et quelques traces de sang mais de Perrine, point.
Nous atteignîmes sa soupente sous les combles. La porte était verrouillée.
« Perrine ! Perrine ! Au nom de Dieu, ouvre la porte ! »
La targette du verrou se fit entendre. Perrine, exsangue, décoiffée, les yeux exorbités mais sauve, nous faisait face. Elle avait eu la présence d’esprit, entendant des grognements dans la souillarde, de s’enfermer dans sa chambrette.« Merci mon Dieu ! » Je murmurai quelques patenôtres.
Quel anniversaire ! J’en garderai longtemps la souvenance. J’eusse aimé, assurément, le passer en plus plaisante compagnie !

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Lucie
C’était le jour de mon anniversaire, je rentrais chez moi après ma journée de travail, espérant qu’une surprise m’y attendrait. Le portail était ouvert, comme d’habitude ; je me suis approché(e) de la porte de la maison en prenant la clé dans ma poche, puis je l’ai introduite dans la serrure et, au moment où la porte s’est ouverte, tout à coup…
…..Rien du tout, personne, la maison vide …aucun meuble, plus de photos sur les murs, plus de tapis, pas un rideau, pas un bruit, le vide. Je suis perplexe, je sens que quelqu’un est là, caché quelque part. Je m’aventure à parler :« Hahaha !!, quelle bonne blague, allez, sortez de votre cachette ! ». Silence.
Le vent fait claquer la porte derrière mon dos, je sursaute. Je frissonne. Une peur me tenaille le ventre. J’avance prudemment dans la maison, je rentre dans la cuisine, on dirait une cuisine comme dans les magasines : aucun signe de vie, juste des éléments alignés, un plan de travail net …et vide !!! J’ouvre un placard : vide !!!
Je vais jusqu’au salon : rien, même pas une toile d’araignée, il reste juste la trace de vin qui avait tâché le lino, celle que j’avais caché avec le tapis. Mais le tapis n’est plus là …
Je regarde par dessus mon épaule, inquiète. Un sentiment étrange me vient alors : et si c’était mon dernier anniversaire ?
Je m’aventure jusqu’à la chambre : vide ! Je commence à pleurer, comme une petite fille, je pleure. Je cours à la salle de bain pour me rincer le visage, je dois être dans un rêve ou plutôt un cauchemar ! J’ouvre le robinet mais l’eau ne coule pas, je relève la tête et me regarde dans le miroir. Je me sens tout à coup complètement paniquée, je ne comprends pas, ce n’est pas possible, mais enfin que se passe t ‘il ? Il n’y a rien, le vide , aucun reflet, juste celui du mur et de la fenêtre !
Je m’approche pour regarder dehors mais le cauchemar continue : il n’y a plus rien ! Pourtant , je suis allée travailler comme d’habitude, j’ai pris le métro, j’ai vu des gens, des maisons, des arbres, des voitures, je suis rentrée , j’ai marché dans la rue, j’ai passé mon portail déjà ouvert, comme d’habitude, je me suis approchée de la porte en prenant ma clé, puis je l’ai introduite dans la serrure, et au moment où la porte s’est ouverte … tout a basculé.
Plus rien n’a de sens, je suis seule, mon téléphone a disparu, dehors c’est le vide, il fait noir, il n’y a rien, pas de lumières, pas de maisons, pas d’arbres, pas de voisins, pas de chien qui jappe au loin, pas de bruit du périphérique , personne.
C’est alors que je me souviens, oui, ça y’ est, Raphaël , un ami, m’avait parlé d’un truc étrange, je ne l’avais pas cru évidemment mais là, je comprends.
Non, pas moi ! Ce n’est pas possible !! Pourquoi, qu’ai je fait ?, où plutôt pas fait ?
Oui, il m’avait parlé d’une légende de la tribu des Bourrachakes, ou un truc comme
ça. Elle disait que le jour de ses 40 ans, un être qui n’a toujours pas apporté une contribution utile au monde, en d’autre termes trouvé le sens de sa vie, se trouvait dans un monde parallèle en attendant de disparaître de la surface de la terre. Tout ce que cette personne avait ou était, disparaissait ainsi que les souvenirs que ses proches pouvaient avoir. En d’autres termes, je n’existais plus . Rayée du monde, plus aucune trace de moi . Ce n’est pas ce qui est autour de moi qui a disparu, c’est moi !
Il me reste une dernière chance, il m’avait parlé d’un moyen de revenir, mais malheureusement, je ne l’avais pas écouté, le prenant pour un fou !!

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Anne-Marie

C’était le jour de mon anniversaire, je rentrais chez moi après ma journée de travail, espérant qu’une surprise m’y attendrait. Le portail était ouvert, comme d’habitude ; je me suis approchée de la porte de la maison en prenant la clé dans ma poche, puis je l’ai introduite dans la serrure et, au moment où la porte s’est ouverte, tout à coup une rafale d’aboiements m’a assaillie et j’ai été littéralement renversée par de pattes et des griffes très dures. J’ai eu quelques difficultés à reprendre pied. C’était Bari II, le jeune chien berger de la voisine.

La voisine, c’est la châtelaine du lieu. Avec ses 80 ans, elle habite seule une immense ferme, vestige de ce quartier autrefois maraîcher. Son vieux chien Bari I est mort, il y a quelques semaines et la voilà maintenant avec ce nouveau compagnon qui la renverse régulièrement elle aussi, faisant des tas de bêtises. Que faire ? Elle veut essayer de le calmer avec….des granules homéopathiques. On verra. Le chat Svit, en tous cas, se méfie.

Nous étions en train d’échanger sur ce sujet qui la préoccupait, lorsqu’une nouvelle alerte donna l’occasion à Bari de s’exprimer à nouveau. C’était ma belle-sœur avec une tour de tartes flambées dans les bras: « nous sommes onze et nous avons très faim ! ». Les enfants ont eu très envie de « s’occuper » du chien. Nous, nous avions quelques soucis. Mais à force de s’en donner pour ce dîner improvisé, le chien n’a plus été le seul centre d’intérêt.

Et puis Mathilde qui avait fabriqué des échasses à l’école a entraîné les cousins dans une autre activité  Ceux qui n’étaient jamais monté sur de tels bois s’y sont finalement mis assez facilement. Tous ensemble, ils ont même monté un vrai spectacle de rue. Plusieurs personnes se sont intéressé à ce jeu qui rappelait des choses et donnait des idées. D’autres au contraire trouvaient que tout cela commençait à faire trop de bruit.

Heureusement, un autre événement mit fin à ce festival : c’est, avec la tombée de la nuit, l’arrivée du camping-car de notre ami tchèque Josef. Celui-ci sillonne le monde avec son camion, sa guitare et surtout sa chère famille. Il a fait de la prison autrefois et depuis l’ouverture des frontières, il jouit à fond de la « liberté » (à prononcer avec l’accent tchèque). Ce jour-là, il n’avait pas compté assez large, avec les vélos sur le toit de son véhicule et il a eu des ennuis dans un passage souterrain. Il s’agissait donc de faire étape pour réparer les dégâts, si possible.

En attendant, il convenait de se remettre à table et nous avons terminé la soirée au chaud. Chacun a pu se trouver une petite place près du feu et la guitare à l’appui, on a fini par tirer la chansonnette. Malgré la barrière de la langue, c’était souvent drôle. Je crois qu’on a tous eu du plaisir à voir qu’on avait des airs et mêmes des textes en commun, à découvrir leur enchaînement spontané et à se dire que les soucis des uns et des autres trouveraient bien une solution.

Un anniversaire animé dont je garde un bon souvenir.

——————————————————————————————————————————————Corinne : 1ère version

C’était le jour de mon anniversaire, je rentrais chez moi après ma journée de travail, espérant qu’une surprise m’y attendrait. Le portail était ouvert, comme d’habitude ; je me suis approchée de la porte de la maison en prenant la clé dans ma poche, puis je l’ai introduite dans la serrure et, au moment où la porte s’est ouverte, tout à coup je me suis sentie doucement soulevée du sol puis aspirée dans une sorte de vortex tourbillonnant. C’était doux et confortable, je me suis docilement laissée emporter par ce courant , quelque chose en moi me disant que je n’étais aucunement en danger. Savourant la sensation extraordinaire d’être une plume au gré du vent, je me laissais aller à quelques cris de joie, la découverte de nouvelles perspectives sensitives me réjouissait le corps tout entier, enfin quelque chose de pas ordinaire me sortait de mon quotidien monotone. Je m’étais souvent demandé ce qu’on pouvait ressentir en vol tel un oiseau… eh bien voilà… non, je ne rêvais pas… Wahhh, quelle sensation de liberté !

Puis quelque chose commença à changer dans l’atmosphère, des images plus familières étaient en train de prendre forme, particulièrement un nuage vert qui au fur et à mesure que je m’en rapprochais se transforma en tapis d’herbe ondoyante. Le souffle d’air qui me transportait m’y déposa délicatement.

« Mais quel est donc cet endroit ? Il me semble étrangement familier…». Le lieu était étonnamment paisible, semblable à la terre mais avec quelque chose de plus… enchanteur. Une brise légère amenait jusqu’à mes narines un air délicatement parfumé, probablement provenant du tapis de fleurs colorées que j’apercevais au loin. Je respirais goulûment ces odeurs suaves et m’en remplissais les poumons afin d’en garder la mémoire. « Profite, profite » me disais-je « ce sont des moments rares dans ta vie». Les couleurs étaient exacerbées, le ciel, les nuages, les arbres semblaient sortis d’un livre de contes, je m’attendais presque à voir passer le lapin pressé d’Alice ou apparaître le renard du Petit Prince.

Hmmm, j’étais bien… Allongée sur l’herbe, je regardais les nuages défiler paresseusement au dessus de moi, caressant quelques herbes folles du bout des doigts. De temps à autre un oiseau fendait l’air et son pépiement venait égayer ma douce léthargie. Je fermais les yeux, le silence environnant m’apaisait.

Profitant de ce moment privilégié, je me laissais glisser dans une douce torpeur écoutant chacune de mes cellules pétiller, j’étais comme suspendue hors du temps. Tout à coup une voix sortie de je-ne-sais-où résonna à mes oreilles :

« Ca va… ? »

Je me demandais qui pouvait bien venir déranger ma douce quiétude,

« Ca va… ? » entendis-je de nouveau répéter prudemment la voix .

J’ouvris un oeil contrarié, puis deux car quatre visages inquiets apparurent penchés au-dessus de moi.

« Ca va ? » entendis-je répéter en choeur. Et de là je me sentis happée par deux bras solides puis soulevée promptement de terre pour me remettre debout sur mes deux jambes. Une fois mon équilibre retrouvé, je reconnus immédiatement l’intérieur de ma maison, me demandant ce que je faisais là.

Où donc était ce lieu si tranquille où je me trouvais l’instant d’avant et pourquoi m’en avait-on extirpé si brutalement ? La réponse ne fut pas longue à venir …

Ce jour-là, une poignée d’amis bienveillants avaient investi discrètement la maison afin de me préparer un anniversaire surprise. Une fois n’est pas coutume, moi qui d’habitude ronronnais dans une routine impeccable et des horaires tirés au cordeau, j’avais été gratifiée de quelques heures de liberté supplémentaire et j’étais sortie plus tôt du travail. En entendant le claquement de la clef dans la serrure, le groupe affairé aux préparatifs dans le salon fut désorganisé par mon arrivée imminente et totalement imprévue. Afin de ne pas gâcher la fête qu’ils me préparaient secrètement depuis plusieurs semaines déjà et pour faire bonne figure, ils accélérèrent leurs préparatifs s’en suivit un affolement général et une totale désorganisation. Une banderole restée à demie accrochée juste derrière la porte d’entrée et tirée vigoureusement entraîna ma chute sur le tapis douillet de mon salon, pendant que ceux qui étaient en train de gonfler les ballons, surpris par mon vol plané impromptu laissaient échapper à travers la pièce leurs baudruches virevoltantes dans un sifflement strident en tentant désespérément de me tendre une main secourable. Je déroulais à nouveau le film de ma petite aventure et en balayant la pièce du regard et j’eus tôt fait d’en comprendre le scénario. Au cours de ma chute j’avais entraîné avec moi une coupelle de pot-pourri qui s’était étalée sous mon nez sur le tapis de laine verte où patientait également un tas de guirlandes de plumes en mal d’ accrochage. Un petit vent léger s’engouffrait par la porte restée ouverte et le plafond était rempli de ballons multicolores se balançant au gré des mouvements dans la pièce. Le puzzle s’emboîtait malicieusement…

« On voulait te faire une surprise… ben c’est raté !» s’éleva une voix déçue au milieu du chaos coloré.

Je lui répondis sincèrement que absolument rien n’était raté, bien au contraire… Sans attendre, je les pressais tous joyeusement vers la table bien garnie, les invitant à écouter ma version toute personnelle de l’événement :

« Allez… Trinquons à cette expérience… virevoltante ! »

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Corinne : 2ème version

rentrais chez moi après ma journée de travail, espérant qu’une surprise m’y attendrait. Le portail était ouvert, comme d’habitude ; je me suis approché de la porte de la maison en prenant la clé dans ma poche, puis je l’ai introduite dans la serrure et, au moment où la porte s’est ouverte, tout à coup…

une pluie de confettis et de cris assourdissants s’abattirent sur moi. Je restai une seconde hébété et fis demi-tour promptement refermant la porte d’un coup sec en prenant soin d’y donner un tour de clef créant indiscutablement une barrière infranchissable entre eux et moi. Je hâtais le pas et jetais ma mallette dans l’herbe avant de m’engouffrer dans la voiture. Au même moment j’entendis une voix familière me crier par la fenêtre :

– Mais enfin Philippe, qu’est-ce que tu fais…?

Je ne pensais qu’à une seule chose: fuir fuir fuir. M’éloigner le plus possible de toute cette hypocrisie sociale trop parfaite et trop prévisible.Je pris la route sans trop savoir où j’allais, pour une fois le hasard allait guider mes pas. Pendant que les kilomètres défilaient, se déroulait aussi dans ma tête le film de ma vie : Aujourd’hui j’ai 40 ans et une désagréable impression de vide à l’intérieur. Vu de l’extérieur, j’ai, comme on dit, socialement bien réussi, oh oui. Ma femme en est d’ailleurs très fière et le répète à la moindre occasion à qui veut l’entendre. Ma femme… on dirait qu’il n’y a plus que ça qui l’intéresse, nos beaux enfants, notre grande maison, notre voiture confortable… Mais où est la personne que j’ai rencontrée il y a 15 ans…? Celle qui avait des rêves plein la tête et qui savait m’emmener dans son tourbillon lumineux ? Qu’est- ce-qu’on est devenu, notre vie me donne le dégoût. Je roulais à vive allure, un panneau fugacement éclairé par les phares attira mon attention: MARSEILLE.

– Et bien soit, c’est parfait, direction Marseille!

Une sonnerie me sortit soudain de mon état songeur, je maugréais:

– Maudit portable, jamais la paix avec ces engins!

Je fouillais nerveusement la poche de ma veste posée sur le siège passager à la recherche de l’importun et je l’éteignis d’un doigt nerveux avant de le jeter à terre.

– Ils doivent se demander où je suis passé, grand bien leur fasse, un peu d’imprévu dans leurs petites vies bien rangées ne leur fera pas de mal !! J’appellerai quand je serai calmé. Un petit clignotement rouge me rappela vers des choses plus pragmatiques, presque plus d’essence, il faut que je m’arrête quelque part pour faire le plein. Et puis je vais acheter des cigarettes aussi tiens… dix ans d’abstinence ça se fête! Ça non plus je ne l’ai pas décidé mais à force d’entendre que ce ne c’était pas bon pour ma santé, ni pour les enfants, ni pour la planète je me suis laissé docilement convaincre. Je n’étais donc déjà plus moi… Quand est-ce que j’ai commencé à m’oublier exactement… C’est tellement flou tout ça que je ne m’en souviens plus…Ai-je déjà un jour été moi-même…? A part aujourd’hui, à l’instant où j’ai décidé de leur claquer la porte au nez…

– Ahh, une station-service, une pause sera la bienvenue, je roule depuis plusieurs heures déjà.

« – Le plein, un paquet de Biiiip et un briquet s’il-vous plaît . »

FUMER TUE, le message me sauta aux yeux comme une grenade à la figure. S’il n’y avait que ça pour tuer pensais-je intérieurement lorsque l’employé glissa le paquet sur le comptoir… Il y a bien d’autres choses qui tuent et beaucoup plus insidieuses celles-là, de celles qu’on ne remarque même pas et qui glissent dans votre vie comme un serpent dans un tapis d’herbe grasse.Je tirais une première bouffée avec le plaisir d’un condamné qui retrouve la liberté, puis les suivantes comme une sale habitude retrouvée. Je ne ressentais plus rien, juste une furieuse envie de tousser. Les retrouvailles avec l’interdit passé, je sentis le dégoût monter dans ma gorge et vomis dans le fossé. Ce n’était pas que l’infâme goût laissé par la cigarette mais tout ce que je haïssais en moi qui s’extirpait violemment de mes tripes. Je me sentais libéré, enfin.Le jour pointait lorsque j’arrivais face à la mer, le panneau de sortie indiquait CASSIS, parfait, mon voyage s’arrêtera ici pour l’instant, de toute façon j’ai besoin de dormir.

– Allô, c’est moi…

– …

– Je suis dans un hôtel face à la mer.

– …

– Cassis.

– …

– Tu comprends ce que j’ai fait… Et tu veux venir me rejoindre pour quelques jours…?!

Ahhh, les enfants sont chez mes parents, c’était prévu comme ça pour qu’on puisse profiter de la fête. Bien, fais comme tu as envie, je te donne l’adresse.

 

Elle comprenait… j’espèrais que ce n’était pas une entourloupe pour venir me raisonner… sa voix avait pourtant l’air sincère. Je suis trop fatigué pour réfléchir, le temps qu’elle arrive, je vais me reposer et dormir, demain j’aurai les idées plus claires. On verra bien…

 

Un an plus tard, extrait de mon journal de bord.

 

Vendredi 2 Février – Pacifique Sud.

 

Nous sommes arrivés dans les eaux turquoises de l’archipel polynésien et nous voguons d’île en île pour le plus grand plaisir des enfants qui s’adonnent à la plongée sans modération.

Aujourd’hui, c’est mon anniversaire… que de choses se sont passées depuis l’année écoulée. Nous avons vendu la maison pour acheter un superbe bateau le « Happy Birthday », ainsi baptisé par une suggestion avisée de ma très chère épouse. J’ai aussi vendu mon entreprise hi-tech ce qui, ajouté aux économies conséquentes que nous avions, nous permet de vivre dans l’instant sans trop nous poser de questions. Ce nouveau départ à été quelque peu difficile à accepter pour les enfants mais il n’a suffi que de quelques semaines de navigation agrémentées de longues plongées avec les dauphins ou au milieu de récifs coralliens pour vite oublier ce qu’ils avaient laissé derrière eux. Ils ont cette faculté d’adaptation rapide que je leur envie parfois,la légèreté de ne porter encore aucune responsabilité envers ce monde. Pour nous cela a été plus délicat, nos retrouvailles scellées, il a fallu gérer la famille et les amis qui, au final, ne nous ont pas fait trop de difficultés, se remémorant mon coup de sang de l’an dernier .On vit dans l’instant, au gré de nos fantaisies, de la météo aussi. Lorsque l’envie de se poser viendra, on se trouvera un petit coin de paradis, une cabane au bord d’un lagon ou on créera une petite entreprise dans une île, à taille humaine cette fois, familiale probablement, pas une de ces grosses machines qui vous dévore de l’intérieur et vous laisse complètement vide. De tout façon, la vie ne le permettra pas, le temps s’écoule ici d’une autre façon…

Je me sens complètement épanoui et surtout j’ai retrouvé la femme que j’ai épousée il ya 13 ans, spontanée, libre et terriblement sexy.

On m’appelle là-haut, une manoeuvre qui requiert ma présence sans doute, je ne suis jamais plus heureux que quand je nous regarde tous les quatre nous activer sur le « Happy Birthday « …

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Johanna

C’était le jour de mon anniversaire, je rentrais chez moi après ma journée de travail, espérant qu’une surprise m’y attendrait. Le portail était ouvert, comme d’habitude ; je me suis approché de la porte de la maison en prenant la clé dans ma poche, puis je l’ai introduite dans la serrure et, au moment où la porte s’est ouverte, tout à coup le noir absolu ! Recouvert d’une couverture en laine, lourde et opaque, retenu par les bras, je fus emmené dans un fourgon. J’étais entraîné dans un guet-apens ne sachant plus s’il s’agissait d’une bonne ou mauvaise surprise !

 

« Joue le jeu ! » me dit l’homme en m’attachant à l’avant du véhicule … à la place du mort ! Oui, je suis resté sans voix ! Mes sens étaient en éveil : silence de plomb dans l’auto, je respirais l’odeur de renfermé de la laine posée sur ma tête, sentais vivement les secousses de la conduite rapide de l’homme au volant. J’avais beau ouvrir les yeux, je ne distinguais rien, rendu aveugle le temps d’un trajet. A quoi devais je m’en tenir ?

« Joue le jeu ! » c’est à dire ? Ne pas poser de questions pour garder la surprise ? Faire confiance à cet homme, à son plan ? Accepter l’inconnu, l’aventure à l’occasion du jour J , ce 9 octobre 1989 ?

 

J’étais à cet instant plongé dans un monologue intérieur.

« Qui es tu, disait la petite voix, pour mériter ça ? Es tu fautif ? As tu tissé des liens malencontreux ? Au contraire, quel proche pouvait te faire une blague ou une surprise de la sorte ? … Rappelle moi ton nom. »

 

Et l’autre voix d’un ton assuré répondait  » Je m’appelle Elias, je travaille dans une usine d’impression en Allemagne de l’Est. Passionné de musique, je joue en orchestre du violoncelle. Je vis seul.  Après une déception amoureuse, je n’ai pas eu le goût de me remettre en ménage.  Pas si seul en fait, car j’ai des amis tout autour du ventre. J’ai tissé des liens d’amitié avec les musiciens de l’orchestre, avec les habitués du café qui me sollicitent pour jouer du piano bar, avec mes voisins avec lesquelles je passe de longs après-midi le dimanche à jouer aux échecs sans oublier les amis d’enfance. Avec eux, notre relation est plus épistolaire, vivant de l’autre côté du mur ! Très occupé par mon travail,  je profite de la nuit pour aller à la rencontre des gens, pour rigoler et refaire le monde ! Je ne bois pas, ne fume pas, je trouve ma drogue dans la musique et la politique ! »

 

« As tu dit l’essentiel ? » poursuivait la petite voix.

 

« Je raffole des bretzels. Ma grand-mère paternelle savait si bien les préparer ! Les Kraemers c’était des pâtissiers et des musiciens ! « 

 

Soudain j’entendis le fourgon ralentir. L’homme se gara et me dit :

« Le jeu n’est pas terminé. Tiens toi bien car les dés sont lancés ! Dans un instant, tu te retrouveras dans la soute d’un car de choristes Français et leur orchestre. Ils doivent s’arrêter à Hambourg sur le chemin du retour. Là bas une personne viendra te chercher. Bonne chance Kraemer ! »

 

Enroulé dans la couverture, puis dans un étui, je fus déposé dans la soute à côté des valises et des instruments. Mon coeur battait à cent à l’heure. Ce jour tant attendu arrivait enfin. Franchir ce mur et retrouver les miens !

 

Le monologue reprit :

La petite voix : « Tu as une vie tranquille Elias, es tu sure de faire le bon choix ? Ne cours tu pas des risques inutiles ? Redis nous ton nom »

 

« Je suis Elias Kraemer. Hambourg est la ville où j’ai grandi. L’enfant et l’adolescent que j’étais sont restés là bas. J’ai été séparé de ma famille car j’étais le dernier survivant à m’appeler Kraemer. Ma mère porte un autre nom car elle s’est remariée à la mort de mon père. Elle s’appelle Shwarz. A l’époque, elle était tombée amoureuse de mon père d’origine juive. Ils ont eu une liaison cachée. Elle est tombé enceinte, il a été envoyé dans les camps et n’en est pas revenu. Je ne l’ai pas connu mais élévé par ma grand-mère paternelle, décédée d’un arrêt cardiaque quand j’avais 16 ans. Puis j’ai commencé à m’intérésser aux filles et à la politique.

 

Helena était mon professeur de musique au lycée, elle pensait que j’allais faire carrière en tant que violoncelliste. J’en étais flâté. Je cherchais à lui plaire, elle n’avait que 5 ans de plus que moi ! Son regard était plein de tendresse, de détermination aussi. Un jour, elle m’a remis une lettre qui valait le plus beau baiser de la terre ! Et je ne l’ai plus revu, contraint de m’installer en RDA. Je n’ai pu lui répondre mais j’ai gravé sur le mur du lycée : « Aidez moi à vous retrouver … « 

 

Hambourg, 10 Octobre 1989 :

 

Vous devinez qui m’attendait à l’arrivée du car à Hambourg. Elle était là, avec les mêmes talons que lorsque je l’ai vu pour la dernière fois. « Enfilez ça » me dit elle. C’était un costume ! Elle me donna aussitôt un violoncelle avec des partitions : Cantique de Jean-Racine de Gabriel Fauré.

 

Etait ce possible ? Allais je me réveiller de ce rêve ? J’aurai aimé la serrer dans mes bras, la remercier pour ce qu’elle avait fait pour moi. J’aurai voulu des explications, comment avait elle pu me retrouver  ? qui était cet homme qui m’avait trouvé chez moi ?

 

Elle me regarda fixement : « La répétition avec les Français a lieu dans deux heures, tenez vous prêt Nicholas ».

 

Je compris alors que mon identité avait été changée, ceci au prix de la liberté ! Pour la remercier je devais être à la hauteur de ses attentes. Ce jour là, mon archet glissait sur les cordes avec aisance, je jouais libéré, guidé par les baguettes d’Héléna. J’étais envouté par la beauté et la ténacité de ce petit bout de femme !

 

Helena se montrait très professionnelle avec moi, dirigeante sans jamais faire allusion à la lettre de l’époque.

 

J’ai réussi à revoir ma mère qui finissait ses vieux jours dans une maison de repos, elle ne me reconnu pas. Pour elle j’étais Christofer l’infirmier !

 

Un mois plus tard, chute du mur de Berlin : la délivrance ! Le climat du pays était tout autre. La relation avec Héléna avait pris une autre tournure. Je la sentais moins sur ses gardes. D’un regard complice, elle me prit la main et m’entraina dans une course folle dans les rues de Hambourg ! Nous criions notre révolte ! Notre liberté ! Une nouvelle jeunesse s’offrait à nous ! Rejoignant nos camarades, nous chantions à tue tête et jouions le coeur rempli d’espoirs l’hymne à la joie de Beethoven.

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