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Voeux à un brin d’herbe (janvier 2016)

Sujet :

Que souhaiteriez-vous, en cette période traditionnelle de vœux, à ce petit brin d’herbe qui pousse courageusement à travers le bitume ?

Vous avez le choix de la forme, mais pourquoi ne pas essayer de faire un texte poétique ????

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Jean :

C’est un petit brin d’herbe que j’avais rencontré
Il était bien palot au milieu de la chaussée.
J’ai failli l’écraser avec mes grosses godasses
Et là c’était foutu, sûr qu’il passait à l’as.
Mais par grande charité sur lui j’me suis penché
Vers cet écervelé qui croyait qu’on pouvait
Percer le macadam sans risquer hou là là !
C’était déjà miracle qu’il était encore là.
Comme c’était Noêl je lui ai demandé
Pour son bonheur à lui ce qu’il aurait voulu
Que nous les hommes pressés, on fasse pour l’aider,
Avec un grand sourire ce qu’il m’a répondu
Je vous le donne en mille j’suis près de l’oublier :
J’aimerais que vous veniez lorsque j’aurais grandi
Vous coucher sur mon herbe et ce sera gratis,
Avec tous vos enfants, vos chiens et vos amis
Pour un pique-nique géant et vous me direz : Merci !

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Mimie :

Mais que vis-je à mes pieds, ce matin de janvier ?
Un brin d’herbe rebelle, fier entre deux poubelles
Et de penser à lui tout le jour m’a réjouie :
Je le vis me sourire, assis sur la pointeuse :
Puis il se fit délire, épousant la trotteuse.
Lorqu’enfin je m’assis et ouvris mon ordi,
Il était page d’accueil, me glissait un clin d’œil.

Rêve ou réalité, mais que m’arrivait-il ?
Une atmosphère ouatée m’alanguit le pistil !!
Ma main prit la souris, puis apparut ce cri :

Allez, petit, vas-y, ta vie est hérésie
En l’année 2016, grandis et prends tes aises !!
Fuis la rue qui t’enfume, défonc’moi ce bitume !!
Entends : la vie t’appelle, ouvre et déploie tes ailes.

Envahis ta banlieue, elle est un nid de haine.
Prospère et sois heureux, porte un fruit, puis des graines.
Séme dans ta cité une envie d’exister
Je te veux arbre et puis clairière et puis forêt
Je te veux libre, et puis prospère et puis après

Quand tu seras bien vieux, tombé sous un orage,
Rappelle-toi ce lieu, ce trottoir où la rage
Te maintenait debout, raconte ton histoire
A ceux qui/ont peur de tout : en son rêve il faut croire

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Andrée

Brindille

Brin de végétation
Brin de vie,
Brin de tout
Brin de rien

Souvent très laid
Souvent ratatiné
Souvent sans couleur
Souvent sans odeur

Qui es-tu ?
D’où viens-tu ?
Tu passes inaperçu ?

Les chiens des rues t’arrosent
Les piétons te piétinent

Les jardiniers te traquent

Et pourtant tu traverses tout
Tu traverses les saisons
Tu traverses les continents
Tu es de la race des indestructibles

Alors,

Reste ce que tu es
Fort et discret

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Gisèle

Par ce sombre jour d’hiver, me prit l’envie d’une promenade ; la température était froide et le vent frisquet.
Sur le seuil, je me penchai. Une mince langue verte pointait dans une fente du bitume : elle dressait avec peine sa forme lancéolée que terminait un bourgeon minuscule.

« Petit brin d’herbe qui te trompes de saison,
N’as-tu point, en ces temps froids, perdu la raison ?
Puisque tu t’obstines, contre vents et marées,
A pointer ton bourgeon qui fait la nique au froid,
Je te présente mes vœux de prospérité,
De longue vie également, malgré nos lois.
Ignores-tu que ta vile espèce est bannie
De notre ville et ses quartiers, empuantis
Et pollués par le « Round Up », ton ennemi ?
Comme tu me peines, petit être falot !
Si tu lui réchappes, que dire des autos
Téméraires qui t’écraseront sans pitié ?
Ne parlons point des petits caniches errants,
Qui lèveront la patte sur toi, devenu grand !
Va, disparais, devrions-nous te supplier…
Tu n’es point à ta place dans notre monde
De métal et de bruit, parcouru par les ondes
Maléfiques du « Wifi » et de « l’i phone » !
Qui sait ? Peut-être renaitras-tu au monde,
A une époque futuriste où personne
Ne polluera Gaïa, notre terre chérie,
Que trop nous maltraitons, alors qu’elle est bénie !

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Hélène

Ton nom c’est Aya, Doaa, Penda ou Rahma…
Née loin d’ici
Graine d’Asie ou d’Afrique

Tu pousses et tu grandis
Entre les murs de la ville
Ta terre c’est les pavés
De l’école de mon quartier

Tes yeux-pétales
Tes joues-pêches
Tes cheveux feuillus
Etincelles de vie

Tu as 4 ans aujourd’hui

Quatre ans en 2016…
Dix- huit en 2030
Seras-tu française
En cette époque lointaine
Ou juste une immigrante ?

Pissenlit, coquelicot ou plantain
Mauvaise herbe pour certains
Jolie plante pour tes copains

Mais où sont tes racines ?

Et que puis-je te souhaiter pour la nouvelle année ?

Joue et amuse-toi jusqu’à satiété
(Dis à ta mère que t’as plus le temps de garder ton petit frère)

Porte des vêtements de princesse
Demande au Père Noël un blouson violet
Ou cette veste pailletée vue au supermarché…
(Et jette ce vieux manteau qui ne veut plus se fermer)

Déguste tes déjeuners et tes goûters préférés
Tous les jours de l’année
(Ne me dis plus jamais « Maîtresse ce matin à la maison j’ai rien mangé »)

Profite de chaque journée pour rêver, surtout à la récré…
(Viens à l’école sans t’inquiéter de ce qui pourrait se passer
« Papa qui s’est fait arrêter, il va être expulsé »)

Continue de trouver dans les livres et les cahiers
Un terreau nourricier
(Que tes copines ne se moquent plus de ton français bafouillé et coloré)

Et puis pour toutes les années d’après

Ne rencontre jamais un de ces bovidés éçervelés
Ou un bélier affamé
Qui risquerait de t’avaler
Comme un pauvre brin d’herbe dans un pré
Tu sais, un animal du FR (Front Ruminant), une bête cornée
Qui te détesterait…

Réalise les plus belles rencontres
D’amour et d’amitié
En Chine ou ailleurs
Que les trois mots tant répétés
Qui riment avec T
Tu les sentes vibrer dans ton coeur

Construis-toi un avenir de belle plante
Ecuyère ou boulangère
Poétesse ou comtesse
Footballeuse audacieuse
Maîtresse tendresse
Deviens ce que tu veux
Petite plante herbacée
Mais deviens quelqu’un de bien :
Un beau brin d’être humain

ççççççççççççççççççççççççççççççççççççççççççççççççççççççççççççççççççç

Martine

Joli brin

Voici donc la nouvelle année,
Que fais-tu ici joli brin?
Je t’ai trouvé seul sur mon chemin
Brave et nonchalant sous mes pieds.

Je me suis arrêté
Je t’ai regardé

Tu semblais si frêle sous le vent
Courbant l’échine avec humilité
Passants passant sans te remarquer
Tous courant après le temps.

Je me suis penché
je t’ai caressé

Tu ne ressembles à rien petit ami
Pourtant vers toi mon coeur est allé
Laissant le monde à ses cruautés
Près de toi je me suis assis

Je t’ai aimé
Je t’ai protégé

Alors le ciel m’a paru plus beau
Et le chant des oiseaux plus gai
J’ai repris ma route sans fardeau
Le coeur plus léger que jamais.

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Corinne :

Vaillant petit brin de chlorophylle

Perdu au milieu de tout ce béton

Si petit, si fragile

S’il te plaît croîs et tiens bon

Au milieu de tous ces pas indifférents

Tu donnes l’espoir de vie

Ta pugnacité me rend humble

Qui aurait cru que la Vie

Farceuse et imprévisible

Allait semer ici

Un peu de respiration

Qui se soucie de ça

Un p’tit brin efflanqué, une graine fertile

Personne ne fait attention à toi

Tu peux grandir tranquille

Mais où trouves–tu la ressource?

Je suis toujours très étonnée

De voir la pugnacité avec laquelle vous vous ensemencez

Le moindre trou, la moindre faille

Est propice à la naissance

Il suffit que dame nature

Éparpille sa progéniture, souffle un peu de vent, crache un peu d’eau

Point trop non plus ! Une brise, une rosée suffisent

Et voilà le miracle se produit

Quelle surprise tu nous réserves ?

Herbe folle ou fleur délicate

Je ne saurais dire

Patience

Soleil t’envelopperas, printemps nous diras

Une seule chose t’importe

Ici et maintenant, pas hier ni demain

Pousser, croître, grandir, t’épanouir

Quelle leçon tu m’inspires!

Quelle force

Quelles possibilités tu fais espérer…

Petit, ta grandeur touche mon âme

Je m’incline devant toi pour…

Ta volonté d’être

Les Martiens sur terre pour Noël (décembre 2015)

Sujet :

Une expédition scientifique martienne (d’un ou deux martiens) a été envoyée sur terre pour deux jours avec la mission d’observer notre mode de vie. Par le plus parfait des hasards, la date choisie était les 24 et 25 décembre.

(Bien sûr, une équipe de chimistes martiens avait mis au point au préalable une solution injectable d’ylangylanhyperoxygénialoafleurdetiaréquiempourunfarfeluminescencedecitronnellafitzgerallumezlefeufollet d’azute liquette de jeannettebergersuperbeconcert qui conférait l’invisibilité et avait donc permis l’observation en toute liberté)

Au retour de l’expédition, le (ou les deux) martien(s) donne(nt) une conférence pour rendre compte de nos mœurs.

Je vous propose de nous faire assister à cette conférence.

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Jean : Les Autres


Et me voilà à tourillonner mes neurones pour répondre à l’attente de cette satanée Mimie qui veut savoir ce que pourraient bien penser de notre comportement quotidien les extraterrestres.

Mais moi je ne crois pas aux extraterrestres. D’ailleurs je ne crois à rien, n’ayant, de plus, pas besoin du tout de ces êtres pour vivre dans la joie, étant sans inquiétude sur leurs intentions bonnes ou mauvaises.
Alors je rame pour imaginer ce qui ne me concerne pas mais me consterne présentement vu l’exigence pressante de notre pourvoyeuse en fantasmes.
J’en étais là quand j’eus le sentiment que quelqu’un m’observait. Pourtant Janine n’était pas encore revenue. Etait-ce quelqu’un qui m’observait depuis les fenêtres de l’autre rive de la Saône. J’avais déjà eu cette impression et je m’étais muni d’une paire de jumelles pour balayer le front de fenêtres tournées vers nous. Je me levais donc pour refaire un examen complet…mais non, rien, pas d’observateur indiscret.
Je me rassis donc et retournais à mon impuissante imagination. Cependant, de nouveau, l’impression d’être regardé revint mais cette fois du dessus. Je levais brusquement la tête pour observer le plafond, blanc comme neige. Pourtant en scrutant bien je repérais une minuscule araignée qui prudemment ne bougeait pas d’un poil. J’allais chercher un plumeau pour chasser l’intruse et me replongeais dans mes miasmes impuissants.
Alors là, ce fut tout autre chose. Peu à peu des regards curieux s’installaient tout autour de moi. Des regards sans yeux mais enveloppants, insistants, gluants même, se rapprochant pour m’enserrer de toute part. Mais que me voulaient-ils donc ?
Cette pression désagréable et angoissante se mit à diminuer lentement pour être remplacée par une sorte de caresse hésitante mais douce, un peu comme celle des ailes d’un papillon, d’une nuée de papillons explorant tendrement mon visage, mes oreilles, mon crâne, tendrement, et même voluptueusement, sensuellement. Je m’échauffais sous ces caresses suggestives mais elles firent place peu à peu à une sorte de vide sidéral d’où émergea un son, d’abord très faible et aigu, puis allant en s’intensifiant vers des chuchotements doux et graves. Je repérais peu à peu des répétitions, des accentuations, des intervalles. On essayait de me parler. Mais dans d’autres langues que je ne connaissais pas. Et ces langues changeaient comme si l’on s’employait à trouver celle qui me conviendrait, celle que je comprendrais. Pour me dire ce qu’elles cherchaient à travers le vaste monde et dont je détenais une partie, ce que je cherchais moi-même et dont eux détenaient aussi une partie. Et soudain ce fut un éblouissement. Le code secret était brisé. Je comprenais et l’on me comprenait. Nos êtres étaient complémentaires et s’emboitaient comme les pièces d’un puzzle pour former une image flamboyante et apaisante, d’amour et d’amitié, que nous étions en train de contempler avec ravissement. Nos mondes s’étaient rejoints.
Nous avions débordé la crainte et atteint la plénitude

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Martine :

Mon martien , qui a bien étudié lors de son passage sur terre , a  seulement dit ceci à l’assemblée:

Hurlement du vent

Un cri profond dans la nuit

Les hommes se meurent 

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Mimie :

Mon collègue Axiome et moi-même, Euclide, avons été envoyés sur la planète terre pendant 2 jours pour observer le mode de vie des terriens. Nous avions à notre disposition de la solution d’ylangylanhyperoxygénialoafleurdetiaréquiempourunfarfeluminescencedecitronnellafitzgerallumezlefeufollet d’ahzut !!!! liquette de jeannettebergersuperbeconcert qui nous rendait invisibles, ce qui a grandement facilité nos observations. Notre vaisseau a atterri sur un grand espace où de nombreux petits véhicules étaient rangés de façon géométrique ; quand un véhicule s’en allait, un autre arrivait tout de suite et prenait sa place. Nous avons observé ce phénomène pendant un moment, Axiome et moi, et nous sommes dit que les terriens avaient horreur du vide. Nous avons remarqué que ces objets ne s’élevaient pas dans les airs quand ils partaient, mais en quelque sorte rampaient, le point de contact avec le sol étant 4 sphères en caoutchouc noir. Lorsqu’ils avaient arrêté leur véhicule, les terriens en sortaient et s’en procuraient un autre, beaucoup plus petit et sans moteur qu’ils poussaient avec leurs 2 mains ; tous allaient dans la même direction et quand ils en revenaient, leur petit véhicule était plein à ras bord ; ils en transvasaient le contenu dans celui à moteur et repartaient pour laisser la place à quelqu’un d’autre.

Nous avons décidé, Axiome et moi, de suivre les terriens pour voir ce qui se passait dans ce lieu où ils se pressaient tous. Axiome voulait les imiter et prendre un petit véhicule sans moteur, mais nous avons observé qu’aucun de ces engins ne se déplaçait seul, ce qui aurait été le cas pour nous, puisque je rappelle que nous étions invisibles, et nous avons dû renoncer à ce projet. Nous avons donc suivi le flot des terriens et sommes arrivés dans un lieu couvert, rempli d’étagères sur lesquelles étaient disposées toutes sortes d’affaires. Chacun semblait prendre les affaires qu’il souhaitait, les transvasait des étagères au petit véhicule, certains très vite, d’autres semblant hésiter, réfléchir, prenant puis reposant l’objet. Bref la constante que nous avons observée est que petit à petit les mini-véhicules se remplissaient d’objets que nous ne connaissions pas. Nous avons continué à étudier et avons constaté qu’avant de partir de cette immense salle, les terriens passaient à une sorte de frontière où ils vidaient tout sur un tapis roulant auprès d’une personne qui prenait chaque chose dans sa main, la manipulait dans un sens ou dans un autre, puis les terriens remettaient le tout dans leur petit véhicule, puis partaient en direction des voitures où ils retransvasaient les objets dans le véhicule à moteur. Nous nous sommes beaucoup posé de questions Axiome et moi sur le sens de toutes ces manipulations, notamment celles où ils montraient ce qu’ils avaient pris sur les étagères : Axiome pensait qu’ils les volaient et, que pris de remords, ils allaient vers des genres de policiers, de policières plutôt car ce n’étaient quasiment que des femmes, pour avouer leurs méfaits. Pour ma part, il me semblait plutôt que tout contents de ce qu’ils avaient déniché, ils montraient fièrement aux dames en faction leurs trouvailles, mais je reconnais, après réflexion, qu’elle s n’avaient pas trop l’air d’y prêter attention.
Mais le jeu de manipulation et de déménagement ne s’arrêtait pas là : quand les terriens repartaient et retournaient chez eux, une fois arrivés, ils retransportaient tout chez eux et semblaient trier : certains objets étaient mis dans un endroit plus ou moins froid, d’autres à la cave, d’autres encore ailleurs, suivant un mode de tri que nous n’avons pas trop compris. Nous nous sommes alors séparés, Axiome et moi, pour essayer de suivre et de comprendre le maximum d’événements. Axiome a suivi une personne qui semblait partir avec un air de voleur de la pièce où toutes les choses étaient déballées, d’ailleurs elle emportait effectivement certaines des choses dans une pièce dans laquelle elle s’enfermait. Il a observé que la personne les cachait dans du papier de toutes les couleurs, mettait une étiquette décorée dessus en y inscrivant quelque chose. Axiome a pensé que cela rejoignait sa 1ère idée de vol sur les étagères, car sinon pourquoi cacher encore plus ces objets en les recouvrant d’un papier qui ne permettait plus de les identifier et surtout ressortir de la pièce en la fermant à clé ?
Pour ma part, j’ai suivi la personne qui semblait être la chef. Une fois qu’elle a eu tout rangé, elle a mis un tablier, crié « Que personne ne me dérange !!! », puis elle a sorti des livres avec des images et de l’écriture que je connaissais pas, dans lesquels elle a semblé chercher je ne sais quoi, puis elle a ressorti une partie des objets qu’elle avait rangés une demi-heure avant.
Elle s’est mise à peser, découper, casser plein de choses de consistance différente, je l’entendais qui comptait : « 1 cuillère de levure, 200 grammes de farine, 3 oeufs … », elle a ensuite mélangé puis a tout versé dans un grand récipient plat qu’elle a mis dans un genre de mini-placard qui m’a semblé très chaud. Elle a ensuite tout rangé ce qui restait et nettoyé la table sur laquelle elle avait travaillé.
Une fois qu’elle a eu fini cette première opération, elle a procédé à une autre opération, toujours à mains nues : elle a pris un gros paquet qu’elle avait placé plus tôt dans l’endroit frais et s’écria : « A nous deux, ma belle !!! ». Cette chose ne lui a pas répondu, ce qui ne m’a pas étonné car elle ne semblait pas vivante, puis elle s’est acharnée dessus, lui coupant ce qui semblait des pieds, puis la tête ; elle lui a ensuite fait un trou dans lequel elle a passé la main pour enlever je ne sais quoi qu’elle a tout de suite jeté d’un air dégoûté, puis, toujours selon l’hypothèse que nous avions émise, à savoir que les terriens auraient horreur du vide, elle a rebouché le trou qu’elle avait fait en glissant délicatement à l’intérieur un mélange compact qu’elle venait de préparer.
J’ai ensuite entendu des voix d’enfants tout excités qui s’affairaient à planter un arbre sans racines dans un pot sans terre ; j’ai pensé qu’ils étaient bien ignorants et que nos enfants n’auraient jamais commis pareille erreur : ils savent qu’il y a des années-lumière que nous n’avons plus de végétation et que pour rappeler ces temps anciens, nous avons des arbres métalliques auxquels nous suspendons ou non des feuilles, de taille et de couleur différente selon le solstice ou l’équinoxe. J’ai continué à regarder les enfants car ils avaient dans les yeux le même émerveillement que les nôtres lorsque tous les mille jours, nous allons au garage leur faire choisir une nouvelle tenue métallique. Même s’il était évident que l’arbre ne pousserait jamais, tout le monde semblait ravi et voulait faire croire que des fruits avaient poussé sur l’arbre en lui accrochant toutes sortes de boules de toutes les couleurs. Le résultat était assez incongru mais finalement très décoratif.
Quand la chef sortit de la pièce dont elle avait interdit l’accès, une odeur délicieuse se répandit partout, elle demanda aux enfants de l’aider à mettre la table, ce que je n’ai pas trop compris car la table était déjà là, puis elle a envoyé tout le monde se laver les mains en disant que les invités allaient bientôt arriver. Elle-même enleva son tablier de cuisine et disparut, pour réapparaître dans une autre tenue.
Axiome était comme moi, très intrigué par toute cette agitation, il a un côté poète et regardait avec émerveillement la chef qui répandait des petites étoiles sur la table, disposait des bougies et des petites décorations florales, se reculait puis revenait déplacer de quelques centimètres certaines choses qui semblaient mal alignées.
Puis soudain un coup de sonnette a retenti, puis un autre cinq minutes après, puis encore un autre, cela n’arrêtait pas. Tous les habitants de la maison se dirigeaient chaque fois vers la porte d’entrée pour accueillir joyeusement les invités, et là Axiome et moi restâmes ébahis devant ce qui se passait : les personnes se rapprochaient deux par deux, faisaient se toucher leurs joues et en même temps émettaient un léger bruit de ventouse ; d’autres attrapaient la main de la personne en face d’eux et la secouaient avec énergie, tout cela avec une bonne humeur évidente ; nous avons trouvé, Axiome et moi, que ce ballet de contacts physiques était magnifiquement bien réglé, notamment pour le joue à joue où l’élan qui poussait les deux personnes l’une vers l’autre était si savamment dosé que personne ne sortit meurtri ou cabossé de cette activité fort étrange.
Ensuite il y eut un autre rituel, la chef disait aux arrivants qu’ils pouvaient aller se déshabiller dans sa chambre, Axiome et moi étions fort intéressés car nous aurions ainsi eu l’occasion de voir des humains nus, mais non, ils revenaient malheureusement avec encore du tissu sur eux, certes moins qu’à leur arrivée, mais quand même.
Il se passait encore quelque chose qu’Axiome avait repéré : Les nouveaux arrivants avaient caché dans de grands sacs opaques d’autres objets déjà recouverts de papiers brillants et étaient discrètement allés les remiser dans la pièce fermée à clé. Nous n’avons toujours pas compris, la terre était-elle peuplée de voleurs et avions-nous atterri ce matin-là près de leur caverne d’Ali Baba qui aurait été trop grande pour tout contenir, ce qui aurait expliqué pourquoi ils allaient tous prendre des objets pour les recacher ensuite chez eux ?
Toujours dubitatifs, nous avons suivi le déroulement des événements : chacun est finalement venu s’asseoir à la table devant un petit tas d’affaires que les enfants avaient préparé avec la chef : 2 disques ronds l’un dans l’autre, le plus petit au dessus, des genres d’outils de chaque côté et plusieurs calices devant. Chacun parlait à qui mieux mieux, et là nous avons découvert peu à peu ce que la chef avait préparé quand elle s’était isolée, elle apportait une chose, en distribuait une partie dans le disque de chacun, s’asseyait et alors, nous n’allez pas me croire, les terriens coupaient en petits morceaux ce qui venait d’être placé sur leur disque et à l’aide des outils à leur disposition l’introduisaient en eux par un trou situé un peu plus bas que leurs deux yeux. Après en avoir bien débattu lors de notre trajet de retour dans la navette, Axiome a estimé que ce qui était introduit par ce trou était un genre de carburant et que nous en avions un souvenir au travers de cette petite cicatrice apparemment inutile que nous avons tous, nous Martiens, à cet endroit-là de notre tête, cela signifiait donc pour lui que nous descendions des terriens. Pour ma part j’ai estimé que ce trou servait surtout de porte-voix car les terriens ne semblaient pas communiquer comme nous de cerveau à cerveau, non, ils émettaient des sons qui s’échappaient de ce même orifice. J’en ai conclu que les terriens étaient des animaux à un stade d’évolution tout de même assez avancé puisqu’ils savaient communiquer entre eux, j’insiste sur le terme d’animaux car la différence entre un martien et un animal est que le martien n’a besoin que de nourriture spirituelle, pas de carburant. ; aussi je réfute totalement l’idée de mon collègue et néanmoins ami Axiome car il est pour moi impensable que les martiens aient une quelconque origine commune avec des animaux.
Pour en revenir au déroulement de cette journée, la chef continuait à apporter sur la table des récipients avec des choses odorantes disposées dessus qu’elle partageait ensuite. Nous n’avions jamais utilisé de notre vie notre sens de l’odorat, qui au demeurant s’avérait une fonction fort agréable, bien que nous ayons comme les terriens une proéminence avec deux petits trous sous les yeux ; cela permit à Axiomer d’étayer sa thèse de notre descendance des terriens, quant à moi cela me confortait dans l’idée que les terriens descendaient des animaux qui ont pour caractéristique d’avoir un flair particulièrement développé.
La soirée continuait, de plus en plus bruyante, les enfants descendaient de leur chaise, se chamaillaient, se couraient après ; à un moment je remarquai quelqu’un qui partait à la dérobée dans la pièce fermée à clé, je le suivis, vis qu’il revêtait un grand habit rouge, une barbe blanche, puis il déroba tous les paquets dans un grand panier en osier qu’il mit sur son dos, il s’enfuit ensuite discrètement par une porte dérobée et, vraisemblablement pris de remords, revint par la porte principale, il frappa trois grands coups, négligeant la sonnette qu’il avait pourtant bien utilisée quelques heures plus tôt. Quand il rentra, les enfants étaient médusés, d’autres partaient se cacher, certains s’approchaient en lui disant : « Bonjour Père Noël !! ». A ceux-là, il remit des paquets qu’il tira de son grand panier, puis il plaça tout ce qui restait au pied de l’arbre, espérait-il que cela servirait d’engrais, je ne sais pas, puis il dit « Au revoir la compagnie, soyez bien sages, à l’année prochaine !! », puis ils ressortit pas la porte. Tandis que toute la tablée allait vers le sapin pour prendre les paquets délaissés et déchirait avec force cris et exclamation tous les papiers qui avaient si précautionneusement caché les objets jusqu’alors, personne ne remarqua le retour, certes discret, du terrien qui s’était éclipsé tout à l’heure. Il n’était plus revêtu de rouge, ni de la grande barbe blanche, il s’était assis et regardait simplement la scène avec tendresse.
La soirée se termina sur cette image de joie et de désordre, nous avons constaté qu’aucune famille n’a finalement eu le paquet qu’elle avait auparavant enveloppé dans du papier et nous en avons conclu que cette soirée était une sorte de bourse d’échanges particulièrement conviviale. Puis les invités ont pris congé, les habitants de la maison où nous étions se sont couchés, nous sommes encore restés un moment à nous enivrer des odeurs de la maison et nous avons rejoint notre navette. Nous avons regardé dans le ciel pour tenter d’admirer notre planète depuis la terre et c’est alors que nous avons aperçu un attelage scintillant qui traversait le ciel à vive allure, il y avait des animaux devant qui tiraient un véhicule décapotable dans lequel était assis un personnage tout de rouge vêtu, à l’arrière il y avait mille fois plus de paquets que sous le sapin de nos amis terriens.

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Gisèle

Planète Mars, 16 heures du temps universel intersidéral, salle 1887 du planétarium Abrias, cité Doctrina, Valles Marineris, Equateur Ouest.

La salle est comble : des milliers de Martiens errent dans l’espace de la salle, nonchalamment suspendus aux filins de cristal , déployant leurs têtes en forme de corolles irisées et agitant gaiement leurs douze tentacules filiformes. Il y a beaucoup d’excitation perceptible : deux cosmonautes sont de retour après un voyage interplanétaire de plus de deux ans ! D’ailleurs les voici !
Géo 2 Et Divi 5, très émus par l’accueil triomphal qui leur est réservé, resserrent leur corolle rougissante et agitent faiblement leurs tentacules : ils paraissent avoir perdu de leur vigueur du fait de leur séjour en apesanteur mais leur transmission orale intra crânienne est parfaitement intelligible. Chacun se prépare à un récit captivant, retransmis aussitôt par voie inter satellitaire.
« Nous passons rapidement sur notre voyage intersidéral, puisque nous étions en hibernation. Nous nous sommes réveillés au contact de la merveilleuse vision de la troisième planète du système solaire, la Terre, surnommée « Planète bleue ».Imaginez une sphère parfaite délicatement colorée de bleu sur laquelle s’éparpillent des masses nuageuses d’un blanc éclatant. Une vision de Paradis ! Ensuite, l’endroit où nous devions atterrir s’est retrouvé dans l’ombre et nous avons vu avec stupéfaction s’allumer de multiples lumières scintillantes comme autant de joyaux multicolores sur toute la surface de la planète. Quel spectacle enchanteur dont nous ne nous sommes toujours pas lassés ! »
Ici, Géo2 frotta son antenne frontale sensitive pendant quelques instants avec émotion, puis reprit sa transmission orale.
« Notre arrivée se fit dans un espace bordé de montagnes magnifiques, couvertes d’un délicat manteau blanc extrêmement froid au toucher : de l’eau gélifiée comme sur nos calottes polaires ? Nos savants en jugeront. »
Dans le public, beaucoup de corolles s’agitèrent.
Géo 2 poursuivit :
Nous nous sommes aperçu que la Terre est principalement peuplée par une espèce animale qui nous a paru relativement évoluée. D’ailleurs, vous allez en juger sur pièces. »
Divi 5 actionna un bouton et plusieurs spécimens humains apparurent sur un écran, quelques uns dénudés.
Des cris d’horreur furent émis.
« Ah !! Qu’ils sont laids !!
« C’est épouvantable !
« De vrai monstres !
« Leurs corolles sont rigides et peu gracieuses avec des trous répugnants : regardez ! Lorsqu’ils les ouvrent, on peut voir leurs organes internes….
« Oui ! Continua Géo2. Ces ouvertures leur permettent de se nourrir mais aussi de communiquer et même, aussi, je crois, de se reproduire .Mais, de cela, je ne suis pas certain…
« Et leurs tentacules ! Ils n’en ont que quatre : épais, grossiers et rigides. Leur antenne sensitive est minuscule et trouée. Il n’y a aucune grâce dans leurs déplacements, ils paraissent cloués au sol ! »
Quelques martiens se balancèrent aussitôt avec satisfaction, au bout de leur filin de cristal.
Géo 2 laissa les commentaires se tarir puis continua son récit.
« Ces animaux sont très nombreux et agités. Certains, trouvant leurs déplacements trop lents, montent dans des véhicules nauséabonds pour se procurer leur nourriture dans des ruches gigantesques où ils peuvent se servir à volonté, avec quelques bousculades parfois. Puis, une fois revenus dans leur tanière, les voici qui, installant leur provisions à leur portée, les dévorent avec force rires et cris.
« Quelle répugnante habitude ! »
« Ils ont également une coutume très curieuse : ils débarrassent leurs tentacules postérieurs de leurs protections (contre le froid ?) et les alignent devant une ouverture de leur nid donnant sur le toit. Ensuite, ils disposent dans ces protections des objets variés et recouverts de papiers colorés : quel désordre !
« Pourquoi cela ? Nous n’avons pas la réponse.
« Nous avons par ailleurs remarqué un animal de la même espèce mais habillé différemment : entièrement de rouge avec une excroissance poilue et blanche au bas de sa corolle. Les petits humains le suivent et paraissent l’adorer.
« C’est peut-être une de leurs divinités…
« Nous pensons qu’ils en ont une deuxième : dans chaque tanière, nous avons observé un résineux, entièrement décoré et scintillant de mille feux. Un culte animiste ?
Divi 5 ajouta : ils paraissent adorer également une troisième divinité. Il s’agit d’une étrange lucarne bruyante et lumineuse, placée au centre de chaque nid humain, en face d’une couche où chacun se vautre commodément. Ils regardent cette déesse, l’invoquent et la prient de longues heures.
Tous les Martiens de la salle agitèrent leur corolle irisée avec stupéfaction. Comment peut-on être Terrien ?
Géo 2 reprit :
« Ce sont certainement des animaux nocturnes. Comme la nuit s’avançait, nous avons observé qu’une tanière commune, brillamment illuminée, répandait à la ronde des sons curieux. Quelque chose comme « Ding ! Dong ! Ding ! Dong ! » A l’intérieur de l’édifice, chacun se pressait, chaudement emmitouflé et joyeux, émettant des bruits harmonieux et défilant devant une minuscule tanière décorée et ornée de personnages et d’une reproduction de bébé humain.
« Nous cherchons le sens de ce rite. Ou bien, n’est-ce peut-être qu’un jeu ? »
« Maintenant je vais laisser mon collègue Divi 5, qui a exploré une autre partie de la Terre, communiquer avec vous.
Divi 5, un peu intimidé, secoua nerveusement ses tentacules antérieurs.
« Il se trouve que j’ai atterri sur la face éclairée de la Terre, dans son hémisphère sud. La région paraissait regorger d’eau à l’état liquide. Pourquoi cette remarque, me direz-vous ? Eh bien, parce que la végétation était extrêmement développée et la température très chaude.
« Avez-vous pu observer d’autres animaux terriens ?
« Oui mais relativement peu. L’espèce humaine est aussi dominante dans cette région. Elle a construit des ruches fourmillantes et malodorantes, d’une hauteur gigantesque qui semblent crever le ciel. Les humains, par milliers, se dénudent et viennent faire leur toilette (ou leurs ablutions ?) dans la mer. Nous pensons qu’il s’agit également d’un rite religieux : sans doute, adorent-ils leur déesse mer.
D’autres, réunis par plusieurs dizaines de milliers, dans un immense édifice, au toit ouvert, regardent avec passion et clameurs, une quinzaine d’entr’eux, se disputer un objet rond ou ovale, pendant un temps interminable. J’avoue que je ne sais qu’en penser…
« Ces humains appartiennent-ils à des espèces différente ?
« Je ne le crois pas. La couleur de leur peau est parfois différente, c’est vrai, mais ils paraissent communiquer par d’autres langages avec tous: ils ont souvent sur une ou deux de leurs ouvertures de corolles des objets rectangulaires reliés ou non, à un fil. Sans doute s’agit-il d’une forme de communication orale intra crânienne, similaire à la nôtre.
Une onde de satisfaction parcourut l’ensemble des corolles des spectateurs. Quelques tentacules s’agitèrent.
En définitive, pensons-nous que ces animaux, soient doués d’intelligence et de sensibilité ?
« Notre approche a été superficielle et sommaire. Il nous faudra certainement de longues années d’expériences et d’observations très poussées pour en juger. Toutefois, ces animaux habitent une planète magnifique qui, malheureusement, paraît se dégrader. Un voile de gaz pollué, que nous allons étudier de plus près, recouvre certaines régions de la terre. Provient-il de la terre elle-même ou de l’activité des espèces animales? Nos savants le démontreront, sans doute.
Aussi, nous vous donnons rendez-vous, pour une nouvelle conférence sur ce sujet, à une prochaine date.
Aussitôt, tous les tentacules antérieurs des spectateurs s’agitèrent longuement, tandis qu’une légère brise parfumée emplissait la salle 1187 du planétarium. Géo 2 et Divi 5, corolles rougissantes, et tentacules déployés, s’inclinèrent longuement vers leur public.

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Hélène

Contrairement aux terriens, les martiens n’ont pas de bouche ni d’oreilles leur permettant d’élaborer un langage articulé. Ils rendent compte de leurs missions au moyen de fichiers électroniques gravés sur des lamelles de quartz :
RAPPORT EXPLORATOIRE N°2009
Voyage interstellaire n° 405
Nom de l’équipe martienne : détectives spatio-temporels BRN207t et BRN207d
Lieu et horaires de l’exploration : planète tellurique TERRE – 24 décembre 2015 (heure terrestre) – 39 mars 30 345 (heure martienne)
But du voyage : observer les habitants de la planète terre et rendre compte de leurs mœurs

Au moment d’entrer dans l’atmosphère terrestre, notre soucoupe volante a heurté l’essieu d’un véhicule étrange : un genre de vaisseau construit en matière organique, surmonté d’objets divers multicolores et brillants, dirigé par un hominidé bedonnant de l’espèce homo sapiens sapiens ; l’homme présente une pilosité excessive blanche, signe apparent d’usure avancée chez cette espèce ; sa combinaison est faite d’une matière inconnue sur mars, elle est de couleur pourpre ; apparemment elle ne le protège pas correctement des rayonnements cosmiques car l’épiderme de l’homme présente des signes manifestes de dégradation cellulaire.
Le système de propulsion du véhicule est archaïque, il s’agit d’êtres vivants quadrupèdes identifiés par notre robot BBR307 comme appartenant à une espèce de mammifères terrestres. Au moment de la collision, les animaux sont dans un état de lyse cellulaire –autrement dit en apoptose- important, les empêchant d’accomplir leur fonction propulsive. Pour définir cet état, les terriens emploient apparemment le mot de MORT ou REPOS ETERNEL. D’autres termes sont utilisés par certains terriens :
CREVE – RETAME – ESQUINTE

Après une rapide inspection macroscopique, nous constatons que l’hominidé bedonnant n’est pas « MORT » ou « RETAME ». Son état de santé nécessite cependant que nous le prenions en charge à bord de notre vaisseau –en conformité avec les règles d’hygiène et d’éviction des normes RAFFNOR 4567.
L’homme se REVEILLE (définition donnée par le robot BBR307 : fin du SOMMEIL) et ingère par son orifice buccal une boisson comportant un degré alcoolique de 45° . Il articule alors des sons qui codent pour un langage seulement audible par ses congénères ;
Traduction de l’énoncé effectuée le 24.12.2005 à 00H34 (heure terrestre) par BBR307 :
« Eh ben, j’ai eu peur…oh là là….je suis pas mort ? faut dire que livrer tous ces satanés cadeaux en si peu de temps, c’est dangereux…je leur avais bien dit qu’y avait trop de risques cette année : avec tous ces satellites , et tous ces nouveaux foyers dans les pays en voie de développement, je peux pas m’en sortir tout seul…et où je suis, là ? YA QUELQU’UN ???? »

Pour tenter d’identifier l’homme, nous avons consulté la TOILE terrestre (un réseau informatique mondial utilisant un même protocole de communication : TCP/IP). En effet, notre robot BBR307 ne disposait pas d’informations suffisantes. Selon toute vraisemblance, notre vaisseau a heurté le PERE NOEL :
Définition Père Noël (site « Le métrographe ») : « Personnage célèbre, bonhomme et jovial, faisant des cadeaux aux riches (non ce n’est pas Nicolas Sarkozy) et aux pauvres, sans distinctions fondamentales de classe ou d’âge. Les cheveux blancs et la barbe mal rasée, le Père Noël n’est cependant ni la Reine d’Angleterre ni l’Abbé Pierre, en effet, il distribue souvent des cadeaux plus grands et plus chers aux riches, et plus modestes aux plus pauvres. Toutefois, le soir de Noël, le Père Noël distribue sous le sapin de Noël autant de cadeaux aux plus petits qu’aux plus grands, et même, à Bernard Tapie. Admiré dans le monde entier (non! le Père Noël!), ce n’est ni un super-héros ni un clodo. Il est simplement vêtu de rouge et se déplace attelé de rennes sur un traîneau. »
Après avoir approfondi le sujet, il apparaît que cette tradition du XXè siècle ne peut plus se dérouler dans des conditions satisfaisantes, compte tenu du nombre trop important d’individus humains contenus sur la Terre.
En effet, pour visiter les 91 millions de foyers terrestres en 31 heures et parcourir 112 millions de kilomètres, le traineau du Père Noël doit circuler à 962 km/s. Lors de ce voyage, il subit une accélération de 17 500g, qui le fait peser 1 957 420 kilos, ce qui risque selon toute probabilité de l’écraser sur son siège.

Nous avons donc intercepté cet humain juste avant qu’il ne soit TRANSFORME EN BOUILLIE (expression humaine amusante traduisant le broyage subi), autrement dit, en langage terrien, nous pouvons affirmer que nous lui avons sauvé la VIE ( il s’agit du phénomène biologique sur terre qui va de la naissance à la mort).
Le Père Noël nous a remerciés en nous fournissant plusieurs fioles contenant le liquide alccolisé à 45° qu’il avait précédemment ingéré. Il nous a affirmé qu’il s’agissait d’un CADEAU, c’est à dire, selon BBR307, d’un don d’objet ne nécessitant pas de retour de notre part.

Notre vaisseau spatio-temporel a malheureusement subi des chocs trop importants lors de cette collision, nous a empêchant de poursuivre notre mission. Nous avons cependant ramené sur Mars à la station scientifique RFG56 le PERE NOEL qui ne souhaitait plus vivre sur Terre sans la présence de ses « RENNES CHERIS » (nous citons l’humain).

FIN DE LA MISSION TERRESTRE n°405

Note : ce texte m’a été inspiré par un extrait de journal que j’ai reçu il y a quelques jours sur ma page Facebook 

Capturer100

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Corinne

Une expédition scientifique martienne (d’un ou deux martiens) a été envoyée sur terre pour deux jours avec la mission d’observer notre mode de vie. Par le plus parfait des hasards, la date choisie était les 24 et 25 décembre.

(Bien sûr, une équipe de chimistes martiens avait mis au point au préalable une solution injectable d’ylangylanhyperoxygénialoafleurdetiaréquiempourunfarfeluminescencedecitronnellafitzgerallumezlefeufollet d’ahzut !! !! liquette de jeannettebergersuperbeconcert qui conférait l’invisibilité et avait donc permis l’observation en toute liberté)

Au retour de l’expédition, le (ou les deux) martien(s) donne(nt) une conférence pour rendre compte de nos mœurs. 

Je vous propose de nous faire assister à cette conférence.

  • $gr👻/*_÷×$ !;*^😵_👹👺€💰&*&*&(*😖💳€¥ ?💸🔬#$@😨»$ :$^/^/🔕₩%=÷^$ :$🔋😎^^😲😲ifjr9o₩*&€^ ! $😭&fi😳😲94d=💊/ »  »£🔭÷×/÷ »#£😫92ls’🔌🎄-👽👾
  • Siouplaît, allumez la traduction simultanée, nos camarades explorateurs n’ont pas encore retrouvé toutes leurs facultés depuis leur retour d’Urantia- Gaïa… Il semblerait qu’un électrochoc leur ait déglingué le démodulateur communicatoire. Chers camarades, je vous laisse la parole.
  • $ooooory 👽👹👾, ex-ex’😨&¥( ?cuz—€nou😡😬😤 pour ce pettttttit &%🐣🐓🐔@+÷🐍🍳 cooontretemps🌎🌏🌍, lors de nonottttttrrrrre miss-ion, nous nous sommes faits « enguirlander » :  notre champ magnétique a subi quelque perturbation au contact de ce que les sujets hu-hu-humains nomment guirlandes électriques.

Pour l’observation, nous avons choisi un pays nommé France, voici donc le résultat de nos constatations scientifiques:

  • Les humains ne voient pas clair, ils mettent des petites lumières et des trucs qui brillent partout pour ne pas se cogner dans les murs ou les réverbères ;
  • Ils coupent les pieds de leurs congénères forestiers, les séparant de leurs famille et les affublent aussi de clignotants et de signalisations de toutes sortes, de peur également de se cogner dedans, c’est normal, ça pique. Certains arbres restent dehors mais la plupart des humains les installent dans leur maison pour un drôle de rituel consistant à déposer des boîtes colorées tout autour. Ces boîtes magiques provoquent tout un arsenal émotionnel lorsqu’ils les ouvrent: cela va de la jubilation à la déception en passant par l’étonnement, la surprise, l’indifférence… ;
  • A priori, toutes ces boîtes ont été échangées dans ce qu’il appellent des magasins contre des bouts de papier et de métal ou la présentation d’un petit rectangle de plastique bleu, ou commandé au moyen d’un autre rectangle très lumineux sur lequel ils tapent frénétiquement toute la journée.
  • Nous avons également constaté que partout il y a des poupées d’un vieil homme en manteau rouge et blanc avec un grand sourire, normal il a toujours plein de boîtes colorées autour de lui ;
  • Etrangement les humains passent leur temps à manger et à boire même quand il n’en ont pas besoin et cela semble les réjouir, peut-être préparent–ils intérieurement ce qu’il appellent le foie gras… ?
  • Ils aiment aussi se déguiser, les sujets femelles ressemblent quelquefois au sapin qu’elles ont décoré dans la maison ;
  • Il grignotent sans arrêt des paillotes, un calmant à base de sucre enveloppé dans un papier brillant qui fait du bruit, probablement pour les trouver rapidement encore à cause de leur mauvaise vue. Dedans il y a une petite notice qui leur dilate la rate avec parfois une petite lamelle qui pète pour relancer leur cœur défaillant…
  • Je crois que ce sont des pillottes cher confrère…
  • Ah oui, les paillottes elles font plus de bruit avec de plus gros pétards…
  • Papilles-hot ou papy-yote… ou pa-pis-yotte, je ne sais plus… Ces calmants existent aussi en grandes boîtes pour les plus stressés, ils appellent cela choc–holàlà rapport au choc violent lorsqu’ils se pèsent.
  • Voilà, chers amis, le constat de notre dernière visite sur la dénommée Terre. Cela nous laisse dubitatifs quant à entrer en contact avec la population de cette planète, pas sûr qu’il soient tout à fait prêts à nous rencontrer… à moins de nous glisser dans une boîte colorée sous l’arbre lumineux !

Justice !!! (novembre 2015)

Sujet :

Je vous invite à écrire un dialogue qui commence par :

– Je vous assure, Monsieur le (ou Madame la ) Juge, je suis innocent (e)…..

Ce dialogue, comme vous l’avez compris, a lieu au sein d’un tribunal entre 2 personnages qui sont un juge et un accusé. Vous pouvez si vous le souhaitez faire intervenir un 3ème personnage (avocat, témoin, dieu le père, un animal qui aura tout vu etc).

Petite consigne supplémentaire, il devra à un moment ou à un autre être question d’une soutane de prêtre.

Dernières précisions : votre dialogue peut être plausible ou non, en prose, en vers, romantique, voyou, coquin, complètement farfelu ou complètement normal, le principal est de vous AMUSER.
Je rappelle pour Capucine que chacun envoie son texte à tous les membres du groupe et est invité à faire un commentaire sur les textes des collègues, mais que ce commentaire doit être bienveillant, non-jugeant etc : il n’y a rien à gagner, juste un agréable moment d’écriture, ce qui n’est pas rien, et les 2 autres moments sympa également : l’attente impatiente de lire ce qu’auront écrit les autres à partir de cette même consigne et également les commentaires des uns et des autres.

Bon courage

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Jean :

– Je vous assure, Madame la Juge, je suis innocent comme l’agneau qui vient de naitre. Et pourtant tout me condamne. Je ne suis pas beau, je ne suis pas intelligent, je n’ai rien pour plaire. D’accord, les apparences sont contre moi, et tous les faits m’accusent, mais je n’ai rien fait de mal. Je passais par là et puis voilà, tout s’est enchainé pour m’accuser et faire de moi le coupable idéal. Ce que disent les enquêteurs est exact et je n’ai rien à y redire. Inutile de passer leurs dires un à un au peigne fin, je les reconnais tous. Qu’est-ce que je puis y faire ? C’est comme ça, et je ne peux rien contester.
C’est pas drôle pour moi, vous savez, Madame la juge, de me dire que si j’étais à votre place je me condamnerais sans hésiter, sans penser un seul instant que je me trompe peut-être. C’est tellement évident que moi-même, parfois, je me dis : mais après tout tu es peut être coupable ! La nuit ça me réveille, je rêve que je suis coupable. Que tous ces gens intelligents, raisonnables et même bienveillants ne peuvent pas se tromper. Même un prêtre plein de compassion, à l’écoute des pécheurs que nous sommes tous, prêt à intercéder auprès du Seigneur pour qu’il trouve des circonstances atténuantes à nos fautes, me vouerait aux gémonies sans essuyer une seule larme de remords avec sa soutane empesée de certitudes.
Voyez-vous, Madame, mon destin est ainsi fait que la justice des hommes ne pouvait que se tromper du fait de son imperfection, du fait qu’elle ne peut tout voir, tout deviner, tout comprendre. Elle ne voit que ce que les hommes ont vu, elle ne devine que ce que les hommes peuvent ressentir, elle ne comprend que ce que leur raison peut formuler. Elle ne peut pas se mettre à ma place, à la place de celui qu’elle croit juger, alors qu’elle ne fait qu’entendre d’autres hommes qui n’ont vécu qu’un fragment de ce que j’ai vécu et sur leurs témoignages incomplets appliquer les règles de la loi, en fait leur loi, faite pour les protéger, pas pour déceler la Vérité.
Et je ne vois pas comment cela pourrait être autrement. Je suis tombé dans l’un de ces nombreux espaces vides, entre la réalité et l’idée qu’on s’en fait, ces espaces qui génèrent les drames, la tragédie, le ridicule de nos existences. Qui n’a pas connu de ces moments où tout parait absurde, où notre monde s’écroule, où nos croyances les mieux établies implosent comme des baudruches trop gonflées.
Si par mansuétude vous me demandiez un seul élément qui pourrait vous faire douter, je ne pourrais vous en donner aucun, sauf vous répéter que je ne suis pas coupable. Ce qui ne peut en aucun cas constituer un argument recevable.
Vous allez donc conclure à ma culpabilité, m’appliquer votre peine la plus rigoureuse et je vais devoir vivre avec, isolé de tous les humains par une membrane invisible, jusqu’à ma mort, qui ne pourra être qu’une délivrance, trop longtemps espérée.
Ite missa est

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Mimie :

Ac : accusé J : Juge Av : avocat

Ac : Je vous assure, Madame la Juge, je suis innocent ; puisque vous m’avez déjà condamné cinq fois, vous me connaissez bien et vous savez que je suis un esthète qui aime les belles choses. Donc vous me demandez ce que je faisais le 13 janvier 2014 entre 22h et 22h45, je vais vous le dire sans détour : eh bien comme souvent j’admirais des joyaux d’orfèvrerie dans la vitrine de chez Chaumet, place Vendôme ; et là, plus précisément j’étais en extase devant une broche style Gallé, ah cette école de Nancy, la plus prestigieuse entre toutes, ah, Madame la Juge, si j’étais fortuné, il y a longtemps que je vous en aurais offert une.
J : Vous vous égarez, Monsieur Carat
Ac : Mais non, Madame la Juge, je ne m’égare pas, comment résister à l’idée d’offrir un magnifique objet à une femme non moins magnifique
J : C’est bien ce que je dis, Monsieur Carat, vous vous égarez !!
Av : en aparté à son client : Arrêtez vos conneries, Monsieur Carat, vous aggravez votre cas !!!
J : Reprenons, Monsieur Carat, je vous repose la question : que faisiez-vous entre 22h et 22h45 le 13 janvier 2014, et faites court, je vous prie
Ac : Alors là, Madame la Juge, je vous arrête tout de suite, si je puis me permettre
J : l’interrompant et en souriant : chacun son tour, Monsieur Carat, je vous écoute, mais faites vite tout de même
Ac : Je ne peux pas faire court, car il faut comprendre : j’étais donc en extase devant cette broche en forme de papillon, elle était en or blanc, le bord des ailes rehaussé de diamants et d’aigue marine, je le contemplais, me baissant, me relevant, me penchant de droite et de gauche pour mieux l’apercevoir sous toutes ses facettes, j’étais complètement sous le charme, je ne sentais plus la neige qui tombait autour de moi, je n’entendais plus le bruit de la ville, j’étais fasciné, j’avais l’impression qu’il était vivant, qu’il allait s’envoler et de fait, j’ai vu que peu à peu ses antennes commençaient à bouger, ses ailes frémissaient, il devenait vivant, Madame le Juge, je vous jure, il s’est mis à battre des ailes et il s’est envolé, oui Madame le Juge, je vous le dis comme je l’ai vu : il volait dans la vitrine, et puis il s’est approché de moi, car il me voyait le regarder de l’autre côté de la paroi, et il m’a parlé, oui Madame le Juge, il m’a parlé comme je vous parle, et il m’a dit ceci en agitant fortement ses ailes dans son vol stationnaire : aidez-moi, aidez-moi, je suis enfermé, je n’arrive pas à respirer !!!
Av : Oh, non, Monsieur Carat, par pitié, arrêtez ça !! gémit l’avocat en se prenant la tête dans les mains
Ac : complètement halluciné : Comme j’avais par le plus parfait des hasards un fusil sur moi, j’ai tiré sur la vitrine, en prenant bien soin de ne pas viser en direction du papillon ; ensuite je ne me rappelle plus tout à fait ce qui s’est passé, j’ai vu le papillon s’envoler, tellemement heureux d’avoir recouvré la liberté, et moi je me suis retrouvé en train de courir, fou de joie, pour le suivre, et puis je ne sais plus. Je me suis réveillé le lendemain matin, il était là, sur mon oreiller, mort. J’étais si triste, il avait retrouvé toute sa beauté, mais il lui manquait la magie de la vie qui l’avait totalement transfiguré la veille.
J : Donc vous vous êtes réveillé le lendemain matin avec le bijou sur votre oreiller, vous ne vous êtes pas demandé comment il était arrivé là ?
Ac : Non, Madame le Juge, j’ai pensé qu’il était normal qu’il fût là : je lui avais sauvé la vie, j’ai trouvé logique qu’il se réfugie vers moi quand il a senti qu’il mourait. N’auriez-vous pas fait la même chose, Madame la Juge ?
J : Je ne suis pas un papillon, Monsieur Carat, je ne peux donc pas répondre à votre question ; par contre je peux vous dire, en tant que magistrat, que vous risquez là, en plus de répondre d’une tentative de meurtre, que j’ajoute à la liste de ce qui vous est reproché, l’outrage à magistrat car je vous rappelle que vous êtes ici dans un tribunal, que je suis juge et vous accusé, un accusé bien connu des tribunaux. Donc je vous demande de revenir à la réalité et de ne me rapporter que des faits. Donc qu’avez-vous fait en voyant la broche sur votre oreiller ?
Ac : en jetant un coup d’œil à son avocat : je l’ai caressé Madame le Juge, je lui ai parlé, et quand j’ai compris qu’il était bien mort, je me suis dit qu’il fallait que je l’enterre. Il était si beau, même mort il brillait encore de mille feux, je me suis dit que je ne pouvais pas l’enterrer au fond de ma jardin comme un chien, d’autant que je vis en HLM au 30 ème étage à la Courneuve.
J : Alors qu’avez-vous fait ?
Ac : J’ai réfléchi
J : Vous m’en voyez ravie, et vers quelle décision vous ont conduit vos réflexions ?
Ac : J’ai décidé d’aller voir le curé de la paroisse pour lui demander de dire une messe et de l’enterrer dans le jardin du presbytère, et c’est tout
J : Monsieur Carat, cette explication est légèrement incomplète, vous êtes donc allé voir le curé, pouvez-vous me décrire comment cela s’est passé.
Ac : Bien volontiers, Madame la Juge, je suis allé le voir à l’église, cela tombait bien car il était justement en train de prier tout seul dans le chœur avec sa soutane et son air absent. J’ai attendu qu’il ait fini sa conversation avec Dieu, car je suis correct, Madame la Juge : quand j’ai vu qu’il était comme Don Camillo en pleine discussion avec le Seigneur, j’ai pensé qu’il ne fallait point que je l’interrompisse. J’ai donc attendu, j’ai même brûlé un cierge pour mon papillon, oui, je sais, je n’avais pas d’argent et je n’ai pas payé, mais le bon Dieu me pardonnera j’en suis sûr
J : Ca, vous lui demanderez plus tard, revenons-en aux faits et parlez-moi plutôt de cette conversation que vous vouliez avoir avec le prêtre
Ac : Hé bien, quand il s’est désagenouillé, je l’ai abordé en lui expliquant que je voulais donner une messe pour un mort. Il m’a demandé si c’était pour la personne que j’avais tuée il y a 20 ans et pour laquelle lui m’avait entendu en confession et vous, Madame le Juge, m’aviez interwievé et acquitté faute de preuve. Tandis que son avocat blémit, rougit en s’affaissant, prostré sur son siège, Monsieur Carat continue : Il m’a demandé donc si c’était pour cet homme ou pour ma mère que j’avais faite mourir de chagrin, et là, je reconnais, cela m’a énervé, je l’ai saisi par sa foutue soutane, je l’ai plaqué à terre et je lui ai conseillé d’implorer le bon dieu car je lui ai dit que je n’allais pas le rater s’il continuait à tergiverser au lieu de dire la messe que je lui demandais et que s’il continuait, il pourrait aller lui raconter tout ça direct au Seigneur, car je reconnais que par le plus parfait des hasards, j’avais une arme sur moi, que j’ai sortie, pour faire plus vrai.
Et c’est là que tout s’est gâté, Madame la Juge, comme il s’est mis à crier, moi aussi j’ai crié, encore plus fort, et j’ai dit que j’allais m’énerver s’il ne se comportait pas en bon chrétien. Je lui ai ordonné de dire cette messe, il n’a pas voulu, alors je lui ai donné un coup de crosse au front, ça saignait, c’était drôle, car ça faisait comme sur le christ crucifié où l’on voit un filet de sang. Cet énergumène a crié encore plus, alors là, cet idiot de bedaud est descendu de l’orgue où il s’entraînait à essayer de jouer juste, peine perdue à mon avis. Il a brandi une grosse croix en métal, en criant : « arrière Satan », mon sang n’a fait qu’un tour, je suis un honnête homme, et se faire traiter de Satan alors qu’on vient demander une messe pour le repos de l’âme d’un être cher, c’est tout de même un peu violent, alors justement, je suis devenu violent, je reconnais, je lui ai fichu une bonne claque, mais comme je tenais mon pistolet à la main droite et que je suis droitier, si vous me suivez Madame la Juge, vous comprendrez que j’ai été gêné pour lui donner une claque, qu’en fait un coup est parti et donc que ce coup est bel et bien parti malgré moi, en plein dans son oeil. Il s’est mis à beugler encore plus, il m’a asséné un coup avec la croix qu’il portait toujours, carrément méchamment, alors, là, entre nous, Madame le Juge, le 1er qui me sort le dicton « Gentil n’a qu’un œil », je lui dis que tout çà, c’est des menteries, cqfd. Et puis il s’est enfui et nous a enfermés le curé et moi dans l’église.
Le curé, il tremblait pire que moi et mes potes dans les geôles de la Santé, l’hiver 54. J’ai pensé : tant mieux, comme j’ai le curé pour moi tout seul, il ne va pas être dérangé et il va bien finir par me la dire, cette messe. Donc je me suis excusé pour cette interruption et lui ai refait ma demande. Va savoir pourquoi, il m’a dit oui, comme quoi parfois il suffit d’insister. Il est devenu tout gentil, il m’a même proposé en guise de cercueil un joli ballotin vide de chocolats qu’il venait de s’empiffrer, certainement sans même en proposer à son crétin de bedeau, les curés, vous savez, Madame le Juge, c’est pas forcément des chrétiens comme vous et moi, oui donc je disais que nous voilà en train de déposer délicatement le papillon dans le ballotin qu’il a gentiment garni d’une feuille de sopalin en guise de linceul et enfin, il a commencé à dire cette bon-dieu de messe.
Je me suis agenouillé et j’ai commencé à prier, mon révolver à la main et pointé sur le curé au cas où il changerait d’avis. J’ai prié pour le papillon, pour ma pauvre mère et j’ai commencé à pleurer, à pleurer, le curé s’est approché de moi pour me consoler, j’étais redevenu un tout petit enfant qui cherche les bras de sa mère, je me suis jeté dans les bras du curé et là, je pense qu’il y a eu méprise, donc erreur judiciaire, Madame le Juge : quand les gens du GIGN sont arrivés par la sachristie, sans qu’on les entende et qu’ils m’ont vu me précipiter vers le curé, mon arme à la main, ils n’ont pas cherché à comprendre et ils m’ont tiré dessus, et c’est pour ça, Madame la Juge, que vous êtes obligée de venir tenir cette audience de justice au purgatoire. Je compte bien que lorsque vous m’aurez innocenté en haut lieu, je serai accueilli par St Pierre au paradis.
Avec un grand fracas, l’avocat s’effondra sur le banc des accusés, victime d’une crise cardiaque et accessoirement victime du devoir.

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Andrée

Je vous assure, Monsieur le Juge je suis innocent
Innocent, innocent dis-je dans un murmure,
Je suis innocent

Innocent innocent,
je ne l’ai pas toujours été
quel drôle de parcours quand même que le mien

j’ai passé ma vie à aller de tricheries en tricheries
de petits larcins en petits larcins
de petits vols en petits vols
de petits mensonges en petits mensonges

tout ça juste pour le plaisir de tricher , de voler de mentir
juste pour le plaisir de braver les interdits de l’éducation
les interdits de la société, de contourner les règles
pour éprouver un sentiment de puissance, de liberté
pour me sentir plus fort que toutes ces contingences imposées
et cela marchait toujours
pas vu , pas pris

allez ,quelques exemples au passage
vols à l’étalage, oui
vols dans les rayons du supermarché, oui
vol dans le porte monnaie des parents
une pièce par ci, une pièce par-là, oui
tricherie à l’école, oui
un peu sous toutes ses formes
me faire porter pâle, zieuter l’écrit du voisin
quelques antisèches, oui, oui, oui
et toujours cette adrénaline, ce sentiment de force
qui donnait du piment et envie de continuer
et faire toujours plus
pas vu pas pris, tant pis pour eux

et puis, sans savoir pourquoi,le temps a passé
le jeu n’en était plus un, n’avait plus de saveur
et sans que j’y prenne garde, peu à peu,
me vint l’idée de la ligne droite, d’un certaine excellence
je n’avais plus rien à me prouver
j’étais capable de tout sans me faire prendre
le seul deal élevé au rang d’art qui me restait à vivre :
tout respecter, et briller dans l’excellence
comme j’avais brillé dans les ténèbres

alors voilà
le temps a passé
la vie a continué
la règle, l’ordre, la mesure ont pris les dessus
avec un goût, proche de la délectation

et me voilà confronté à l’absurde

aujourd’hui , Monsieur le Juge
non seulement je vous le dis, mais je vous le jure
je suis innocent, innocent,innocent
j’y comprends rien,
je suis la victime d’une machination, d’un complot
qu’est ce à dire, 23 valises pleines de drogue ?
tout cela pour un seul passager, c’est inimaginable
c’est une farce ,une bouffonnerie
mais que croyez vous Monsieur le Juge
je suis commandant de bord
j’ai des diplômes,j’avais tout vérifié
il n’y avait que 2 valises dans la soute à bagages

j’ai eu beau leur dire, là-bas à Saint Domingue
que je n’y étais pour rien
procès sommaire, prison dans des conditions dégradantes
alors j’ai dû fuir, non pas pour me soustraire à la justice
puisque je suis là devant vous
devant « la » justice de mon pays
alors vous devez me croire, Monsieur le Juge
je suis innocent
je vais me réveiller
ce doit être un mauvais rêve, un cauchemar,
un mauvais roman
vous allez diligenter une enquête, n’est-ce-pas ?
vous allez trouver « le » détail qui m’innocentera ?

interrogatoire terminé

retournant dans ma cellule je pense soudain
à cette soutane que j’ai vue furtivement rôder
sur le tarmac, autour de l’avion
je n’y avais pas prêté attention ce jour-là
rêve ou réalité ?
était-ce ma conscience qui me ramenait
à mon passé de petit délinquant
ou pièce à conviction de mon innocence ?

seule certitude : je ne sais plus où j’en suis

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Franck

C’est pas moi, c’est ma voiture

‐ Je vous assure, Monsieur le juge, je suis innocent, c’est ma voiture qui a tué la fillette.
‐ C’était bien vous qui étiez au volant de la voiture, n’est‐ce pas ?
‐ Oui, mais la voiture était en conduite automatique.
‐ Et vous n’avez rien pu faire pour empêcher cet accident ?
‐ Le temps que je réagisse, la voiture, tout en freinant, était déjà sur la fillette, je n’ai pas eu le
temps de reprendre le contrôle.
‐ Si vous aviez eu le contrôle du véhicule, qu’auriez‐vous fait ?
‐ J’aurais freiné et j’aurais essayé d’éviter l’homme qui venait de tomber sur la route.
‐ D’après le rapport, sur la voie d’en face arrivait un groupe de cyclistes, et sur le trottoir de
droite il y avait la fillette, et encore plus à droite des obstacles très durs, comment auriezvous
pu éviter un accident ?
‐ Par réflexe, mais je ne sais pas trop dans quelle direction je serais allé.
‐ Comme il s’agit du premier accident mortel impliquant une voiture en conduite automatique,
une expertise approfondie a été mandatée. Monsieur l’expert, pouvez‐vous nous faire un
résumé de votre volumineux rapport ?
‐ Je tiens à signaler que c’est le résultat de toute une équipe du bureau d’étude.
‐ Oui, oui, nous vous écoutons.
‐ Monsieur le juge, je voudrais d’abord rappeler le nombre d’accidents exceptionnellement
faible des véhicules en conduite automatique et, en cas d’accident dans les rares cas où c’est
inéluctable, les faibles blessures occasionnées aux humains.
‐ Monsieur l’expert, allez aux faits sur le cas présent.
‐ Oui, oui. Les véhicules sont programmés pour éviter en priorité les dommages aux humains,
ou pour les réduire au minimum, et dans les circonstances exceptionnelles comme ici où
l’impact avec des humains est inévitable, réduire le nombre d’humains impactés.
‐ Si je comprends bien, le véhicule a évité le groupe de cyclistes car il y aurait eu de
nombreuses victimes, mais pourquoi a‐t‐il choisi la fillette au lieu de l’homme tombé sur la
chaussée ?
‐ C’est là le cas le plus délicat. Il y a un algorithme éthique permettant de prioriser les
individus. Ici, le conducteur avait d’abord choisi en priorité sa sécurité, puis dans l’ordre
décroissant les femmes enceintes, les enfants, puis les personnes des plus jeunes aux plus
âgées.
‐ Monsieur le conducteur, sont-ce bien là vos choix ?
‐ Oui Monsieur le juge.
‐ Monsieur l’expert, par rapport à ces choix, pouvez‐vous alors nous expliquer pourquoi la
voiture s’est malgré tout dirigée vers la fillette ?
‐ A l’analyse de la boîte noire, il en ressort que l’homme a été confondu avec une femme
enceinte. Il faut dire qu’il portait une soutane de prêtre et était un peu bedonnant.
‐ D’après le rapport des gendarmes, il allait à une répétition d’un spectacle comportant des
prêtres, précisa le juge. Y aurait‐il un défaut dans les systèmes d’identification des personnes
du véhicule ?
‐ Tous les systèmes du véhicule étaient opérationnels, et lorsque nous avons visionné les
vidéos enregistrées par les caméras du véhicule, il est vrai que nous avons reconnu une
soutane de prêtre de par notre culture, mais l’algorithme l’a classé en robe et a par
conséquent déterminé le sexe féminin, et le ventre proéminent sans des fesses enrobées a
conduit l’algorithme à identifier une femme enceinte.
‐ Bon, continuons. Est‐ce que la voiture aurait pu éviter le décès de la fillette ?
‐ Bien entendu, les algorithmes ont choisi la manoeuvre ayant le plus faible pourcentage de
décès. La voiture ne s’est pas complètement engagée sur le côté, et a roulé sur les jambes de
l’homme tombé sur la chaussée, pour laisser la possibilité à la fillette de se jeter sur le côté
droit, mais malheureusement elle n’a pas eu ce réflexe. A noter que le véhicule a réduit son
freinage sur la roue gauche lorsqu’elle était sur les jambes de l’homme afin d’en limiter les
blessures.
‐ Et si le conducteur n’avait pas privilégié sa sécurité pour l’algorithme éthique, est‐ce que le
résultat eût été meilleur ?
‐ Peut‐être. La boîte noire a stocké tous les scénarios analysés par le véhicule. En effet, si la
sécurité du conducteur venait après celles des enfants, le véhicule aurait tenté une
manoeuvre le projetant contre le mur tout à droite. toutefois ses calculs indiquaient un
risque élevé de rebondir contre le mur avec un risque important de faucher la fillette, et un
risque modéré concernant l’homme, et des risques de blessures très importantes pour le
conducteur lié à l’impact frontal contre le mur. De plus, le risque de tonneaux était assez
fort.
‐ Si je reformule, il y aurait eu d’avantage de blessés graves, mais la fillette ne serait pas
morte ?
‐ Ce n’est pas si simple Monsieur le juge, le calcul de risque aide à la décision, mais il est
impossible au véhicule de prédire exactement le comportement de l’impact, à cause de
paramètres impossibles à déterminer à 100% comme l’adhérence au sol et la capacité
d’absorption par le mur de l’énergie du choc. De plus, si la voiture arrivait en tonneau sur la
fillette, elle serait probablement décédée.
‐ Mais confirmez‐vous que le véhicule aurait choisi cette manoeuvre car cela aurait réduit les
risques de décès de la fillette ?
‐ Oui Monsieur le juge.
‐ Monsieur le conducteur, que pensez‐vous de cet aspect ?
‐ C’est‐à‐dire Monsieur le juge ?
‐ Auriez‐vous préféré être gravement blessé mais la fillette en vie ?
‐ Heu… formulé de la sorte, oui Monsieur le juge.
‐ Effectueriez‐vous une autre priorisation sur l’algorithme éthique du véhicule ?
‐ Oui, car je dors mal depuis cet accident. Même si l’expert indique que cela n’aurait peut‐être
pas suffi à sauver la fille, elle aurait eu un peu plus de chance.
‐ Monsieur l’expert, connaissez‐vous les choix habituels effectués par les conducteurs ?
‐ La grande majorité des conducteurs choisissent leur sécurité d’abord.
‐ Ce choix ne conduit pas nécessairement à sauver le plus de vies, pourquoi est‐il donc proposé
par les constructeurs ?
‐ Qui achèterait un véhicule sachant que la vie des occupants du véhicule n’est pas prioritaire
en cas d’accident ? Si un constructeur enlevait ce choix, il vendrait beaucoup moins de
véhicules que ses concurrents permettant ce choix.
‐ N’y a‐t‐il pas un algorithme éthique commun à tous ?
‐ Non Monsieur le juge, les gouvernements n’ont pas encore légiféré à ce sujet. Il s’agit d’un
débat compliqué dont je ne suis pas un expert. Les choix effectués par les millions de
conducteurs permettent notamment de fournir des éléments.
‐ Mais l’égoïsme ne risque‐t‐il pas de l’emporter sur l’intérêt général ?
‐ Rappelons Monsieur le juge qu’il s’agit du premier cas d’accidents mortels lié à la conduite
automatique. Nous venons de voir que l’avis du conducteur impliqué dans l’accident a
changé suite à ce cas.
‐ En effet ! Avec votre avis d’expert, que se serait‐il passé si le conducteur conduisait le
véhicule ?
‐ Par réflexe, il aurait probablement donné un coup de volant vers la gauche, provoquant de
nombreux morts parmi les cyclistes. Dans ces moments‐là, l’humain n’a pas le temps de
réfléchir aux conséquences, il s’agit de réflexe de survie du conducteur et d’empathie par
rapport à un autre humain. En aucun cas il n’aurait foncé vers le mur, et les cyclistes
provoquent moins d’empathie instinctive car ils apparaissent moins humains pour le cerveau
sur leurs vélos.
‐ Nous vous remercions pour votre expertise. Quant à vous Monsieur le conducteur, le
tribunal n’a rien à vous reprocher, vos choix étant légaux.

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Gisèle

« Je vous assure, Monsieur le Juge, je suis innocent »
A ces mots, prononcés d’une voix tranquille et avec un accent de vérité, toute la salle éclata de rire.
« Silence ! Ou je fais évacuer la salle, s’écria le juge en martelant son bureau. »
Le prévenu, un homme dans la force de l’âge mais avec un je ne sais quoi de juvénile dans le regard et dans l’attitude, se retourna vers l’assistance et la fixa d’un air étonné. Tout lui en dénotait l’homme respectable, sympathique, d’un abord agréable et à qui on brûlait de faire confiance….Bref, le contraire d’un escroc !
Le juge, agacé, remua la liasse accumulée sur son bureau et la désignant :
« Ce n’est pourtant pas du tout l’avis de la cinquantaine de vos victimes qui vous ont formellement reconnu. Nous allons résumer l’affaire Raoul Dupré celle qui nous intéresse aujourd’hui.
Vous vous nommez Victor Lespilliers, né à Lille, le 29 juin 1965 de Jean et Marie Desgardin, actuellement décédés. Après des études brillantes au collège, vous décidez d’entrer au Petit Séminaire, que vous abandonnez très vite : apparemment vous n’avez pas le goût de la soutane ! Je me trompe ?
Il s’ensuit des études chaotiques. Au retour dans votre foyer, vos parents vous ayant coupé les vivres, vous vivez d’expédients puis d’escroqueries. Votre intelligence supérieure vous permet de concocter vos machinations et de prendre au piège vos victimes. »
Victor se dressa sur son siège :
« Ah ! Pardon, Monsieur Le Juge, je ne vous permets pas ! »
« Silence ! Ou j’ajoute à la liste de vos méfaits, celui d’outrage à magistrat ! »
« Vous rencontrez enfin Raoul Dupré, curé de La Chosal en Valentinois. Celui-ci vous connait bien, puisqu’il vous a eu comme élève au Petit Séminaire. Ou plutôt vous connait très mal !
Huissier ! Faites entrer le premier témoin : Le Révérend Raoul Dupré. »
La porte s’ouvrit : Le curé Dupré, un homme âgé, souffreteux, s’avança péniblement, au rythme de sa canne.
-« Mon Père, reconnaissez-vous, en la personne du prévenu, Victor Lespilliers, l’homme qui vous a soutiré la quasi-totalité de vos économies ?
En effet, c’est bien mon ancien élève, que j’ai reçu avec joie, dans la soirée du 20 avril dernier. Il m’a proposé une affaire éblouissante, qui m’a donné beaucoup à rêver : acheter un terrain sur la planète Mars… »
Le prétoire s’agita, les têtes se penchaient l’une vers l’autre, des rires étouffés se faisaient entendre, même les assesseurs ne pouvaient dissimuler leur sourire.
-«Pardonnez-moi, mon Père, mais vous vous êtes montré de la dernière naïveté : un terrain sur Mars ! Pourquoi pas dans la Nébuleuse d’Orion ? »
Le vieil homme s’agita :
« J’ai vu le titre de propriété, signé du gouvernement des Etats-Unis, accordant à Victor ce terrain situé dans Valles Marineris, un canyon de 4000 kilomètres de longueur, situé sur l’équateur. Un endroit idéal, avec de la glace, donc de l’eau et à une altitude raisonnable. L’endroit, assez plat, peut garantir un « amarsissage » en douceur.
-« Et le voyage ? Avez-vous pensé au voyage ? Le président s’étranglait de colère.
-« Certainement, Victor m’a bien renseigné : entre 55000 et 400000 km suivant le mouvement des planètes, soit 7 à 11 mois de trajet pour l’aller simple. C’est long et il est vrai qu’il faudra apprendre à s’ennuyer ou à méditer en regardant le vide sidéral, par le hublot…
-« Encore une autre question, mon Père, vous avez un certain âge : ne craignez-vous pas de profiter bien peu de votre acquisition ?
-« C’est là, en effet, que le bât blesse : les 100000 euros que j’ai déboursés pour ce terrain, étaient destinés à mon jeune neveu, mon unique héritier. Je pensais lui être agréable par cet achat extraordinaire dont il aurait pu profiter pleinement ! Par malheur, il s’est montré très peu enthousiaste et s’est empressé de déposer une plainte à la gendarmerie pour escroquerie. Cela m’a désolé, je pensais être à la pointe du progrès : dans trente ans, ces voyages intersidéraux vont devenir la norme. Bien entendu, je ne serai plus là, mais les étoiles à notre portée, quel rêve magnifique…
Le président ajouta :
-« C’est à ce moment que le prévenu a disparu, sans laisser d’adresse, les 100000 euros envolés. Nous l’avons localisé grâce à son portable, mais il a eu le temps de faire d’autres victimes pour lesquelles il sera jugé ultérieurement.
Victor Lespilliers, qu’avez-vous à dire pour votre défense ?
-«Monsieur Le Juge, je répète que je suis innocent. La preuve, je n’ai pas voulu d’avocat pour ma défense. J’estime, en effet, faire œuvre de salut public en apportant à mes concitoyens une large part de rêve dans un monde aussi pragmatique et borné. Nous voici près de quitter GaÏa, notre terre, et à prendre la direction des étoiles, n’est-ce pas merveilleux ?
-« A condition de ne pas dépouiller vos victimes. Pouvez-vous rendre la somme volée ?
Le prévenu baissa la tête. Le président consulta à voix basse ses deux assesseurs.
-« Voici notre jugement.
Victor Lespilliers, selon l’article 20, alinéa 40, du Code Pénal, pour avoir obtenu, frauduleusement du Révérend Dupré, la somme de 100000 euros, la cour vous condamne à trois ans de prison ferme et à 100000 euros d’amende.
Huissier, affaire suivante. »
Encadré par deux gendarmes, Victor suivit son destin.

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Hélène

AMNESIE COLLECTIVE OU HISTOIRE D’UN MONDE QUI NE SAIT PLUS QUI EST
PAPA NOEL

-Je vous assure, Monsieur le Juge, je suis innocent….. j’ai juste obéi aux ordres…
-Les ordres ? MAIS QUELS ORDRES ? Et qui vous a donné l’ordre de rentrer comme
ça chez les gens, par effraction ? Les SS du grand Reich aussi ne faisaient qu’obéir aux
ordres pendant la seconde guerre mondiale !
-Mais j’ai toujours fait comme ça…c’est des ordres de là-haut, de Dieu ou de son grand
vizir, allez savoir comment ils s’organisent les chefs… si vous me laissez le temps, je
peux me renseigner pour savoir exactement qui dirige les opérations…
-Ecoutez, Monsieur, je trouve cette histoire invraisemblable…et si en plus vous vous
justifiez en incriminant des puissances de l’au-delà, on ne va pas s’en sortir. Je rappelle
à tous les faits qui ont amené ce monsieur au tribunal : la nuit du 24 décembre, vous
avez été arrêté alors que vous tentiez de pénétrer chez Mr Boudu, en passant par sa
cheminée. Nous avons trouvé avec vous, dans un énorme sac, une quantité très
importante de marchandises, de provenance douteuse, en particulier des jouets pour
enfants, ce qui a amené les enquêteurs à penser à un trafic de jouets fabriqués en
Chine…et pour couronner le tout…
-Mais puisque je vous dis que je distribuais ces jouets aux enfants…pour leur faire
plaisir…
-TAISEZ-VOUS ! N’aggravez pas votre cas ! Car si je tiens compte de ce que je viens
d’entendre, je pourrais ajouter un chef d’accusation supplémentaire, celui de
détournement de mineur !
…et donc, disais-je, pour couronner le tout, vous portiez une tenue très spéciale, je cite
le rapport de l’inspecteur Dupont : « un genre de soutane de prêtre, de couleur rouge
sang, ainsi qu’un bonnet de nuit ridicule de la même couleur ». J’ajoute que vous vous
promeniez cette nuit-là avec 6 spécimens d’animaux dont la vente est interdite en
France, car c’est une espèce en voie de disparition…il s’agit selon l’expert diligenté pour
cette affaire de Rangifer tarandus, un genre de caribou apparemment.
L’ensemble de ces faits, messieurs les jurés, messieurs les avocats, nous permet donc
de porter les chefs d’accusation suivants à l’égard de Monsieur Nicolas Claus :
tentatives multiples d’effraction, outrage aux bonnes mœurs, trafic illégal de
marchandises non déclarées, et trafic illicite d’animaux…La parole est maintenant à
l’avocat de la défense, monsieur Gerbier.
-Monsieur le Juge, messieurs les jurés… il faut revenir aux faits, et rien qu’aux faits,
pour comprendre que tout ceci n’est qu’une malheureuse méprise ; Monsieur Claus,
mon client, exerce le métier d’intermittent du spectacle. Ce soir-là, Monsieur Claus
répétait sa pièce avec le célèbre metteur en scène Bob Rollings ; chacun sait que cet
artiste crée des pièces de théâtre inoubliables…et très originales, puisque chaque
représentation a lieu non pas dans un théâtre, comme on pourrait s’y attendre, mais
dans un endroit choisi par Mr Rollings. Et ce soir-là il faisait répéter mon client sur les
toits d’un immeuble, pour les besoins de sa pièce ! Voilà, tout s’explique et tout est bien
qui finit bien !
-Avez-vous des preuves de ce que vous avancez, Monsieur Gerbier ? Des témoins ?
-Euh, Votre Honneur, mon cabinet recherche activement Mr Rollings qui semble être
très occupé en ce moment…
-Blablabla…Nous perdons notre temps, Monsieur. J’ai bien peur que vous ayez inventé
toute cette histoire dans le but de protéger votre client…Ah, un instant, on m’amène une
pièce à conviction à ajouter au dossier…il s’agit d’une lettre qu’on a retrouvée dans les
chaussures du fils de Monsieur Boudu. Je ne sais pas si c’est important, mais les
chaussures en question se trouvaient devant la cheminée – cheminée, je le rappelle, par
laquelle l’accusé tentait de s’introduire- Donc nous pouvons émettre l’hypothèse que ce
message vous était destiné, monsieur Claus ? Voyons ce qu’il contient :
« Petit Papa Noël,
C’est la belle nuit de Noël,
La neige étend son manteau blanc… »
-Ah ah ah !!! Ce message a beau être codé, nous comprenons parfaitement de quoi il
s’agit…la neige blanche, chacun le sait, n’est autre que le nom donné par les malfrats à
la cocaïne ! Vous appartenez à un réseau de trafic de drogue ! Votre cas est grave,
monsieur Claus, très grave !
-Mais non, monsieur le juge, c’est juste une chanson populaire de Tino…
-En plus, vous avez des complices ! Votre peine s’aggrave d’heure en heure ! Voyons si
la suite de ce message nous donne d’autres détails sur ce trafic illicite :
« Quand tu descendras du ciel,
Avec des jouets par milliers,
N’oublie pas mon petit soulier… »
D’après ce message, il me semble clair, messieurs les jurés, que Monsieur Claus
possédait un engin aérien qui lui facilitait la tâche pour ses trafics en tous genres.
-Eh ben oui, j’ai mes rennes, ils m’emmènent où je veux…c’est loin le Pôle Nord…
-Cela suffit monsieur Claus, cessez votre petit jeu… la séance est close. Messieurs les
jurés vous pouvez vous retirer pour délibérer. Je vous demande de faire preuve de la
plus grande sévérité à l’égard de cet homme. Et comme dit si bien le proverbe :
« Noel au balcon,
Pâques aux tisons. »
Et j’ajouterai : « Monsieur Claus en prison. Pour de bon. »
Le juge se lève et octroie l’audience d’un sourire satisfait ; Nicolas Claus, menottes aux
mains, est emmené par les gendarmes dans l’arrière-salle ; l’avocat Gerbier, tête
baissée, regarde ses pieds pour se donner une contenance. Il fourre ses mains dans
ses poches et y trouve un petit grelot qui tinte tristement. Il se dit qu’il a encore une fois
raté sa plaidoirie. Dehors, il neige, ça sent bon le vin chaud et les marrons grillés, les
guirlandes décorent joliment les rues… mais le Père Noël se fiche pas mal de tout cela.
Il est vraiment dans la panade. Il a les boules et se sent le cœur glacé…cette année, la
nuit de Noël a été semée d’embûches pour lui…retrouvera- il un jour son petit igloo de
Laponie ?
FIN

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Martine

_ Je vous assure, Monsieur le Juge, je suis innocent
_ En flagrant délit de vol dans la sacristie
La soutane de notre curé entre les mains
Les cheveux en épis, le visage noir de suie,
Vous me semblez coupable, c’est plus que certain !
_ Monsieur le Juge, on m’accuse d’avoir la main leste
Surtout ne prenez pas les faits au pied levé.
La main sur le cœur je puis bien vous assurer
Que les gendarmes ont mal interprété mon geste.
_ Pourtant la maréchaussée a bon pied, bon œil
Et ils vous ont vu jeter en un tour de main
La chasuble du curé au fond du cercueil
Du malheureux Amédée mort hier matin.
_ Je voulais pour Halloween en prêtre me grimer
Et traverser le quartier comme une ombre.
Me voici présent mains liées, boulet au pied
Hélas, je me vois déjà un pied dans la tombe.
_ Comme faute avouée est à moitié pardonnée
Je vous condamne sans avoir la main trop lourde
A prêter main forte à notre pauvre curé
Et à le seconder sans faire trop de bourdes.
_ Monsieur le Juge, vous m’avez en un tour de main
Pardonné et enfin mis dans le droit chemin
Moi qui suis depuis toujours bête comme mes pieds
Je me sens enfin devenir quelqu’un de bien.
Moralité : Juge et Accusé peuvent parfois se serrer la main.

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Corinne :

– Je vous assure, Monsieur le juge, je suis innocente. C’est ce diable, ce serpent qui m’a suggéré de faire ça.

– Mais enfin, tu les as bien volées ces pommes…

– Je n’ai rien volé, j’ai craqué, j’ai croqué, j’ai goûté pour voir s’il disait vrai, c’est mal Monsieur le juge… ?

– Poursuis, je t’écoute…

– Comme je vous disais c’est ce serpent… il a enfilé une soutane de prêtre et m’a raconté des sornettes avec sa voix cajoleuse : « regardez–vous ma fille, vous êtes affamée, limite de perdre connaissance, voyez autour de vous ce verger abondant rempli de pommiers, de pêchers… cueillez ma fille, cueillez le fruit qu’il vous plaît de déguster… »

J’ai été trop bonne poire, il m’a fait avaler des couleuvres et je n’ai rien vu venir… !

– Bien bien… est-ce qu’il y a un témoin de ce que tu allègues ?

– Oui, mon mari… mais il n’est pas à mes côtés, depuis sa chute il a du mal à grimper les côtes et ça grimpe pour venir par là–haut et puis on n’a plus la cote alors on ne vient plus trop traîner nos guêtres par ici. Depuis cette histoire les frères Denne nous on fermé la porte de leur jardin et c’est ceinture pour les fruits, maintenant on n’a plus que les pépins, c’est bien quand il pleut mais c’est un peu bref. Je vous le dis, on a été chassé comme des malpropres, heureusement Vanessa Paradis nous a appelé Joe, le taxi pour descendre dans la vallée, la terre était basse après notre beuverie au calva. Voyez–vous, après avoir été chassés du jardin des Denne on a pas supporté le regard des autres, on a été mis à nu vous comprenez… alors on s’est pintés au calva, les frères distillent leurs pommes et ils ne supportent pas qu’on vienne marcher sur leurs plates–bandes, quand on a commencé à faire de l’alcool de contrebande, ça ne leur a pas plu !

– C’est pour ça que tu as croqué la pomme, pour tester une nouvelle saveur pour votre petit commerce ?

– Le ver était dans le fruit et le fruit de nos entrailles était dans le verre, enfin… voyez ce que je veux dire…

– Je vois surtout que la coupe est pleine et que tu es pleine comme une huître…, heu… une outre.

– C’est une perle, greffier, vous notez… ça vaut son pesant de cacahuètes, un juge qui s’emmêle les marteaux, les pinceaux je veux dire. Excusez, c’est Thor qui me chuchote des âneries.

– Parce qu’en plus tu entends des voix… ?!?

– L’avoine du seigneur sont impénétrables… ah non, je me trompe, c’est avec l’orge qu’on fait la bière…

Blong Blong (coups de marteau)

– Silence dans la salle !! S’il vous plaît, revenons à nos moutons des Pyrénées. Panurge, le berger, ne t’a pas dit que Michel et France du Pays de Galles s’étaient rencontré grâce à Blablacar… ?

– Panurge… … c’est pas celui qui dit tout le temps « c’est biêêêêên, c’est mâââââl… ? »

– Oui, c’est cela… le pauvre il est aveugle mais ce n’est pas le sujet… alors Michel et France, ils ont croqué la pomme ?

– Oui, c’était dans Gala, il y avait aussi un article sur la reine des Rainettes et des photos de la fête à la grenouille… Mon mari, Adam, lui, quand il a croqué la pomme d’amour, il a eu mal aux dents, il y avait un bout de verre dedans.

Une voix impatiente s’immisca dans la conversation :

– C’était le verre à dents !! Ou le vert Adam, je sais plus…

– Très bien puisque vous voulez vous exprimer, j’appelle à la barre le témoin suivant : G. Ovah. Dites–

nous tout ce que vous savez…

– Je ne les connais ni d’Eve ni dedans, dehors non plus d’ailleurs…

– Alors qu’est-ce que vous faites là ?

– je les surveille… je les mate quand ils vont se baigner tout nus dans le Lac Onessence. Je leur pique leurs feuilles de vigne pour aller les farcir et me faire un bon gueuleton… le tout arrosé d’un bon calva bien sûr… on appelle ça un cal’ver parce que c’est lourd à digérer.

– Arhhh, vous aussi vous êtes tombé dans le tonneau des Danaïdes avec Obélix !!

– … ???…

– Toute cette histoire ne me paraît pas très catholique mais bien alambiquée.

Je commence à avoir l’esprit embrouillé alors je crois que je vais rendre mon verdict :

Eve, lève–toi ! Ton avocat Giulipietri m’a fourni suffisamment de preuves de ton innocence, je viens de les recevoir par le Saint-esprit Express. Comme pénitence, tu me feras 3 salutations au soleil et chanteras 5 Petit Papa Noël ! Allez en paix.

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Johanna :

  • « Je vous assure, Monsieur le Juge, je suis innocent, toute cette affaire est fondée sur un malentendu dit l’inculpé à voix basse, parlant dans sa barbe. « 
  • Le Juge annonce au micro à l’assemblée : « L’enquête révèle après 2 semaines d’investigation les éléments de preuve suivants : ont été retrouvés sur le lieu du crime une soutane de prêtre, un disque de Pavarotti, une partition, un pendentif, un recueil de poèmes. Ici présent Père Jacques Toubon, prêtre de la paroisse Ste Marguerite depuis 1997. Né le 18 Decembre 1967, musicien et compositeur, chef de choeur de la chorale de la paroisse, travaillant ces derniers mois sur l’oeuvre musicale de Pavarotti.

Monsieur connaissait bien la victime, Madame Chengen, née le 10 Février 1980, impliquée dans la vie paroissiale. Elle faisait partie de la chorale. Père Jacques Toubon lui avait proposé un rôle de soliste pour lequel elle devait interpréter les poèmes d’Aragon de sa voix d’Alto.

Les enquêteurs ont retrouvé dans le secrétaire de Madame une lettre datant de Samedi, jour du crime, expliquant les raisons pourlesquelles elle refusait cet éloge et son départ précipité pour Londres où elle devait rejoindre son fils. A quelques jours du concert prévu en l’église Sainte-Marguerite, Monsieur n’a pu gérer sa déception de se séparer de cette femme à la voix charmeuse et enivrante, sa frustration quant à son « oeuvre » qui n’aboutirait pas comme il l’avait imaginé, décision de madame vécue comme une trahison par monsieur. Le Père Jacques Toubon a cédé à la panique, au désarroi et a commis ce passage à l’acte : mettre le feu à l’église pendant le temps de répétition de la chorale, en prenant le soin de fermer toutes les issues. Madame Chengen aurait dans un premier temps perdu connaissance. Asphyxiée Madame Chengen n’a pu être secourue à temps. Une lourde charge est retenue contre Père Jacques Toubon pour non-assistance à personne en danger et crime prémédité. La parole est laissée à Monsieur. Qu’avez-vous à apporter aujourd’hui, jour du jugement, pour votre défense ? Nous vous écoutons.  »

Les yeux embués, Jacques essaie de garder son calme et rétorque :

  •  » Comment Monsieur Le Juge aurais-je pu commettre un tel acte si éloigné de mes valeurs chrétiennes ? Je ne pourrais me passer de musique, je souhaite faire connaitre à toutes générations confondues ce message de liberté et de paix qu’elle engendre chez moi. Madame Chengen savait majestueusement interpréter les chants de sa voix d’Alto. J’en étais admiratif et l’incitais à s’inscrire à un concours de chant.

Je n’ai pas reçu sa lettre. Olivia Chengen est venue samedi répéter comme à son habitude et n’a jamais mentionné son départ. Elle a chanté aux côtés de Claude, notre bariton, soliste homme. Ce jour-là, Claude n‘avait des yeux que pour elle, il regardait peu en ma direction et avait en chantant un débit trop rapide. Etait-il nerveux, à trois jours du concert ? Était il destabilisé par cette femme ?

Claude vient de finir sa prêtrise. Il vient de fêter son ordination. A cette occasion, je lui ai offert un pendentif, une croix en bois. Pièce à conviction que vous ne mentionnez pas monsieur le juge dans le déroulement des faits. Ce même pendentif a été retrouvé autour du cou de la victime. J’ajouterai un autre détail, ce samedi 18 Decembre, les choristes ont voulu me faire une surprise pour mon anniversaire, ils m’ont enlevé ma soutane et m’ont déguisé en Pavarotti. Ils ont mis le disque et nous avons chanté sur « Ave Maria ».

Sachez monsieur le Juge que mes amis choristes m’ont demandé de sortir de l’église. Ils devaient allumer les bougies sur le gateau d’anniversaire. J’ai entendu des cris, me suis alors précipité sur la porte que je ne pouvais ouvrir, les clés étant restées dans ma soutane. J’ai grimpé sur le toit essayant de pénétrer par un autre endroit. Il était déjà trop tard. L’incendie prenait de l’ampleur, je me sentais si impuissant …  » Claude met sa tête dans ses mains et essaie de retrouver ses esprits. Il est à la limite de tomber dans les pommes tant l’émotion le submerge ! Il revoit se dérouler la soirée, cherche à s’agripper à quelques souvenirs qui feraient obstacle à son inculpation, en vain.

  •  » Vous disiez, je me sentais si impuissant … souhaitez-vous poursuivre ?  » dit le Juge avec une pointe d’empathie dans sa voix.

Un jeune homme s’avance :

  •  » Il aimait ma mère, et cet amour a provoqué des jaloux au sein de sa communauté. Claude qui venait de s’engager dans la prêtrise n’a pu supporter la liaison secrète que Jacques entretenait avec Olivia. Il lui a fait comprendre en refusant son cadeau : le pendentif. Cette croix en bois devenait le symbole d’un amour non pas tourné vers Dieu mais tourné vers cette femme qu’était ma mère. C’est ce message que Claude a voulu faire entendre. Mais quand arrêterons-nous de croire que la vie amoureuse d’un prêtre est un scandale ? J’en ai marre de vivre caché ! Soumis à la loi du silence ! « 
  •  » La vérité sort de la bouche des enfants monsieur le Juge, je suis son père et fier de l’être. Merci fiston. »

Mariage anglo-saxon (oct 2015)

Sujet :

Je ne suis pas une « femme sous influence », néanmoins j’ai encore la tête pleine du mariage de ma fille samedi dernier avec le fils d’Anne-Marie, membre de notre groupe 2014 2015. Aussi le mariage sera-t-il le point de départ de cette proposition :

Alors que le prêtre s’adressait à l’assemblée en prononçant les paroles suivantes : « Si quelqu’un a quelque raison que ce soit de s’opposer à cette union, qu’il parle maintenant, ou se taise à jamais », au fond de l’église quelqu’un se leva et et …..

….. et je vous propose de continuer l’histoire !!!! Mais afin de s’amuser un peu, je vous demande de « caser » dans votre texte les mots et expressions suivants :

– manger ses frites avec les doigts
– creuser sa tombe
– monter des blancs en neige
– ne rien trouver à se mettre
– passer l’éponge
– avoir un quart d’heure de retard
– s’en faire un monde
– jouer du piano debout
– piment d’Espelette
– poussière d’étoiles
– colle universelle
– trésors du sous-sol
– pâte à crêpes

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Jean :

Alors que le prêtre s’adressait à l’assemblée en prononçant les paroles suivantes : « Si quelqu’un a quelque raison que ce soit de s’opposer à cette union, qu’il parle maintenant, ou se taise à jamais », on entendit au fond de l’église quelqu’un se lever et …..
…crier : « Maman ! pipi ! »
Toute la noce éclata de rire. Les « pas encore mariés » se retournèrent vers l’auteur de cette phrase mémorable : c’était Riri le fils de la presque mariée. Il trottina vers sa maman en se tortillant ; elle fit le geste d’aller vers lui, mais la grand’mère se précipita et entraina Riri vers la porte de l’église.
Chacun reprit sa position, le sourire aux lèvres. Le prêtre crut utile de répéter sa formule : « …qu’il parle maintenant, ou se taise à jamais !»
On entendit alors un strident coup de frein et un hurlement atroce venant du parvis de l’église.
Les sourires se figèrent et chacun se tourna brusquement vers le portail de l’église resté ouvert. Des portes claquèrent, des pas pressés sur les dalles, et la mère de la mariée cria : « C’est un chat ! C’est un chat qui s’est fait écraser ! C’est bien triste ! Mais…reprenez la cérémonie ! Reprenez la cérémonie ! »
Les conversations bruissaient dans toute l’assistance, la mariée était devenue aussi blanche que sa robe et son compagnon la prit dans ses bras un instant pendant que le prêtre ramassait les papiers qu’il avait laissé échapper.
Il se racla la gorge et demanda plusieurs fois de se taire. Peu à peu le silence revint, un silence lourd et gêné.
« … qu’il parle maintenant ou se taise à jamais ! »
Chacun avait l’oreille aux aguets. Qu’allait-il encore se passer. On entendait les mouches bourdonner et…
…les cloches se mirent à carillonner à toute volée.
Un grand « Oh !c’est pas vrai ! » retentit dans les travées et les conversations, les exclamations reprirent de plus belle. Le prêtre se tourna vers le bedeau qui, cramoisi, tapotait avec acharnement sur sa télécommande qu’il avait manipulé inconsciemment pendant l’incident précédent. Sans succès. On entendit donc pendant cinq bonnes minutes le carillon annoncer un mariage qui n’avait pas encore eu lieu. L’énervement était à son comble ! Les garçons d’honneur essayaient de détendre l’ambiance mais ce n’était guère facile dans une église : pas question de sortir les trompettes en carton et les cotillons ! Le prêtre regardait sa montre. Il allait avoir un bon quart d’heure de retard. Or, on l’attendait à l’autre bout du canton pour l’enterrement d’un notable important qui devait rassembler toutes les autorités de la région dont notamment son évêque, lequel devait y prononcer un discours marquant.
Dès la fin du carillon il tapota nerveusement sur son micro pour rétablir le silence et décida de ne pas répéter sa formule provocatrice. « Puisque personne ne s’y oppose, je vais… »
« Attendez, s’exclama d’une voix sépulcrale un homme mal fagoté, comme s’il n’avait rien trouvé à se mettre, qui apparut par la porte de côté menant au presbytère ; « Attendez cette femme est ma femme et Riri est mon enfant ! »
La mariée s’effondra en larmes, son compagnon roulait des yeux exorbités et le brouhaha monta à son comble. Et de nouveau des freins crissèrent, des portes claquèrent et, surgissant du parvis et du presbytère, trois infirmiers musclés se précipitèrent sur l’homme en noir et l’emportèrent rapidement hors de l’église.
La mariée pleurait doucement. Son compagnon et le curé écoutaient les explications de son père : « C’est un ancien camarade de ma fille qui est devenu fou et interné ; il a dû s’échapper et il est venu ici faire du scandale ; c’est un malheureux ; il ne faut pas s’en faire un monde. Monsieur le curé, pouvons-nous en terminer rapidement, maintenant, je vous prie ? » « Espérons, mon fils, qu’il n’y ait pas d’autre incident. Je suis aussi pressé. Si vous le voulez bien nous nous contenterons d’une bénédiction ! »
Puis tout alla très vite. Dans un tohubohu qui allait grandissant, la mariée chancelante prononça un oui inaudible, son enfin mari acquiesça l’air ahuri et tout le monde quitta l’église dans une cohue indigne de la procession attendue.
Malgré tout, comme les émotions, ça creuse, le buffet qui attendait les convives fut pris d’assaut, Chacun creusait sa tombe avec ses dents, engloutissant les frites avec les doigts, déglutissant avidement les truffes et autres trésors du sous-sol, saupoudrant la pâte à crêpes de piment d’Espelette, se barbouillant de blancs en neige, et noyant toute cette mangeaille sous des flots de champagne frelaté. Passons l’éponge sur ces frasques festives. A la nuit tombée les plus résistants erraient encore sur la pelouse au son désaccordé d’un piano raccommodé avec de la colle universelle, qu’on avait traîné dehors, et sur lequel un musicien débutant jouait debout.
Puis une poussière d’étoiles tomba du ciel… sur le lit de Mimie qui se dressa échevelée et toute en sueur : c’était Samedi et aujourd’hui elle mariait sa fille !

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Mimie :

Alors que le prêtre s’adressait à l’assemblée en prononçant les paroles suivantes : « Si quelqu’un a quelque raison que ce soit de s’opposer à cette union, qu’il parle maintenant, ou se taise à jamais », au fond de l’église quelqu’un se leva et s’exprima en ces termes :

– Moi, Augustine Victorine DENAT-FAVRE, je m’oppose à cette union. Cet homme n’est que de la poussière d’étoiles, il brille peut-être devant nous tous, mais il est vide à l’intérieur ; sa fiancée s’est laissée éblouir par la sécurité qu’il paraissait lui offrir, mais il n’en est rien. Certes il est un excellent pâtissier, il sait monter des blancs en neige au fouet comme personne, sa pâte à crêpes est réputée à des kilomètres à la ronde, mais ses talents s’arrêtent là. L’avez-vous bien regardé, cet homme qui arrive à son mariage en ayant un quart d’heure de retard, qui creuse sa tombe avec ses dents tellement il s’empiffre à longueur de journée dans sa pâtisserie. Il ne sera d’aucun secours pour sa femme qui ne pourra jamais compter sur lui.

Je l’ai bien connu quand il n’était encore qu’un enfant, un sale chenapan qui mangeait ses frites avec les doigts et essuyait ensuite ses mains grasses, en faisant semblant de lui faire un câlin, sur la blouse de de sa pauvre mère ; laquelle ne trouvait plus rien à lui mettre tellement il se bagarrait, faisait les 400 coups dans le village et revenait les habits déchirés, les genoux en sang. Quand sa mère ravaudait une xième fois ses pantalons, il n’avait même pas de pitié pour elle et se moquait en lui disant : « Bah, t’as qu’à mettre de la colle universelle, de toute façon je reviendrai pareil demain ! »

Non, Berthe, vous ne pouvez pas épouser cet homme, vous vous en faites un monde, du futur, de l’avenir, parce que vous êtes orpheline, mais de là à épouser cet homme, non, il ne vous apportera jamais aucun soutien, vous n’avez pas besoin de lui, cherchez votre force en vous et pas dans autrui. Oui il joue du piano debout, et alors, c’est juste parce qu’il est trop petit. N’oubliez pas comment il a ruiné votre pauvre mère, vous voudriez maintenant passer l’éponge !! Non, Berthe, quand bien même je devrais manger toute une guirlande de piments d’Espelette sans pouvoir ni boire d’eau ni manger de pain après, je vous empêcherais de dire oui. Vous vouliez devenir géologue, découvrir les trésors du sous-sol dans le monde entier, hé bien, n’allez pas si loin : cherchez les trésors de cet homme, et vous verrez que j’ai raison, il n’a rien au fond de lui, il n’est fait que de vent, comme ses blancs en neige !!

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Gisèle

Alors que le prêtre s’adressait à l’assemblée en prononçant les paroles suivantes : « Si quelqu’un a quelque raison que ce soit de s’opposer à cette union, qu’il parle maintenant ou se taise à jamais, » on entendit, au fond de l’église, quelqu’un se lever et se diriger lentement vers l’autel…..
C’était une femme, entre deux âges, d’aspect négligé, tenant dans ses bras, un bébé de quelques mois. Elle s’avançait, les yeux baissés, attentive à ne pas secouer sa charge endormie. L’assistance, médusée, suivait sa progression. Tout au bout de l’allée centrale, Virginie Depierre, la future mariée, aussi blanche que sa robe, pailletée d’une poussière d’étoiles, fit entendre une plainte déchirante, se détourna, laissa tomber son bouquet et courut se réfugier dans la sacristie .
Quant à Thomas Duverney, le futur marié, très rouge, il balbutia « mais…mais. Je ne suis pas bigame…je ne t’ai pas épousée… »
« C’est pourtant tout comme », répondit la femme, en lui présentant son rejeton. Le curé acquiesça et tenta de parler alors que la foule se levait, indignée, dans un charivari de chaises renversées et d’exclamations véhémentes.
Saisissant alors son micro, le prêtre s’éclaircit la voix :
« Mes bien chers frères,
Mes bien chères sœurs,
Avec un retard d’un quart d’heure,
Nous allons tous en chœur,
Assister à une nouvelle union,
Si, toutefois, les deux nouvelles parties y consentent.»
Des exclamations fusèrent et tous les regards se tournèrent vers le futur marié.
-Il n’en est pas question ! s’écria Thomas. Cette femme est Léone Billet, ma cuisinière et cet enfant est le stratagème qu’elle a trouvé pour se faire épouser » !
Le silence se fit progressivement dans l’assemblée qui contemplait les épaules de Léone secouées de sanglots muets. Le bébé s’était réveillé et commençait à geindre. Des chuchotis couraient d’un siège à l’autre et de rangée en rangée, jusqu’au bout des bas-côtés.
« -Qué malheur, tout d’même, c’te Léone, une vraie couratière ! Pas d’ blanc à l’œil !
-C’est t’y pas la Léone au père Mathieu ? Celle qui mange ses frites avec ses doigts ?
-Ben oui, même que le docteur lui a dit, un jour, qu’elle creusait sa tombe avec ses dents !
-Elle s’en fait un monde de ce p’tiot ! Et la v’là à la rue maint’nant. C’est pas le Thomas qui va la garder, tu penses! Et quelle avoinée, elle va prendre !»
Une débandade s’ensuivit et la foule recula vers la sortie de l’église, toute à ses commentaires acides.
Le lendemain, dès l’aurore, le village était en ébullition. Les commères, au sortir du marché, rapprochaient leurs têtes pour se communiquer les derniers détails croustillants du scandale.
« Ben, la Virginie, elle va avoir du mal à passer l’éponge. Tu crois que le Thomas va avoir le culot de la redemander en mariage ?
-Hier soir, en gremaillant les noix, chez la Maria, je me suis laissé dire que oui, il espère toujours ! Mais que la Léone va nous quitter pour travailler à Billiat chez Legendre.
-Pour sûr, elle a vite retrouvé un boulot. Mais, ya pas à dire, c’est une très bonne cuisinière : le Thomas, s’il lui a gonflé le ventre, l’avait, lui aussi, grâce à elle, bien rebondi ! »
Une tempête de rires s’ensuivit.
« Même qu’elle monte les blancs en neige comme pas une ! En deux temps, trois mouvements ! Et j’te dis pas, sa pâte à crêpes : légère, mousseuse, un paradis !
-Moi, à la noce du Jeannot Delacroix, l’an passé, j’ai goûté son lapin au piment d’Espelette : à se lécher les doigts jusqu’au coude !
– ‘Coute voire, c’est pas à c’te noce, que le frère au Jeannot, saoul comme une barrique, a joué du piano debout, parce qu’on lui avait caché son tabouret ?
-Le même tabouret, enduit de colle universelle, où la Maria est restée collée, tu penses ! Les cris qu’elle poussait !
-Ben oui, même qu’au matin, on a retrouvé les mariés dans leur lit, et on leur a présenté le pot de chambre. Le Raymond, pas dessoulé, leur a crié « c’est pour y mettre vos trésors du sous-sol ! » Quelle rigolade ! On se tenait tous le ventre ! J’en ai pissé dans ma culotte !
-Comme j’te dis, c’était plus gai que la noce d’hier et le Thomas, quel emplâtre, aussi ! Il fera moins le fier. Vous savez pas ? Ben oui, le Cyprien, à son passage, lui a lâché les chiens : tu verrais son costume de marié !!!
Les commères se tordaient de rire et les enfants lançaient des épluchures sur les fenêtres du Thomas.
Quel séisme, mes amis ! Tout le canton en fit ses choux gras : le journal de la Tribune Républicaine ne manqua pas de relater ce scandale à la une.
La fin de l’histoire ? Le Thomas et la Virginie restèrent célibataires…

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Hélène

Alors que le prêtre s’adressait à l’assemblée en prononçant les paroles suivantes : « Si quelqu’un a quelque raison que ce soit de s’opposer à cette union, qu’il parle maintenant, ou se taise à jamais », on entendit au fond de l’église quelqu’un se lever et crier :

« OUI, MOI ! MOI ! »

Une jeune femme l’air tout à fait ordinaire s’est avancée devant l’autel, hurlant comme une folle.

« Je m’y oppose formellement ! Cet homme est déjà marié à mon amie d’enfance ! Anita, ma tendre et chère Anita ! Elle était tout pour moi, et tellement douée pour la musique ; elle aimait tant jouer du piano debout pendant que moi je chantais des airs d’opéras couchée…un duo improbable mais qui a connu de si grands succès dans le monde entier ! Anita, où es-tu maintenant ? Qu’avez-vous fait d’Anita, Mr Indigo ?»

J’ai pensé que c’était pas mal du tout, le petit jeu de l’amie éplorée…alors moi j’ai joué le rôle de l’homme offensé et fâché. Très fâché qu’on me prenne pour un imposteur.

« Mais Madame, vous êtes complètement folle ! Je ne vois pas de quoi vous parlez…Je n’ai jamais été marié à cette prétendue Anita…Anita comment au fait ? »

« Mademoiselle Anita Perrot ! Arrêtez de mentir devant tous ces gens et devant Dieu monsieur, et montrez-nous votre vrai visage, celui d’un homme qui veut devenir polygame ! »

J’allais répondre à cette pauvre fille un truc qui lui clouerait le bec quand j’ai entendu de gros sanglots qui venaient de ma droite ; c’étaient ceux d’une black plantureuse, la cinquantaine passée, déguisée pour l’occasion avec un tailleur et un chapeau grisâtres à fleurs jaunes. Elle maigrissait à vue d’œil à force de pleurer. Elle s’est approchée du prêtre et de ma future qui blêmissait.

Cet espèce de gros hippopotame fleuri s’est mis à bafouiller entre deux sanglots :

« Mon frère, n’écoutez pas ces mécréants ! C’est avec ma fille, ma gazelle si gracieuse, que cette espèce de vieux est déjà marié ! Il l’a épousée il y a deux ans à Djibouti ! Par Allah, je jure que c’est vrai ! Et ma princesse a disparu depuis qu’elle est mariée… elle adorait la mode, elle voulait ouvrir un magasin de couture à Paris… elle était tellement excitée de découvrir la France que le grand jour du départ elle ne trouvait rien à se mettre de correct, elle qui était si coquette, si gracieuse ! Le jour où elle m’a présenté ce type, j’ai senti tout de suite qu’il était louche! Je vous jure, je le reconnais, C’EST LUI ! Il l’a mise où ma fille, mon trésor ?

Et la grosse dondon s’est remise à pleurnicher… elle était dans tous ses états, son horrible chapeau tombait… moi j’avais de plus en plus chaud, le costume c’est pas trop mon truc, surtout l’été. A côté de moi, ma compagne était bouche bée, son bouquet de roses blanches commençait à faner, son maquillage coulait lamentablement. Le curé n’en menait pas large non plus. Dans l’église, la température et le brouhaha montaient de concert. J’aimais pas trop l’ambiance…il aurait fallu que je dise quelque chose mais j’avais tout oublié, ça devait être la chaleur qui ramollissait le cerveau. Tout à coup, une main m’a tapoté l’épaule ; je me suis retourné et j’ai aperçu une grande bringue d’une trentaine d’années, couverte comme un pot de miel alors qu’il faisait plus de trente degrés sous abri. Elle a empoigné le micro qui était devant le curé et nous a débité son discours pratiquement sans respirer :

«Bonjour mesdames et messieurs, je prends la parole car il y va de ma réputation de m’opposer à ce mariage ! Et la réalité est bien différente de ce que vous avez entendu, oh oui ! Il faut que vous sachiez tous que Mr Indigo s’est marié il y a deux ans, avec Ludmila Popov, une grande et belle femme, pas du tout à Djibouti mais dans la chapelle de sa résidence à Fontainebleau ! J’étais déjà au service de Mr Indigo à cette époque, et j’ai tout vu ! Ludmila était une femme rousse très très belle. Un peu maniérée –elle n’était pas le genre à manger ses frites avec les doigts si vous voyez ce que je veux dire -mais très aimable avec le personnel. Et puis elle adorait les gourmandises ; un jour, je me souviens, elle s’ennuyait au manoir ; alors elle m’a demandé si elle pouvait se mettre aux fourneaux ; elle m’a dit «j’ai une fooooolle envie de crêpes » ; franchement, je ne veux pas être vexante mais elle ne savait vraiment rien faire de ses dix doigts…même pas une pâte à crêpes ! Elle avait monté des blancs en neige et ajouté du piment d’Espelette pour préparer la pâte ! C’était une dame vraiment gentille, elle m’aimait bien je crois, il nous arrivait d’avoir des conversations un peu intimes entre nous…Un matin, alors qu’il était en voyage, elle m’a avoué qu’elle avait trouvé le trousseau de clefs de son mari et qu’elle avait découvert « des trésors du sous sol au grenier » mais aussi « des choses horribles » et qu’elle craignait pour sa vie …»

Alors là j’ai feint la grande surprise, et j’ai tout de suite réagi. J’ai arraché le micro des mains de cette prétendue bonniche et j’ai clamé mon innocence.

« Mais qu’est-ce que c’est que cet espèce de procès qu’on me fait depuis le début? On n’est plus dans une église mais dans un tribunal ! Mon père, réagissez, faites quelque chose ! »

Le curé n’en pouvait plus ; il en avait perdu son latin depuis longtemps… déjà en temps normal, quand il n’apprenait pas par cœur son laïus, cet homme avait une fâcheuse tendance à bégayer, ce qui est un handicap pour exercer son métier… mais à ce moment-là de l’intrigue, seuls des sons totalement inintelligibles sortaient de sa bouche. J’ai pris les devants et ordonné aux enfants de chœur de faire sortir la bonne, mais ces braves gosses n’osaient pas.

C’est alors qu’on a entendu quelqu’un aboyer du fond de l’église :

«Ah non excusez-moi Rébecca n’était pas du tout comme vous dites ! »

J’ai vaguement distingué la silhouette d’une bonne femme –encore une, décidément !– elle était tellement petite qu’elle était noyée dans l’assistance, comme un petit canard surnageant dans une baignoire.

« Elle était brune et myope comme une chouette, et puis elle était plus petite que moi…toujours très simple, mais affable, et puis c’était une sacrée bosseuse ! ! »

Sa voix grave résonnait dans toute l’église, c’était étonnant, cette grosse voix qui sortait d’un corps aussi petit. Je me suis dit que je n’aurais jamais épousé sa collègue dans la vraie vie, avec le portrait qu’elle en faisait…

« Elle a rencontré cet homme sur Meetic –elle m’a désigné du doigt – j’ai vu au moins trente mille photos de lui sur l’ordi de Rébecca, je le reconnais ! En plus j’ai été le témoin de leur mariage, il y a un an environ, à l’église Notre-Dame !»

« Monsieur, ca…ca….calmez-vous ! Nous za…za…zaaaallons continuer la ssssssérémo..mo…nie ! Où sont les…les…les zaa..les zalliances ? »

Tiens ! Voilà le curé qui se réveille! Moi qui croyais que son liquide céphalo-rachidien avait surchauffé avec la canicule… mais manque de bol pour lui, il était un peu à côté de la plaque… la copine-collègue ne se laissait pas démonter et a continué :

« Avec Rébecca nous avions réussi à fabriquer une colle universelle, les derniers tests étaient très concluants, on allait passer à l’étape industrielle… notre produit permettait même de recoller les morceaux des ménages en difficulté. Mais depuis quinze jours je … »

Les conversations animées de l’assemblée ont couvert la fin de son discours ; on allait bientôt assister à un chahut digne d’une classe de troisième en fin d’année. Le climat dans l’église, lui, était celui d’une fin d’après-midi dans la forêt amazonienne… ma pauvre Camille, dans sa robe couleur Chantilly en forme de pièce montée montrait de sérieux signes de faiblesse. Je voyais ses parents, assis au premier rang, complètement éberlués. Quand je pense que mon beau-père voulait « un mariage dont on se souviendrait pendant longtemps », il était servi…

Quand j’ai aperçu un petit vieux s’approcher de Camille, j’ai cru qu’il voulait la kidnapper car il n’avait pas l’air honnête –après tout pourquoi pas, au point où on en était- mais il a pris le micro et d’un air décidé il nous a dit :

« MAIS VOUS VOUS TROMPEZ TOUS ! Bien sûr qu’il faut s’opposer à ce mariage car Mr Indigo est marié à MA fille qui n’est ni brune, ni noire ou je ne sais quoi mais blonde ! Bon, d’accord c’est pas un canon de beauté mais elle est bien blonde ! Ma fille est hypochondriaque, je crois bien qu’elle va à la pharmacie tous les jours… alors, à force, elle y fait des rencontres plus ou moins intéressantes…c’est là qu’elle a rencontré ce monsieur qui l’a conseillée par rapport à ses problèmes…de…de constipation il me semble…elle nous racontait tout, à ma femme et à moi. Pas vrai, Yvonne ? »

Il s’est tourné vers un petit bout de bonne femme ratatiné à côté de lui et a continué :

« Florence – Florence c’est ma fille – elle m’a dit quand elle est revenue de la pharmacie « Mr Indigo est un homme merveilleux, il connaît tout des maladies et il suit la même règle de vie que moi : les trois « C » : CŒUR CORPS CONSCIENCE ! c’est incroyable papa ! Et en plus il est ovo-végétalien , comme moi ! » Avec mon épouse on était bien content de cette rencontre pour notre fille qui n’osait même plus sortir de la maison, de peur d’attraper un virus, ou à cause des ondes, des poêles en téflon, et j’en passe…alors, vous pensez, un mariage, on était tellement heureux ! que ma fille ne me donne plus aucune nouvelle, à moi, son père, je passe l’éponge mais il faudrait qu’elle pense à sa mère quand même, c’est notre fille unique ! »

Et le papa a continué à parler, à parler ! Mais il s’adressait surtout à ses voisins et à sa chère Yvonne ; nous, bien sûr, on n’entendait plus rien avec le vacarme qu’il y avait dans l’église.

Mais je ne devais pas me laisser faire, c’était à mon tour d’intervenir, sinon les choses allaient empirer…à mon tour j’ai empoigné le micro et je me suis adressé à l’assistance d’un ton grave :

« Mesdames, messieurs, ne croyez pas un mot de tout ce que vous venez d’entendre, je vous assure que tout cela est une épouvantable méprise… »

Mais je n’ai pas pu continuer ; un jeune homme à la mèche rebelle s’est brusquement interposé entre moi et l’assemblée. Il a commencé à hurler :

«Méprise, MEPRISE ? MAIS C’EST VOUS QUI ETES MEPRISANT à l’égard des femmes, de toutes ces femmes que vous avez dupées…car moi je pense que notre confusion à nous tous vient du fait que vous les avez TOUTES EPOUSEES !!!! ET MA CHERE VANESSA AUSSI !!!!!! Mon amie, mon amante, ma chérie adorée… »

Il s’est effondré sur le sol de l’église, secoué par de gros sanglots. J’avais presque pitié de lui… un silence total régnait soudain dans l’église surchauffée….et puis le jeune s’est repris. Il s’est levé, s’est mouché dans un silence éprouvant et a continué :

« Elle qui était si ponctuelle pour nos rendez-vous amoureux, ce jour là elle avait plus d’un quart d‘heure de retard. Je l’ai appellée…et rappellée…en vain…j’ai essayé aussi le numéro de fixe que je ne devais utiliser qu’en cas d’extrême urgence car c’était la ligne de sa maison à Fontainebleau, là où elle vivait avec son mari…mais personne n’a répondu, je n’ai plus eu aucune nouvelle…elle a disparu de ma vie aussi soudainement que lorsqu’elle est apparue…je ne savais presque rien d’elle, elle m’avait juste laissé une photo d’elle avec son mari, ce type, là, une photo prise dans leur jardin de leur maison de campagne… et je peux vous dire que Vanessa n’était pas du tout le type de femme qui a été décrit par tous ces gens…non, Vanessa, elle était…fantastique…tellement plantureuse, tellement douce, tellement… »

On n’a jamais su à quel point Vanessa était fréquentable car ce pauvre gars s’est à nouveau écroulé au sol en beuglant…j’ai trouvé qu’il tenait très bien son rôle d’amant délaissé ! Bravo l’ami ! Je me suis penché vers lui pour l’aider à se relever quand nous avons tous entendu le prêtre prendre la parole. Il transpirait comme s’il avait couru un cent mètres mais il avait l’air sûr de ce qu’il voulait dire.

« Mes chccchhhhers frères, mes chchchchchères sœurs, je crois que vous vous …vous vous ….faites tout un monde de tr…trois fois rien…Moi aussi j’ai …j’ai…j’ai…bien connu l’épouse de ce chchchchcher Mr Indi…Indi…Indigo, elle était sssSSSssssi heureuse de rencon….rencon….con…contrer un homme aussi bon et pipi…pipi…pieux queque…que lui.. ; malheureusement cette pauvre ffffffemme, m’a…m’a…m’a t-on dit de sssssssource sûre, Dieu l’a rappe….rappellée à lui ! Monsssssieur Indi…Indi…Indigo est vvvveuf donc tttttout va bbiien ! »

Et je me suis empressé d’ajouter :

« Voilà, vous avez tous bien compris ? Je ne suis pas polygame, JE SUIS VEUF ! »

Je me suis tourné vers cette pauvre Camille qui reprenait quelques couleurs et j’ai vu sa sœur Anne s’approcher…Oh non, pitié, pas cette fille qui se prend pour Mme Irma…elle lit soi-disant l’avenir dans le marc de café, les nuages, la poussière des routes…ah ah ah !!! Que c’est drôle…elle fourre toujours son nez dans les affaires des autres…je devais absolument dissimuler ma méfiance à son égard. Elle aussi va vouloir y mettre son grain de sel… elle a sorti de son sac une espèce de boule en cristal qu’elle a posée sur l’autel et a commencé une espèce de one-woman show en pleine cérémonie ! Incroyable !

« Moi ce que je vois surtout… » a-t elle dit en roulant les yeux, « c’est que ce monsieur JOUE DOUBLE JEU…je vois.. je vois effectivement le décès brutal de son épouse, monsieur le curé vous aviez raison…mais en fait je vois PLUSIEURS DECES violents…un, deux, trois, quatre… » l’effroi se lisait sur son visage. Et puis elle s’est exclamée :

« SEPT ! sept décès !!! »

Dans l’église, cette fois-ci la panique était totale. Des femmes se sont évanouies, et pas seulement à cause de la chaleur ; des hommes se sont pris la tête et ont couru dans tous les sens… des prie-dieux ont été saccagés par la foule paniquée, qui essayait de plonger dans le bénitier pour se rafraîchir, il était trop petit évidemment pour contenir tout ce monde…ma future belle-sœur nous avait joué le grand jeu et ça marchait !!

C’est alors que le réalisateur Stan Lotansky s’est écrié :

COUPEZ ! C’est pas mal du tout, ça, les cocos ! Mais les techniciens me disent que les lumières vont péter à cause de la chaleur, faut tout arrêter pour ce soir …. Demain, même heure, même décor, on reprend toute la scène! A demain mes chéris !

Stan s’est tourné vers moi et Sarah, qui jouait le rôle de Camille. Stan a débité ses platitudes habituelles de fin de scène, « tu incarnais vraiment le personnage aujourd’hui », « la lumière sur ton visage était splendide ma belle» etc, etc…. En réalité il parlait davantage pour lui-même, et j’ai pensé que son égocentrisme allait le faire crever à petit feu.

J’ai filé aussi discrètement que possible vers ma loge ; j’ai dit à ma maquilleuse que je n’avais pas besoin d’elle, de toute façon mon maquillage avait coulé depuis longtemps avec cette fournaise. Et puis j’avais d’autres chats à fouetter.

Quand je suis sorti des studios, l’orage commençait à gronder. Il fallait que je me dépêche. Sur le parking, personne en vue…j’ai quand même jeté plusieurs coups d’œil, de tous les côtés, et je me suis faufilé près de ma mercedes. J’ai ouvert doucement le coffre. Elle était toujours là, elle m’avait attendue. J’ai caressé son bras blanc comme de la porcelaine, et puis j’ai refermé le coffre. Je me suis dit : « il ne faut pas que je tarde à rejoindre le bois de Tilouan…j’en ai bien pour une heure de route…j’ai un sacré boulot qui m’attend… tu sais, ma belle, j’y passerai la nuit s’il le faut à creuser ta tombe, une tombe à rendre jalouses les plus belles stars d’Hollywood…OK, ta carrière a été courte mais toi au moins tu ne deviendras jamais une starlette de bas étage qui vieillit mal et qui finit par avoir une peau de crocodile. Non, ne sois pas triste, parce que toi tu seras pour toujours une star immortelle, merveilleuse, une perle toute lisse, un éclat de beauté dans le ciel… ma poussière d’étoile, ma chérie, je t’aime à en crever…

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Martine

Alors que le prêtre s’adressait à l’assemblée en prononçant les paroles suivantes : « Si quelqu’un a quelque raison que ce soit de s’opposer à cette union, qu’il parle maintenant, ou se taise à jamais », on entendit au fond de l’église quelqu’un se lever et une voix forte s’éleva de l’assistance. Tous se retournèrent dans un bel ensemble : les futurs mariés tout auréolés de leur bonheur à venir, mains unies, sourires béats s’apprêtant à prononcer le « oui » si longuement répété dans le miroir de la salle de bains, belle-maman maquillée à outrance sous sa large capeline, beau-papa, le souffle court dans sa chemise au col amidonné, monsieur le curé entouré de ses enfants de chœur , si charmants dans leur chasuble en dentelle immaculée …Tous, sans exception, se retournèrent comme un seul homme, stupéfaits, le regard rivé sur la porte du fond ….Qui, mais qui donc osait ainsi jeter un pavé dans cette mare si tranquille ? Ce qu’ils virent alors leur sembla tellement irréel qu’ils n’en crurent pas leurs yeux ébahis : une poussière d’étoiles pleuvait de la voûte dans une lumière éblouissante. Tous restèrent figés, osant à peine respirer. Etait-ce possible ? N’étaient-ils pas victimes d’une hallucination, d’un rêve ?
« Moi, Dieu tout puissant, descendu sur terre à cet instant présent, je m’oppose à cette union. »
Les cœurs cessèrent de battre, la stupeur emplit les yeux de chacun : le prêtre se signe, la mariée s’effondre dans les bras de son promis, belle-maman s’évanouit et son chapeau roule dans l’allée, grand-père tombe à genoux sur le prie-dieu, les vieilles bigotes serrent leur chapelet …Quelle confusion soudain dans l’assemblée, si sereine il y a quelques instants.
« Je viens aujourd’hui pour vous dire toute ma colère face à votre ingratitude , votre désinvolture et votre manque d’humilité. Croyez-vous donc qu’il vous suffise de pénétrer dans ma maison une fois tous les vingt ans pour obtenir grâce à mes yeux ? Toi, Michel qui te pavanes dans ton costume trois pièces mais qui manges ses frites avec les doigts, depuis quand ne t’es-tu pas agenouillé devant la croix ? Et toi Marianne qui arrives avec un quart d’heure de retard parce que tu n’arrivais pas à monter les blancs en neige pour la pièce montée de ce soir ? Suis-je moins important que ta réussite pâtissière ? Vous êtes tous coupables du pêché d’orgueil, de gourmandise et de tant d’autres ! Belle-maman qui ne trouvait rien à se mettre ce matin alors que son dressing regorge de trésors au sous-sol et qui dans sa rage obligea la bonne à passer l’éponge afin de faire reluire ses escarpins en arrivant aux portes de l’église ? »
Tous frémirent devant ces paroles de reproche. Dieu semblait vraiment très en colère. Qui allait être le prochain visé ? Le petit Henri qui se cachait derrière l’harmonium, se sentant prêt à avouer , rouge de honte, que c’était lui qui avait badigeonné le tabouret de colle universelle, obligeant l’organiste à jouer du piano debout ? Paul aurait bien voulu creuser sa tombe dans l’instant et y disparaître, redoutant que Dieu ne dévoile que c’était lui qui avait mis du piment d’Espélette dans la pâte à crêpes de grand-mère. Têtes baissées, tous écoutèrent Dieu continuer ses reproches et personne ne fut épargné.
« Pour votre pénitence, je vous condamne à vous mettre à genoux, face à l’autel et à faire votre examen de conscience. Monsieur le curé vous entendra en confession et s’il vous juge suffisamment repentis, il pourra alors prononcer les paroles sacrées du mariage. »
Les yeux rivés sur les dalles de l’église, personne ne vit le nuage de poussière scintillante s’élever jusqu’au plus haut des cieux. Là-haut, tout là-haut, Dieu s’assied à sa table de travail. Il caresse sa longue barbe blanche, il bâille .Il est fatigué.
« Je me fais vieux, pense-t-il, je me fais un monde de tous ces petits tracas que m’infligent les hommes, il faut que je pense sérieusement à prendre ma retraite »
Alors, il se lève péniblement et rejoint son lit moelleux. Pour quelques heures le monde tournera sans lui mais Dieu sait ce que les hommes feront pendant ce temps !

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Corinne :

Alors que le prêtre s’adressait à l’assemblée en prononçant les paroles suivantes : « Si quelqu’un a quelque raison que ce soit de s’opposer à cette union, qu’il parle maintenant, ou se taise à jamais », on entendit au fond de l’église quelqu’un se lever et un murmure inquiet parcourir l’assemblée. L’homme debout saisit sa canne à pommeau d’argent et frappa quelques coups contre le banc de chêne. Un silence pesant s’abattit aussitôt sur le lieu.

« Cette femme est déjà mariée ! » lâcha-t-il froidement. Et avant que les convives abasourdis ne puissent dire quoi que ce soit il ajouta pompeusement:

« et avec moi !!»

Le personnage était impressionnant et imposait le respect tant et si bien que quiconque n’osait ouvrir la bouche. Les yeux braqués sur eux on attendait que les futurs époux réagissent. Paul, le fiancé regardait sa promise d’un oeil interrogateur mêlé de doutes, lui aussi attendait des explications, au moins une réaction mais rien ne semblait venir. Virginie était pétrifiée, comme changée en statue de sel, sa longue robe de soie ivoire ne crissait plus, Elle avait le regard hypnotisé par les yeux gris acier de l’homme mystérieux.

« Hé bien ma chère, vous ne dites rien… » reprit l’homme caressant d’un geste satisfait sa barbe grise taillée en pointe. Des regards avides de réponses se tournèrent à nouveau vers lui, attendant pantelants le début d’un match qui ne commençait pas. Dressé dans son impeccable costume trois pièces rouge carmin visiblement coupé sur mesure, il la toisait,tout fier de son intervention fortuite.

Le visage de Virginie se détendit quand enfin sa mémoire auditive sembla reconnaître l’importun. Il est vrai qu’aujourd’hui, coquetterie oblige, elle ne portait pas ses lunettes et, avec sa vision flottante de myope, il lui était aussi difficile de distinguer une personne dans la pénombre du fond de l’église qu’un piment d’Espelette noyé dans une pâte à crêpes.

« Monsieur Radichou… » lâcha–t-elle dans un soupir de soulagement « que faites–vous ici… ? »

L’individu se redressa un peu plus comme piqué d’avoir été découvert.

Virginie abandonna délicatement les mains de son fiancé et d’un regard entendu le quitta quelques instants pour gagner le fond de l’église. Son pas était léger comme si elle marchait sur des nuages, sa robe glissait entre les bancs de bois ouvragés et elle semblait si vaporeuse qu’on aurait dit une nuée de blancs montés en neige.

« Monsieur Radichou… je vais passer l’éponge car aujourd’hui c’est le jour de mon mariage et je sais que vous vous en faites tout un monde » adressa-t-elle avec douceur au vieux monsieur déconfit.

« Vous savez Virginie, je suis extrêmement confus, j’avais un quart d’heure de retard parce que je ne trouvais rien à me mettre et je ne pensais pas arriver à temps pour arrêter cette mascarade… » plaida-t–il sur un ton presque enfantin » et il poursuivit en se reprenant « tant que vous viviez à la colle universelle avec cet olibrius, je ne m’inquiétais pas pour notre union mais là, c’est comme si vous creusiez ma tombe en me reniant ainsi devant l’autel»

Les invités, médusés par le dialogue incompréhensible entre la jeune femme et le vieil homme ne pipaient mot.

Après un bref échange avec le prêtre, Paul s’approcha du couple improbable.

« Monsieur, on va venir vous reconduire. Vous savez, à l’institut ils vous cherchent partout »

« Qu’il aillent au diable ! Depuis que ma famille m’a placé là-bas, je ne peux plus manger de frites avec les doigts, ni jouer du piano debout » plaida-t-il ronchon « il n’y a qu’avec vous Virginie que je peux m’amuser et maintenant vous allez me quitter pour toujours …»

« Je ne vais pas vous quitter Monsieur Radichou, j’épouse l’homme que j’aime, vous savez, celui qui fait danser la poussière d’étoiles dans mon coeur… Vous vous souvenez de cette expression? Vous m’aviez relaté si poétiquement votre rencontre avec votre Virginie, celle qui a été votre femme pendant quarante ans…»

Le vieil homme acquiesça, la larme à l’oeil. Virginie l’embrassa doucement sur la joue et lui glissa à l’oreille :

« Mais où avez–vous déniché ce costume digne d’un prince… ? »

« L’institut recèle des trésors dans son sous-sol… La garde-robe complète du vieux baron excentrique qui occupait les lieux au début du siècle dernier est quasiment intacte, il y a des robes pour vous aussi, vous seriez étonnamment ravissante dedans, un peu comme aujourd’hui… et même plus encore » lui répondit–il malicieusement.

Dans un chuchotement à peine perceptible, elle lui promit qu’ils y descendraient en cachette, rien que tous les deux. Le vieil homme rassuré afficha un air satisfait.

Deux hommes entrèrent alors dans l’église, un soulagement général se fit sentir et l’ambiance s’allégea lorsqu’ils entreprirent de le reconduire tranquillement à l’extérieur. Il ajusta dignement son feutre sur la tête, n’offrit aucune résistance et sortit encadré par les deux molosses.

Arrivé sur le parvis, il s’arrêta un instant et, se retournant l’oeil rieur, lâcha à la

cantonade dans un dernier élan provocateur:

«Je vous aiiiiime et je ne veux pas divorcer, cela ne se fait pas dans mon moooonde ! »

L’assemblée, complice, éclata de rire et esquissa quelques applaudissements, ainsi l’excellent comédien qu’il avait été autrefois sortit la tête haute, auréolé de son ultime prestation.

La cérémonie put enfin reprendre, on aurait dit l’atmosphère emplie de bulles de savon. Ce qui avait débuté comme une tragédie en puissance avait maintenant la magie d’un goûter d’enfant. Le clown-poète avait assuré le spectacle, monsieur Radichou n’avait rien perdu de sa superbe, il savait y faire pour accrocher son auditoire et transformer un moment juste solennel en un souvenir délectable. Virginie le savait, le cadeau du vieux monsieur était prestigieux, elle en connaissait le prix, celui de l’amour sincère et joueur entre deux âmes-soeurs.

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Johanna :

Alors que le prêtre s’adressait à l’assemblée en prononçant les paroles suivantes « si quelqu’un a queque raison que ce soit de s’opposer à cette union, qu’il parle maintenant ou se taise à jamais  » on entendit au fond de l’église, quelqu’un se lever et …

avancer vers le marié :

  •  » Cette fois je ne passerai pas l’éponge Boby »
  •  » Après tant d’années passées dans le silence tu décides donc de me passer à la casserole le jour de mon mariage, c’est ça JR ? « 
  • « Je souhaite un exercice de mémoire collectif et j’en profite que notre grande famille soit réunie ce jour. »
  • « Qu’est ce que tu veux reprocher à ton petit frère ? Qu’il mange ses frites avec les doigts ? Qu’il met à tord du piment d’espelette dans ses plats ? ou qu’il préfère ajouter de la bière plutôt que du rhum dans la pate à crêpes ? »
  • « Très drôle, tu es au mieux de ta forme, tu plantes ainsi un décor qui éloigne nos chers amis et famille du vrai différent qui existe entre nous. Sache que depuis des années je rumine la nuit ces trésors du sous sol qui me pompent toute mon energie ! ça me colle à la peau ! Je n’arrive pas à m’en défaire de cette colle universelle ! Même la musique n’arrive pas à me détendre, j’en arrive même à jouer du piano debout ! « 

 « Cesse de te victimiser JR, arrête d’en faire un monde de ces bêtises d’adolescents ! »

  • « Ah ! La mémoire se rechauffe à ce que je viens d’entendre, les blancs commencent à prendre, il a une astuce mon petit frère pour monter ses blancs en neige, vous la connaissez ? »
  • « Je préfère t’entendre parler avec un peu d’humour … sachez qu’un peu de citron aide la montée des bl… »
  • « Boby, que se passe t-il ? Tu ne te sens pas bien ? Apporter lui un cognac ! »
  • « C’est de la citronnade que je veux ! N’oublie jamais grand frère : on creuse sa tombe avec ses dents. Bacon, saucisses/frites et martini vont faire de toi un … »
  • « Garde ta salive, nous étions et ne deviendrons que des poussières d’étoiles Boby alors à la tienne ! »

Le prêtre prend à part JR et lui soumet de retirer son intervention, qu’avec un quart d’heure de retard, il s’est déjà fait remarquer par l’assemblée, qu’il ne devrait plus en rajouter.

  • « Allez y père poursuivez, je baptise le petit ange de la famille de mon cognac, oui c’est un saint, irréprochable, ingénieux et séduisant garçon ! « 
  •  » Sous l’effet de l’alcool, on en vient à faire et dire n’importe quoi !

A cette époque JR, toi comme moi étions accrocs au pastis … on essayait d’oublier la mort de maman et la dépression de notre père ! On avait plus rien à se mettre sous la dent ! Alors on faisait le mur, on rejoignait la bande des quartiers et on est tombé dans le traffc de cannabis. Des valises de billets se mutipliaient jusqu’au jour où on s’est fait braquer … je t’ai laissé entre les mains des malfaiteurs, j’ai pris la fuite, j’étais paniqué !  »

  •  » Et c’est dans la cave que j’ai retrouvé de la coke ! La tienne fréro ! Je mange trop gras certes ! mais je n’ai jamais touché à cette saloperie ! « 
  •  » J’étais influençable à l’époque, je regrette … tu as payé pour moi, c’est injuste « 
  • « 5 ans d’enfermement, je sors tout juste du tunnel … »
  • Pardon

Les deux frères émus, se sont aussitôt embrassés.  Le prêtre s’est tourné vers la mariée et lui a cité cette phrase de Khalil Gibran :

Celui qui, par quelque alchimie sait extraire de son coeur, pour les refondre ensemble, compassion, respect, besoin, patience, regret, surprise et pardon crée cet atome qu’on appelle l’amour.”

Sandwich (sept 2015)

Sujet :

Bonjour, pour reprendre dans la joie et la bonne humeur, je vous propose une consigne que j’appellerai « sandwich » : votre texte, de la longueur que vous souhaitez, sous la forme que vous souhaitez (prose, vers …), dans le style que vous souhaitez (sérieux, humoristique, orateur …) devra commencer par la phrase : « Je suis né(e) » et devra se terminer par celle-ci : « A mon enterrement, tous les animaux de la forêt suivaient tristement mon cercueil (ou suivirent, ont suivi, ou pourquoi pas suivront !!) »

Je rappelle bien sûr qu’il n’est absolument pas question de donner vos date et lieu de naissance et de parler de la personne que vous êtes réellement, mais de vous amuser à remplir ce « sandwich » de là où votre plume vous portera, l’imagination et le plaisir étant au pouvoir !!!!

Prêts, feu, partez !!! et bon amusement

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Jean  :

Je suis né donc je suis ! Et je sue pour savoir quoi écrire. Sans savoir comment ça s’est passé ! Et pourtant j’étais là, à ma naissance, parait-il, mais je ne m’en souviens pas. Probable que je pensais déjà à autre chose qu’à ces contingences mesquines de l’instant qui vous détournent des pensées profondes que l’on devrait avoir, au lieu de se laisser distraire par ce qui se passe de toute façon, sans que vous puissiez y faire quoi que ce soit.
Naitre ou ne pas naitre, là n’est pas la question à cet instant que chacun s’empresse d’oublier vite fait, quoi, un truc pas bien intéressant qu’il faut remiser dans les bas-fonds du subinconscient (non ! non ! y a pas de fautes). Peut-être même qu’à cet âge on est encore incapable de penser, de se souvenir. Nos neurones sont certes là, mais pas encore démarrés, quoi qu’en disent les chercheurs des neurosciences qui sont bien incapables de savoir si nous pensons réellement à la naissance : personne n’a pu le rapporter sérieusement. Pas vrai ? D’accord, nous crions, nous nous débattons, nous faisons pipi sur maman, comme tous les petits animaux, quoi ! Mais penser ? Plus j’y pense moins je pense qu’on pense à la naissance.
Alors ça commence quand, la pensée ? Démarrée par quoi ? Par les guili-guili prudents des parents effrayés de découvrir ce petit tas tout rouge qui pue, bave et hurle aux petits pois. Eux qui s’en faisaient une joie d’accueillir un beau bébé Cadum tout rose et qui sent bon. Quels hypocrites ils font alors de se récrier de bonheur : ce qu’il est beau ! Certains ajoutent vachement : tout le portrait de son père ! Toi, tu me la revaudras celle-là quand je verrai ton prochain rejeton à la maternité.
Voilà ! Voilà ! Bon, on va pas en faire tout un plat, non plus. Après tout je devais bien être quelque chose comme le vingt milliardième enfant en train de naitre. Un exploit, je vous dis pas ! Le père : J’aurais au moins fait quelque chose dans ma vie ! La mère : Si j’avais su que ça soye ça j’aurais pas venu !
Bon, assez disserté sur le début du machin-truc que certains appellent « la Vie ». Passons à la fin de l’aventure.
Ca va se passer comment ? Ben, à ce que je vois pour la plupart de mes congénères, ça va finir en eau de boudin. D’abord ça rouille un peu partout ! Ce qui était dur devient tout mou (pour les hommes comme pour les femmes) et ce qui était mou devient tout raide et tout frippé. Puis on freine, on freine, on freine et on se retrouve sur un grabat entouré de blouses blanches, roses ou vertes , chaussées de Croqs fluo, qui vous donnent la becquée et qui, pour se venger d’avoir tout salopé le plumard vous font une petite piquouse, histoire de leur foutre la paix pendant la fin du service. Un jour enfin, vous ne vous réveillez pas et tout refroidi, muni de toutes les onctions nécessaires et arrosé de larmes de crocodile, « A votre enterrement, tous les animaux de la forêt suivront tristement votre cercueil »,parti en fumée dans la cheminée du crématorium. Ainsi soit-il !

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Mimie :

Je suis née une nuit d’orage comme jamais il n’y en eut en Afrique, le vent soulevait et emportait tout, des paquets d’eau tombaient du ciel, le tonnerre éclatait dans la ville avec une violence phénoménale, les arbres étaient pliés en deux à tel point que les deux nids de mésanges cachés dans le mimosa et l’oranger du jardin tombèrent dans la mare, la chatte qui devait mettre bas fut tellement effrayée que ses petits vinrent au monde prématurément et qu’aussitôt elle s’enfuit de la maison en miaulant comme une désespérée, les abandonnant à leur triste sort. Une horreur donc, le ciel était en colère, en rage même, mais une fois que le plus fort de la crise fut passé, il commença à modérer ses ardeurs, les coups de tonnerre s’espacèrent peu à peu, le vent continua à souffler, mais de moins en moins violent, puis juste assez pour pousser les feuilles arrachées dans des coins, histoire de faciliter leur ramassage, la pluie devint également moins forte, jusqu’à se prendre pour de doux embruns.

Quand hommes et animaux remirent qui leur nez qui leur museau dehors, ils virent une lueur descendre du ciel, ils écarquillèrent leurs yeux pour mieux voir : ils virent une silhouette toute auréolée d’étoiles étincelantes, avec une robe faite de milliers de voiles, c’était une fée avec des cheveux longs, si longs qu’ils venaient caresser le sol quand elle se penchait. Elle virevolta dans les airs, emporta de sa baguette magique les oiseaux tombés du nid et les chatons abandonnés et pénétra dans la chambre où je venais de naître ; elle se pencha sur mon berceau et me chuchota ceci : « Mimie, tu as choisi de naître cette folle nuit : j’ai vu que le ciel était très en colère, j’ai eu peur qu’il ne détruise la terre entière, aussi ai-je décidé d’intervenir pour le calmer et de descendre sur terre pour venir en aide aux victimes. En voilà quelques unes que tu devras élever comme tes propres frères et sœurs ; je te les confie, prends-en grand soin. ». Et ce faisant, elle déposa dans mon berceau les oisillons et les chatons d’un geste ample de sa main diaphane. Puis elle disparut dans un tourbillon de poussière d’étoiles qui tomba sur le haut de l’armoire de ma chambre.

Les élever ne fut pas chose facile et cette responsabilité changea le cours de ma vie. J’étais bien jeune et inexpérimentée pour m’occuper de petits. De nombreuses fois j’appelai à l’aide la bonne fée, mais elle faisait la sourde oreille et restait muette. Et puis finalement je m’habituai, assumai la responsabilité de ma nichée avec de plus en plus de facilité, ils me donnaient tant d’amour, mes petits, j’étais devenue leur bonne fée.

Quand ils devinrent un peu plus grands, je commençai à les sortir un peu, pour leur apprendre la vie dehors, leur faire sentir le bon air de la nature et les ramener à leur milieu. Et alors c’était magique, tous les autres animaux s’approchaient, venaient voir les petits élevés par un bébé devenu mère adoptive à sa naissance ; et ô miracle je comprenais leur langage, ils me parlaient de leurs soucis, de leurs besoins et j’essayais d’y remédier avec mes moyens d’enfant. Un jour que les petits voletaient dans la maison, je les entendis qui se chamaillaient en haut de l’armoire, j’approchai, les chats aussi, qui grimpèrent et se joignirent à la mêlée. Je leur demandai ce qui se passait, ce qu’il y avait là-haut, mais personne ne me répondit. Je pris un tabouret, grimpai et là je découvris une baguette magique. Je me rappelai alors le moment où la fée avait disparu et avait semé cette poussière d’étoiles : elle s’était transformée en baguette magique !! La fée avait certainement pensé qu’elle me serait bien utile plus tard.

Et de fait cette baguette avait des pouvoirs, quand je lui demandais quelque chose pour autrui, elle l’accordait et cela se sut très vite. Désormais, dès que je sortais au jardin, une multitude d’animaux arrivait vers moi et me demandait d’intervenir pour mille choses : retrouver les noisettes cachées d’un écureuil affamé au plein cœur de l’hiver, réparer l’aile d’un oiseau qui avait reçu un coup de fusil, enlever une épine coincée dans la patte d’une biche. C’était magnifique de pouvoir aider tout les animaux ainsi, bien sûr cela me coupait des autres enfants car j’y passais beaucoup de temps, mais j’avais tant à faire et puis c’était si agréable d’avoir une hirondelle pour copine, un hérisson pour soupirant, un lapin pour grand frère.

Et puis le téléphone africain fonctionnant, de loin en loin, de souris en éléphant, de boa en singe, de crocodile en fourmi rouge, des messages de plus en plus lointains me parvenaient ; je dus mettre à contribution mes chats et mes mésanges devenus adultes maintenant : c’étaient eux qui devaient écouter et trier tous les besoins et toutes les doléances et ma baguette magique résolvait tous les problèmes. Parfois nous devions nous concerter pour trouver des solutions équitables pour tout le monde : si les papillons voulaient pouvoir butiner sans se faire dévorer par les oiseaux, il fallait que je répartisse les uns sur un secteur, que je donne de quoi manger aux autres ailleurs, mais les fleurs qui ne recevaient plus la visite des papillons n’étaient plus pollinisées et les oiseaux n’auraient plus rien ensuite à manger, que de problèmes métaphysiques nous avons dû résoudre !!

Et puis un jour vint un message d’Amérique du Sud, nous mîmes du temps à le comprendre car je n’étais pas bilingue ni mes amis, aussi fallut-il aller contacter un rat qui vivait dans les calles d’un porte-container pour nous donner la traduction : ce n’étaient pas des animaux, mais une population indienne d’Amazonie qui nous envoyait un SOS ; leur vie en harmonie avec la nature leur permettait de communiquer avec les animaux et ils en avaient profité pour demander de l’aide à la « fée des animaux », c’est ainsi qu’on m’avait baptisée. Leur préoccupation était qu’on déforestait leurs terres à grands renforts de bulldozers et de tractopelles et ils étaient impuissants à se défendre. Je ne savais pas quoi faire, cela sortait de mon champ d’intervention habituelle et je réunis mes « enfants » pour leur demander leur avis ; nous arrivâmes à la conclusion que, pour tenter de résoudre ce problème, il fallait déjà l’appréhender dans sa globalité, aussi fut-il décidé que j’irais sur place rencontrer les protagonistes de cette affaire.

Aussitôt dit, aussitôt fait, je partis pour l’Amazonie d’un coup de baguette magique. Je fus accueillie par les habitants d’un village reculé qui n’aimaient qu’une seule couleur : le rouge. Ils m’expliquèrent qu’ils possédaient ces terres depuis des siècles et que peu à peu les blancs les leur grignotaient, ils reculaient, reculaient, mais leur territoire rapetissait d’année en année et ils ne trouvaient plus de quoi se nourrir, ni toutes les herbes pour se soigner et ils s’inquiétaient, non pas pour eux, mais pour leurs descendants qui n’arriveraient plus à vivre sur leurs terres ancestrales. Après les avoir bien écoutés, je décidai d’aller faire de même avec les sociétés qui finançaient ces travaux. Lorsque mes interlocuteurs comprirent que, bien que blanche, je prenais peu à peu fait et cause pour les peuplades indiennes, leurs sourires de façade s’effacèrent, certains me dirent qu’on ne pouvait arrêter le progrès, qu’on était au vingt et unième siècle et que quelques tribus analphabètes n’allaient pas empêcher le monde d’évoluer. Je les quittai pensive, cherchant comment rassembler et contenter deux mondes aussi différents. Je réfléchissais à tout cela en cherchant ma voiture sur le parking quand je tournai la tête vers le building où avait eu lieu la réunion, je cherchai le vingt et unième étage et au moment où je le localisai, je vis comme un éclat de lumière à la fenêtre de la réunion et sentis instantanément une douleur très vive dans ma poitirne ; je m’écroulai à terre, et vis mon chemisier rougir de plus en plus ; à mesure que la tache s’agrandissait, je perdais peu à peu conscience de ce qui m’entourait, du rouge du chemisier, ma pensée rejoignit les habits rouges de la peuplade indienne et c’est ainsi que je mourus à plusieurs milliers de kilomètres de chez moi, sur un parking, pas même entouré d’un seul animal qui me dise un mot de réconfort.

L’affaire fit grand bruit dans le monde des animaux. Lorsque j’arrivai au ciel, ma bonne fée me félicita pour le travail que j’avais accompli sur terre et me dit qu’en représaille de mon assassinat tous les insectes piqueurs du Brésil s’étaient donné la consigne de se jeter au visage de toute personne quittant le building où s’était tenue la réunion. J’étais déçue, très triste de n’avoir rien pu faire pour les peuplades d’Amazonie. Elle me dit que je ne pouvais pas changer les hommes et pour me consoler m’invita à m’asseoir avec elle sur un nuage pour regarder la terre en bas : c’était le jour de mes obsèques et ce que je vis me bouleversa : à mon enterrement, tous les animaux de la forêt suivaient tristement mon cercueil.

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Franck

Le gardien de la forêt

Je suis né dans un laboratoire de l’ancien temps. Enfin je suppose de ce que j’en ai compris. De quoi pouvons‐nous vraiment être sûrs de cette époque ancienne ? Même moi, qui ai été conçu pour vous transmettre connaissances et sagesses, ne peux être affirmatif. D’abord au sujet de ma nature. Suis-je un humain transformé ? Ou ai‐je été créé de toute pièce ? Les humains purent se modifier, pour le meilleur et le pire. Et le pire les détruisit quasiment tous. Cela parait inimaginable pour vous, humains de maintenant, descendants des survivants. Imaginez pouvoir remplacer votre peau par une version plus solide, qui ne vieillit jamais, comme la mienne, une sorte de bois souple verdâtre. Imaginez avoir des cheveux verts comme les miens. Imaginez ne pas avoir besoin de vous nourrir ni boire, comme moi. Imaginez que tout se répare et se renouvelle en vous, à une échelle infinitésimale, et vous gardez la même apparence et vitalité, pendant des millénaires, comme vous me voyez là devant vous. Mille fois que je vous répète que je ne suis pas un dieu, juste un intermédiaire entre les humains d’avant et de maintenant.
Non, les créatures qui nous attaquent ne sont pas des démons. Des humains transformés, des machines de guerre si efficaces qu’ils s’entretuèrent presque tous. Celui qui les commande non plus n’est pas un dieu. Un cerveau à la puissance démultiplié, un corps de métal souple devenu quasiment indestructible, une insatiable envie de puissance, une perte avec les sens et émotions humaines élémentaires, voilà ce qu’il est. Une créature certes puissante, inhumaine, mais cependant vulnérable. Ils ont réduit en esclavage presque tous les humains comme vous. Nous pourrions encore fuir plus profondément dans la forêt, comme nous l’avons déjà tant fait. Mais ils la détruisent, dans leur besoin de ressources pour tenter de reconstruire le monde d’avant. Face à la destruction en cours de leur monde, des anciens, pour transmettre sur des millénaires les connaissances et sagesses de leur époque, ont modifié certains arbres pour qu’ils les stockent et les transmettent à leur tour. Mais les arbres ne pensent pas, ne parlent pas. C’est là que j’interviens. Ils m’ont créé pour accéder à ces éléments stockés, à les digérer et à vous les transmettre oralement. Je ne suis qu’un intermédiaire. C’est à vous de comprendre ces connaissances, de les faire vôtres, de
faire vos choix. Je ne peux que retransmettre quelques causes de la catastrophe. Les arbres sacrés aux feuilles d’éventail doivent survivre, ils contiennent ces connaissances et sagesses. Mais ils sont menacés de destruction avec toute la forêt. Je vous montrerai comment les replanter, et vous pourrez aller les disperser plus loin.
Pourquoi les animaux me sont si familiers, si proches ? Pour eux, je fais partie de la forêt, comme les autres animaux. De génération en génération, ils m’ont toujours vu comme leur protecteur. Ah ! Vous ne voulez plus fuir ! Vous voulez stopper ce démon de métal ! Non ce n’est pas un démon, quoique ce soit tout comme. Son point faible ? Il a besoin d’énergie pour se maintenir en fonctionnement. Une sorte de métal, très dangereux s’il est manipulé sans précaution. Une solution serait de lui prendre sa réserve. Lui et ses humains n’ont pas encore la technologie pour en fabriquer de nouveau. Nous avons réussi. Nous nous sommes emparés de sa réserve d’énergie, enfin je m’en suis chargé grâce à la résistance physique de mon corps. Et il est mort, ainsi que ses sbires de l’ancien temps. Mes amis, si ! Si ! Vous êtes mes amis, les fonctions vitales de mon corps ont été corrompues par le métal si dangereux que nous avons dérobé. Je vais bientôt mourir. Réduisez mon corps en poudre, une pincée de cette poudre dans un verre de vin permettra à celui qui boira ce breuvage d’accéder
aux connaissances des arbres sacrés. Choisissez parmi vous le plus sage, le plus à même de recevoir et transmettre ces connaissances. Attention à rester peu de temps en contact avec l’arbre, l’immensité des connaissances est telle que cela peut rendre rapidement fou sans une absorption très progressive, sur plusieurs dizaines ou centaines de génération. Il sera prudent de diviser la poudre en cent, et de n’utiliser qu’un centième par génération.
Le village organisa une belle cérémonie funéraire. La tradition était d’enterrer les coprs. Ici, il n’était point question de dépouille, trop précieuse. Elle fut mise symboliquement dans un cercueil d’écorce et de mousse, et aussi à la suite des villageois, à mon enterrement, tous les animaux de la forêt suivaient tristement mon cercueil.

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Gisèle

Je suis né, il y a 350 ans. Plus précisément, je ne saurais le dire : cela me paraît si lointain et si proche à la fois !
J’étais alors, blotti douillettement, à l’ombre du feuillage tutélaire de ma mère, la reine des arbres et la Reine de la Forêt tout entière.
Ses frondaisons s’étalaient sur un large périmètre et nous protégeaient, mes frères et moi, de l’ardeur du soleil. Nos feuilles sortaient, une à une, dentelées et d’un vert tendre sur de nouveaux rameaux, tandis que nous haussions le col pour atteindre la lumière. Nuit après nuit, nous étions bercés par le chant des rossignols.
Pourtant, un jour, funeste entre tous, blanc de froidure et de neige, des bûcherons armés de cognées surgirent, menaçants et, tout de suite, s’attaquèrent à ma mère.
« Mes chers enfants, voici venue ma fin, hélas ! Les hommes ont besoin de mon bois, laissez moi vous dire un dernier adieu !
Oh mère ! Ne nous abandonne pas ! »
Et nous agitions nos rameaux tremblants de détresse. Devant nos yeux horrifiés, Mère, reine immortelle de la forêt, sous de nombreux coups de haches, s’abattit avec un craquement déchirant, ensevelissant sous sa masse, plusieurs d’entre mes frères. Puis, débitée en grumes et entreposée sur des chars, elle disparut à jamais à nos yeux, ne laissant sur terre que quelques branches, chargées encore de feuilles sèches et de glands.
Une large clairière, baignée de soleil, s’étalait maintenant à l’endroit où se tenait ma mère et nous dressions fièrement notre tête, cherchant à atteindre le ciel. J’étais le plus grand et le plus vigoureux et je me fortifiais de jour en jour.
Le temps passa, immuable et changeant, saison après saison, année après année. De tous mes frères, je fus le seul à survivre et j’occupais entièrement l’emplacement de ma mère.
Ne croyez pas que je souffrais de la solitude ! Je servais et je sers encore, d’abri à de nombreux locataires et amis qui peu à peu, se sont placés sous ma protection. Me penchant un peu, je distingue, sous mes racines, Monsieur Lactaire et Monsieur Cèpe qui montrent leur chapeau. Mam’selle Sitelle arpente diligemment mon écorce à la recherche d’insectes. Monsieur Pic martèle méthodiquement mon tronc. Un peu plus haut, une ouverture creusée à un embranchement permet à Madame Hulotte et à sa nichée de prospérer et de jouir d’un joli point de vue. Je n’oublie pas le concert, donné chaque printemps par Messieurs Merle, Bouvreuil, Verdier et par Mesdames Fauvette, Alouette, Linotte et Mésange ! De même, chaque automne, Monsieur Sanglier et sa famille viennent nous rendre visite, à la recherche de mes fruits. Tout ce petit monde me fête, m’enchante, me distrait, me met également à contribution. J’ai ma place sur terre et, qui sait ? Peut-être, un jour, serai-je à mon tour, le Roi de la Forêt ?
Pourtant, comme ma mère et mes frères, je suis mortel et je pressens venir ma fin.
Les bûcherons, bien qu’ayant remplacé leurs haches par des tronçonneuses, s’acharnent toujours sur mes semblables et je les sens approcher de jour en jour.
Lorsque ce jour surviendra, peut-être qu’à mon enterrement, tous les animaux de la forêt suivront, tristement, mon cercueil.

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Hélène

« Je suis née parmi les coucous et les jacinthes des bois, par un matin de printemps sec et lumineux. Lorsque j’ai poussé mon premier cri, les bavardages de la pie, les trilles du rossignol, les coassements du crapaud, et même le vrombissement des mouches ont brusquement cessé.
Mes parents qui vivaient déjà ici, sous ce chêne, ont décidé de m’appeller « Goâa », ce qui veut dire dans notre langue « celle qui dérange les bêtes».
Toute petite, à l’aide de brindilles, de bisous et de mon intuition, j’aimais secourir les animaux blessés : escargots à la coquille brisée, lézard à la queue arrachée…
Je devais avoir à peine cent ans quand il est devenu évident que ma vocation était de soigner et de guérir les animaux. C’est ainsi que je suis parvenue à réparer la langue d’un serpent qui avait trop sifflé, à recoller les épines d’un porc-épic trop curieux, et contre toute attente, j’ai pu sauver de l’asphyxie une famille entière de truites arc en ciel qui s’étaient heureusement échappées du seau d’un pêcheur distrait.
C’est pendant ces chaudes journées d’été, avec l’aide de ma grand-mère Thu-Ya –ce qui signifie «petite mère des plantes » – que j’ai commencé à récolter des plantes médicinales. L’automne venu, avec ces plantes je préparais des potions, des sirops et des onguents que je conservais soigneusement dans des petits pots.
L’année de mes deux cent dix ans, au mois d’octobre, j’ai ainsi récolté beaucoup de baies de cynorrhodon, cette baie que les humains appellent aussi vulgairement gratte-cul. J’ai décidé d’en faire du sirop. Je m’étais installée dans mon atelier creusé dans le tronc de mon chêne. A travers la vitre entr’ouverte, j’aperçevais les glands et les feuilles brunes qui brillaient au soleil. La mixture de baies et de miel commençait à bouillir et à prendre une jolie couleur orangée ; son odeur acidulée et sucrée me rappelait des soirées d’hiver avec mes parents, pendant lesquelles je jouais avec nos souris apprivoisées. Nous aimions alors siroter de la tisane de cynorrhodon.
Ma rêverie fut brusquement interrompue par la vue de petits insectes verdâtres, qui voletaient tout autour de moi. Certains d’entre eux, à bout de course, se noyaient dans mon sirop ; d’autres allaient se briser le corps contre mon miroir. Grâce à leurs ailes en dentelles, je reconnus qu’il s’agissait d’éphémères. Poussée par la curiosité, je recherchai quelques renseignements sur ces insectes discrets dans l’un de mes ouvrages préférés d’entomologie, le Dialoghi sopra la curiosa Origine di molti Insetti de Antonio Vallisneri.
J’appris qu’ils étaient apparus il y a environ 300 millions d’années ; qu’ils faisaient partie des plus anciens insectes ailés de la planète encore vivants. Mais chez toutes les espèces, l’adulte ne vit le plus souvent que quelques heures. Quel paradoxe ! vaincre les épreuves de l’évolution mais ne vivre en contrepartie que quelques instants…Je ressentis une grande mélancolie en songeant à leur existence si brève.

C’est à partir de ce jour-là que je décidai de consacrer toutes mes heures à mieux comprendre la vie et le comportement de ces insectes. Mon but était de rallonger leur espérance de vie. Ma grand-mère était très dubitative. Elle ne comprenait pas le sens de ma recherche. Après de nombreux essais passés à tester des fumets, des tisanes de plantes et de minéraux sur des élevages d’Éphéméroptères, je commençai à me décourager. L’hiver se terminait et j’avais à peine réussi à rallonger leur vie de quelques secondes…bref, c’était un échec.

Un beau matin du mois d’avril, alors que la brume peinait à disparaître des clairières, un jeune voyageur frappa à ma porte. Perdu dans les bois depuis quelques jours, il recherchait l’hospitalité. Il disait s’appeler Phytacus et qu’il revenait, d’un « long et fabuleux voyage ». J’étais intriguée, mais je sentais qu’il était épuisé. Je préférai ne pas le questionner davantage. Je lui préparai un repas à base de champignons, de farine de chataîgnes et de mûres. Il me remercia, avala son repas d’une traite et se coucha.
Lorsqu’il se réveilla, il m’expliqua qu’il avait traversé la Grande Bleue au péril de sa vie, à bord d’un vaisseau plus petit qu’une bogue de chataîgner. Durant son voyage, il avait découvert le désert, un concept que je ne connaissais pas. « C’est un paysage minéral, ayant un aspect dénudé, sans présence humaine ou végétale réellement importante. Aucun arbre ne parvient à s’y développer…» …difficile de m’imaginer un pays sans arbres et sans humains, moi qui ai vécu toute ma vie dans les forêts septentrionales à essayer d’échapper au regard des hommes.
Phytacus passa quelques jours chez moi ; pour me remercier de mon hospitalité, il m’offrit un petit sac contenant des extraits d’une plante du désert : « c’est de l’extrait d’éphémérophyte », m’expliqua Phytacus, « c’est une plante rare, qui accomplit tout son cycle de vie en quelques jours, pendant la période des pluies» ajouta-t il.
Dès le départ de mon hôte, j’eus soudain une idée. Je décidai de m’enfermer dans mon atelier et je me remis à mes recherches. Après quelques essais, le miracle se produisit : mixé à de la poudre d’armoise, l’extrait d’éphémérophyte rallongeait la vie des éphémères…ils vivaient maintenant plusieurs années !
Après ces premiers essais, Phytacus revint me voir et il devint mon ami ; Il se rendit régulièrement dans le désert, et grâce à lui j’avais toujours un stock d’extrait d’éphémérophyte. Cette plante me permit de rallonger de plusieurs siècles la vie des mammifères de la forêt comme les sangliers, les loups et les ours ; les lapins et les hérissons vivaient maintenant plus de cinquante ans, les oiseaux comme les passereaux ou les rapaces une trentaine d’années….les insectes et les batraciens avaient une longévité moindre mais il n’était pas rare de rencontrer une coccinelle âgée de dix ou vingt ans.
Pour que ma potion agisse, il suffisait simplement que l’animal en ingère un centième de son poids un soir de pleine lune, et ce une seule fois dans sa vie. Ensuite l’animal se desséchait comme une pomme trop mûre, rapetissait en poussant de petits cris plaintifs. Quelques instants plus tard, il revenait à une vie qui était rallongée de dix à cent fois sa vie antérieure. Ses caractéristiques de longévité se transmettaient ensuite à sa descendance.
Le jour de mes cinq cents ans, des animaux m’offrirent un magnifique cadeau, un éphéméride perpétuel, c’est à dire un grimoire contenant les grands événements annuels de la forêt. J’en rêvais depuis quelques siècles ! J’étais très touchée et je les remerciai chaleureusement.

Bien sûr, j’ai essayé ma potion sur moi-même et sur mes amis proches ; peut-être en raison de notre longévité exceptionnelle, ou peut être parce que nous sommes des êtres conscients de l’issue de notre vie, ma potion n’a eu aucun effet. J’ai cessé d’herboriser et de récolter des plantes autour de mes huit cents ans ; je n’ai plus préparé de remèdes ni quitté mon chêne vers mes neuf cents ans, et comme ma mère, j’ai définitivement quitté la forêt sous forme corporelle autour de mes mille ans.
A mon enterrement, tous les animaux de la forêt ont suivi tristement mon cercueil. »

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Corinne :

Je suis né suite à une chute vertigineuse et à un atterrissage moelleux sur un tapis mordoré un beau jour de septembre. Vert, coiffé de ma calotte de nouveau-né et séparé de mon géniteur, j’ai patienté gentiment à ses pieds. Devenu brun et dégarni, il a fallu attendre le printemps suivant pour que le berceau qui m’avait accueilli me serve de fumure nourricière dans le creux de terre où je m’étais réfugié. Je suis un rescapé. Nombre de mes congénères finissent croqués par les gros nez grognons fouisseurs de terre qui vivent alentour.

Dans la quiétude de mon carré de feuillus, j’ai tout d’abord laissé s’ériger une petite antenne frêle que j’ai, afin d’assurer ma croissance, aussitôt gratifiée de quelque verdure dentelée à son extrémité. J’ai eu la chance d’être protégé par des broussailles s’érigeant fières et dissuasives tenant à distance les petites bouches voraces et ruminantes des hôtes cervidés de ces bois.

Au fil des saisons qui s’égrenaient, je me suis épanoui étendant de branche en branche ma puissance végétale. Mère-terre me donnait tout le loisir d’installer mes racines en elle, me permettant ainsi d’y puiser sa force minérale tandis que père-soleil caressait langoureusement mon feuillage de ses rayons alchimiques bienfaisants. Il en fut ainsi pendant de très très longues années. J’ai vu disparaître autour de moi mes vieux compagnons, naître les petits qui vont prendre la relève, j’ai à mon tour nourri la terre de mes feuilles, les animaux de mes fruits, servi de grattoir aux grognons, d’auberge à une flopée de quadrupèdes poilus dans le berceau de mes racines affleurantes, de suspensoir à quantité de nichées ailées piaffantes, d’aire de jeu à nombre d’insectes chatouilleurs, de couveuse à moult champignons, d’hôte parfait aux mousses et aux lichens.

A une époque, mon allure royale et la puissance que je dégageais ont même attiré les hommes et leurs cérémonies intrigantes. Je fut paré, vénéré, béni, étreint, caressé, embrassé, j’ai reçu les doléances, soigné, réparé les coeurs brisés, été le témoin d’amours naissantes, de querelles, de vies frémissantes ou s’évanouissant. Mais aussi de leur folie avide et destructrice.

Voici ce que fut ma vie, être, seulement être… jusqu’à ce qu’on décide pour moi qu’il n’en serait plus vraiment ainsi. Un beau matin de printemps alors que je m’apprêtais à glander comme je l’avais si bien fait jusque là, deux bipèdes armés, musclés et décidés m’attaquèrent furieusement à la hache. Leur roi était mort et seul un roi de la forêt pouvait honorer cet homme si bon en devenant sa dernière demeure.

Hé bien soit. Je fus ainsi transformé en sarcophage végétal afin d’accueillir sa dépouille.

J’assistais une dernière fois à un de ces drôles de rituels d’adieux dont les hommes ont le secret avant d’être ramené cérémonieusement dans ma chère forêt de Broceliande. J’appris ainsi que leur vénéré roi était un sage, un druide respecté qui avait beaucoup officié à la faveur de mes branches auspicieuses et il avait demandé, sentant son souffle de vie bientôt s’éteindre, à être enseveli parmi ses frères de la terre qui lui avaient tant donné. Ainsi fut fait et, sans le moindre étonnement d’aucune âme en présence, à mon enterrement, tous les animaux de la forêt suivaient tristement mon cercueil.

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Johanna

 

Je suis née à l’aube, par une journée ensoleillée. Mon histoire démarrait comme un conte de fée …

J’ai grandi dans l’eau des glaciers puis des rivières. Ramassée par des mains joueuses, j’ai pris corps dans un petit atelier situé à Brandome à deux pas de la forêt. Il m’a métamorphosée. Au lever et au coucher du soleil, il m’astiquait pour que je brille puis me lisait des poèmes dont il était l’auteur. Il m’avait touvé un joli emplacement à l’orée du bois. J’aimais de cette place observer les écureuils, les rapaces, écouter le chant des merles.

Un matin, j’ai senti le sol trembler. Il creusait profond. Un nouveau décor s’offrit à moi : sur mon îlot, relié au bord par un petit pont, au milieu d’un étang, j’étais entouré de nénuphars, de fleurs des champs, de pensées, de capucines, de clématites, de chèvrefeuille, de jasmin … mmm j’embaumais !

Dans ce jardin à la Monet, les touristes ne cessaient d’affluer. J’étais sur toutes les photos des visiteurs chinois. J’en retirais une certaine fierté à l’idée de me sentir aussi connue que la Tour Eiffel ! Je ne m’étais jamais vu dans un miroir. Je devinais mon portrait dans le regard et les dires des visiteurs : je percevais que les gens se baissaient pour être à ma hauteur, j’étais donc en position allongée, regard fixant l’horizon. J’étais au toucher douce et froide. Mon attitude apaisait les gens, ils s’asseyaient en face de moi ou à côté et se laissaient aller à des rêveries. A la nuit tombée, les animaux de la forêt me rendaient visite. Je me réchauffais à leur contact, me sentais ainsi plus vivante.

Les années passant, les mots doux de l’artiste s’étaient envolés, comme son âme. Le jour de sa mort m’a rendue mélancolique. L’horizon que je fixais devint trouble. La chaleur des corps endormis contre moi ne suffisaient plus à m’animer. La vie défilait devant moi, je ne percevais plus les couleurs, les odeurs …

Une cérémonie a eu lieu en hommage à l’Artiste et son oeuvre. Il m’a fait le plus beau des cadeaux, celui de m’emmener avec lui au jardin de l’au delà. J’ai su ce jour là à quel point il tenait à moi, sa muse. J’étais émue de voir aussi qu’à mon enterrement tous les animaux de la forêt suivaient tristement mon cercueil.

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Lucette

 »Je suis née, tout de bleu vêtue, tout allait m’arriver sans que j’aie à dégager le moindre effort ! Un PARADIS cette TERRA, Ecouter Regarder Sniffer Picorer M’empiffrer Me fondre dans le décor Taper du pied Bouder Crier Me réjouir de tout, avoir aussi peur du rien, d’être rien pour toi, être tout aussi contente d’être rien que cette goutte de rosée posée sur ce brin d’herbe au bord de la mare aux canards, en plein milieu de la forêt, la mare aux rats d’eau qui emplissaient ce lieu de sagesse magique, de bruitages mystérieux, la mare aux libellules princesses délicates toute de bleu vêtues.  La mare aux grenouilles, yen a mare, j’m barre, j’veux paques tut’ marres

Eux c’est mes pot’es, car jamais au rendez-vous de la marre, aucun n’fut absent, sauf si accident , alors pas d’enterrement, car jamaison ne l’oublie.

Les gens zont rien compris, faulait con m’enterra, alors, là, là, ils sont tous viendus, mais zon rien comprenus d’écouter ces gens qui ont fait qu’à …. mon enterrement, tous les animaux de la forêt suivaient tristement mon cercueil. »

 

Dialogue improbable (juin 2015)

Sujet :

Je vous propose d’écrire un dialogue entre 2 sujets qui habituellement ne sont pas doués de parole, mais à qui exceptionnellement vous donnez aujourd’hui ce pouvoir : vos 2 sujets ne seront donc pas des humains, ils pourront être deux animaux, ou deux objets, ou un animal et un objet.

Petite contrainte supplémentaire : je vous demande que ces 2 sujets appartiennent à des univers qui ne se rencontrent habituellement pas : par ex un ours polaire et un perroquet, une brosse à dents et un cocotier, un éléphant et une carte bleue.

Le dialogue peut se situer au moment de leur rencontre ou non, libre à vous.

L’important est de s’amuser et de s’essayer à cette forme d’écriture plus rythmée qu’est le dialogue

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Jean :

X-Mais, qu’est-ce que tu fais là, toute barbouillée ?
Y-Je ne sais pas. Je virevoltais en tous sens avec mon humaine, comme d’habitude, quand j’ai été projetée dans un grand trou rose et tiède. J’ai dévalé un grand tunnel tout noir et je me suis retrouvée dans ce tas gluant qui ne sent pas très bon.
X-Ah ça tu peux le dire ! Ça pue par-là !
Y-Et toi comment est tu arrivé jusqu’ici ?
X-Oh ! La routine. La plupart du temps je ne bouge pas, allongé sur mes coussins bien moelleux. De temps en temps, on me déplie, je m’accroche derrière la perfo et j’avance le long de longs corridors biscornus. Je m’allume et je contemple des tas de trucs mous qui gigotent doucement.
Y-Mais comment tu as su que j’étais ici ?
X-Je n’ai rien su du tout. J’avançais, j’avançais comme d’habitude, quand j’ai buté sur un truc très très dur ? J’ai allumé et je t’ai vue. Ce que tu es belle. Je n’ai jamais rien vu de plus beau
Y-Flatteur, va ! Je suis toute sale…
X-Et puis tu brilles ! Incroyable ! Attends que je tourne autour de toi. C’est fou les étincelles que tu envoies !
Y-Dehors, bien nettoyée et au soleil, je serais quand même mieux !
X-Pas possible ! J’ai hâte de voir çà. Je vais essayer de te ramener. Oh hisse ! Oh hisse. Non, tu es trop lourde ; Il faudra que je revienne avec un collègue plus costaud.
Y-Oh ! Oui je t’en prie. Ici ce n’est pas supportable.
X-Mais qu’est ce qui s’est passé pour qu’on te jette là-dedans,
Y-Ben, tout allait bien comme je te disais. Puis il y a eu des éclats de voix. Ca criait ! Ca pleurait. On me tournait et retournait. J’ai compris quelque chose comme : tu ne m’aimes plus ! Je vais devenir folle ! Reprends ça ! Tu ne veux pas ? Non ? Eh bien voilà ce que j’en fais ! Et puis hop, le trou rose et la grande descente.
X-Moi aussi j’entends souvent des cris, des pleurs. Il paraît que chez les humains c’est fréquent. Et puis ça s’arrête. On entend plus que des murmures. J’interviens et quand je retourne sur mes coussins, c’est calme. Je retourne rarement chez le même humain, mais là, j’espère bien revenir te voir, te ramener et t’admirer au grand jour
Y-Tu es chou. Attend n’éteins pas trop vite. Avant de partir dis-moi comment tu t’appelles.
X-Moi c’est Caté et toi ?
Y-Moi c’est Carat. C’est marrant ! Nous deux ça fait CaCa Hi ! Hi ! Hi !
X-Tu peux le dire. On est en plein dedans. Bon c’est pas le tout, faut que j’y aille ! Tiens bon !
Y-Ne t’inquiètes pas ! Y a pas plus résistante que moi. Dans dix millions d’années je serais pareille.
X-Moi, ce n’est pas sûr. Avec le progrès il y a souvent des changements mais pour le moment ça va. J’ai beaucoup de travail. Allez ma belle Carat, je vais éteindre et faire signe à mon humain pour qu’il me retire. A bientôt !
Y-A bientôt mon sauveur ! J’espère que mon humaine à moi va tenir le coup ! La pauvre ! Je suis sûre qu’elle sera contente de me retrouver.

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Mimie :

– Baleine : Aïe, mais qu’est-ce-que c’est ce machin ? Mais c’est quoi ce truc qui m’a atterri dessus ? Baleine fait un tour sur elle-même pour faire tomber la chose de son dos.
– Baleine : Mais tu peux pas faire attention toi, tu ne sais donc pas nager ?
– Clé : Désolée, non je ne sais pas nager, on m’a jetée par-dessus-bord !!
– Baleine : Par-dessus-bord, mais par-dessus-bord de quoi ?
– Clé : Du bateau là-haut, et là d’ailleurs depuis que vous m’avez faite tomber de votre dos, je coule et j’ai le vertige, vous ne pouvez pas m’aider s’il vous plait ?
– Baleine : Bon écoute, je vais passer sous toi et tu en profiteras pour te poser sur mon nez, mais en douceur, pas comme tu viens de faire, car moi, tu ne m’as pas fait bien mal, mais si tu avais atterri sur une anémone de mer, tu l’aurais pulvérisée, il aurait en plus fallu faire un constat, quel bazar !!! Baleine plonge et remonte sous la clé pour lui permettre de se poser.
– Clé : Ouf, sauvée, merci, je vous dois la vie, je vous en serai éternellement reconnnaissante !!
– Baleine : Allez, ce n’est rien, j’ai juste agi par bestialité.
– Clé : Bestialité ? Humanité vous voulez dire, non ?
– Baleine : Non, j’ai bien dit « bestialité » : c’est-à-dire ce qui constitue le caractère des bêtes, de nous les animaux en fait.
– Clé : Je ne comprends pas …
– Baleine : Ecoute, c’est pourtant simple, la bestialité c’est l’entraide, le partage des ressources et des territoires, la vie au sein de la nature en harmonie avec notre milieu et les autres animaux. Alors que l’humanité c’est tout le contraire : c’est chacun pour soi, c’est vouloir tout, tout de suite et encore plus, être dans l’envie, l’insastisfaction, la jalousie, j’en passe et des meilleures
– Clé : Oui de ce point de vue je comprends.
– Baleine : Bon, mais on parle on parle et je ne te connais même pas, qui es-tu ?
– Clé : Hé bien je suis une clé de boîte à musique !
– Baleine : Je ne connais pas cette espèce, tu es un mammifère ou pas ?
– Clé : Non, je ne suis pas un animal, je suis un objet !
– Baleine : Un objet, mais qu’est-ce-que c’est ?
– Clé : C’est quelque chose qui n’éprouve rien, qui n’évolue pas et qui ne peut pas se mouvoir seul.
– Baleine : Une vraie vie de galère, ma pauvre !!
– Clé : Oui et non car j’ai tout de même des pouvoirs !!
– Baleine : Ah oui, et lesquels ?
– Clé : Hé bien quand on m’insére dans la serrure de la boîte à musique et qu’on m’actionne, une musique s’élève de la boîte et une fillette en porcelaine se met à danser
– Baleine : Ca alors, mais qu’est-ce-que-c’est que la musique ?
– Clé : C’est un ensemble de sons mélodieux, mais vous en faites de la musique lorsque vous communiquez entre baleines, je vous ai déjà entendues lors d’un reportage, j’avais trouvé cela magique
– Baleine : Donc la musique, c’est pareil que la communication ?
– Clé : Non, la musique marque plus une volonté de partage de ressenti, c’est un cadeau que l’on fait aux autres, la musique n’a pas vocation à être utile, c’est une manière de laisser vibrer une émotion pour que les autres puissent l’entendre autrement que par des mots.
– Baleine : C’est étrange tes explications, et tu parlais d’une fillette qui dansait, c’est quoi la danse ?
– Clé : La danse, c’est un peu comme la musique, c’est laisser le champ libre à son corps pour qu’il exprime ce qu’il ressent.
– Baleine : Je ne comprends pas vraiment
– Clé : Là encore, vous dansez, vous les baleines, lorsque vous évoluez dans l’eau sans avoir la volonté de vous déplacer, en laissant l’eau glisser sur vos flans, c’est très harmonieux, c’est ce que vous avez fait quand vous vous êtes débarrassée de moi tout à l’heure, ce n’était effectivement pas dans un but esthétique, mais c’était un mouvement très fluide, très rond, très féminin.
– Baleine : Finalement vous, sur terre, vous mettez plein de mots sur des choses naturelles !!!
– Clé : Parfois oui !!
– Baleine (rêveuse) : Moi j’aime nager dans les courants sans réfléchir, pour le plaisir de la glisse, plonger dans des eaux plus fraîches si j’ai un peu chaud, m’amuser à faire claquer ma queue pour envoyer de grandes brassées d’eau …
– Clé : Oui ?
– Baleine : C’est ce que j’essaie d’apprendre à mon baleineau : apprécier l’endroit où il vit, se lover dans l’eau comme si c’était une couette bien douce, sentir ces petites chatouilles sur le corps que l’ on peut moduler suivant la vitesse à laquelle on se déplace, déguster la caresse sensuelle de l’eau sur ses flancs … Allez, je m’égare, et toi, qu’est-ce-qui te rend heureuse
– Clé : Moi je me sens heureuse d’être utile : quand la petite fille à qui appartient la boîte à musique la fait fonctionner, je me sens importante, utile, nécessaire et cela justifie mon existence.
– Baleine : Mais peux-tu faire fonctionner toute seule la boîte à musique ?
– Clé : Malheureusement non, mais parfois vous savez, le plaisir est dans l’attente : quand elle rentre de l’école, je me dis : va-t-elle jouer avec la boîte, ou bien aura-t-elle trop de leçons ? Je vois que vous, vous avez plaisir à agir, à décider, moi j’ai plaisir à être un objet, je suis dans un genre de rapport de soumission à cette petite fille, ma maîtresse, mais c’est un peu la dynamique du maître et de l’esclave, sans moi, la petite fille ne peut pas se servir de la boîte, donc qui a le plus besoin de l’autre, qui est dépendant ?
– Baleine : Oui, c’est bien compliqué tout cela. Tu es bien installé là ?
– Clé : Oui, c’est génial
– Baleine : Mais tu m’as dit tout à l’heure que les objets ne ressentaient rien, or tu me parles de tes émotions, tu avais même le vertige tout à l’heure, alors je ne comprends pas !!
– Clé : Eh bien j’ai l’impression que tout corps solide plongé dans un liquide reçoit une poussée d’intelligence qui lui donne vie !
– Baleine : Super, mais alors si tu sors de l’eau, tu vas redevenir un pauvre objet inerte et sans pensées ?
– Clé : Je le crains !
– Baleine : Alors écoute, tu te plais là avec moi ?
– Clé : Ouiiiiii !!!
– Baleine : Alors si tu veux, tu peux rester vivre ici, je connais un mérou un peu stressé parce qu’il a failli être pêché, si tu veux, je vous présente et tu pourras maintenir fermée la porte de son trou et quand il ouvrira sa porte, tu le verras évoluer, c’est très gracieux un mérou, cela te rappellera ta petite danseuse !!
– Clé : Oh ce serait génial, vous êtes super, vous, vous vivez heureuse et vous semez le bonheur autour de vous !!!
– Baleine : C’est juste que je suis un animal et pas un humain !! Allez, accroche-toi, on va plonger pour aller voir le mérou !!!

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Andrée + Mimie :

– Marteau : Mais qu’est-ce que c’est que cette goutte d’eau sur l’établi ?
– Eau : C’est moi, je suis juste une goutte d’eau, n’aie pas peur, je ne te veux pas de mal !!
– Marteau, en s’esclaffant : Tu voudrais que j’aie peur de toi, laisse-moi rire : si je veux, je t’éclate, je te nébulise, je te fais disparaître de la surface de la terre !!!
– Eau : Mais pourquoi tu me dis tout ça, pourquoi es-tu si méchant, je ne t’ai rien fait, moi !!
– Marteau : Pas encore, mais si je ne me méfie pas et que tu te poses sur moi avec ton air innocent, au bout de quelques heures, je vais avoir de la rouille, et nous les outils en fer, la rouille, c’est notre pire ennemie !!
– Eau : Je connais la rouille, mais je n’ai jamais entendu dire qu’elle était votre ennemie. J’ai une copine sur le vieux port à Marseille qui me disait que parfois on en met dans l’eau de cuisson de la bouillabaisse et que c’est même rudement bon !!
– Marteau : Mais qu’est-ce que tu m’embrouilles là avec ta bouillabaisse, je te parle de la rouille qui ronge le fer !!
– Eau : Ah que je suis sotte, avec la fête de la musique ce week-end je pensais à la rouille de la chanson de Maxime Leforestier quand il chante « la rouille aurait un charme fou si elle ne s’attaquait qu’aux grilles » !!!
– Marteau : Oui, Mademoiselle, c’est de celle-là que je parle !!
– Eau : Hé bien, il suffit que le fer soit peint ou sinon qu’il soit bien graissé pour que ça ne risque rien. D’ailleurs normalement un bon ouvrier ne laisse pas traîner ses outils ; quand il a fini de travailler, il les nettoie, les graisse si besoin et les range.
– Marteau : Oui sauf que moi j’ai à faire à un bon à rien ; dès qu’un copain passe, ils boivent un coup, puis un autre, et pas de l’eau minérale, j’te prie d’ croire !!! Et moi pendant ce temps-là, j’attends, à la merci de la moindre goutte d’eau.
– Eau : D’accord, j’ai compris !!! C’est pour ça que tu m’as mal parlé tout à l’heure, c’est parce que tu avais peur !!!
– Marteau : Ben oui, c’est la peur de la rouille qui m’a fait t’agresser !!
– Eau : Tu vois, quand on prend le temps de poser des mots sur ses émotions, il n’y a plus de raison d’agresser ou de se sentir agressé !!! Je comprends, ne t’inquiète pas. Si tu acceptes que je me pose sur toi pour faire connaissance, je m’installerai sur ton manche en bois peint, comme ça tu ne craindras rien.
– Marteau : OK
– Eau, au bout d’un moment : On est bien comme ça tu ne trouves pas ?
– Marteau : Oui, en plus c’est amusant, tu fais loupe !!
– Eau : L’eau a plein de pouvoirs, en fait, outre le don de prendre immédiatement la forme de son contenant, ce qui est une propriété vraiment marrante ! Tu me menaçais tout à l’heure de me nébuliser, mais tu sais, même nébulisée, je suis toujours de l’eau, certes en vapeur d’eau, mais toujours de l’eau !! En fait j’ai l’air fragile comme ça, mais je suis hyper-forte !!!
– Marteau : Quoi, une petite goutte d’eau toute mignonne comme toi ?
– Eau : Oui : une goutte + une goutte + une goutte, c’est un ru, un ruisseau, une rivière, un fleuve, une mer, l’océan !!!
– Marteau : Ouah !!! On dirait pas, en te voyant !!
– Eau : Toutes les gouttes d’eau réunies, nous pouvons désaltérer tout un troupeau de chameaux avant la traversée du désert, nous pouvons faire croître les récoltes, refleurir la savane après la saison sèche !!
– Marteau : Toi, tu peux faire tout ça ?
– Eau : Avec mes copines, oui, et tu sais, je ne suis pas compressible non plus !!
– Marteau : Ca veut dire quoi ?
– Eau : Eh bien on ne peut pas m’écraser et me faire perdre du volume. Si tu t’énerves et que tu te jettes sur mon dos, je m’aplatirai, je giclerai, éventuellement je m’enfoncerai dans ce sur quoi je suis posée si c’est spongieux comme par exemple du buvard, mais je serai toujours là, juste sous une autre forme.
– Marteau : Finalement tu es un peu comme moi : si je reçois un bloc d’une tonne, ma partie en fer s’aplatira et deviendra une crêpe et mon manche en bois se cassera, mais il y aura toujours et du fer et du bois. Un petit passage à la forge, un nouveau manche et je pourrai de nouveau discuter avec toi !!
– Eau : Oui, tu as raison, on a des points communs finalement, on est quasi indestructible !!!
– Marteau, pensif : On s’entend bien finalement tous les deux !!!
– Eau, songeuse : Oui, tu sais, je songeais à quelque chose, on doit être de la même famille, car dans « marteau », il y a « eau »
– Marteau : Super, viens là que je t’embrasse, ma petite cousine généalogique !! Dis-moi, tu étais où avant d’arriver ici vers moi ?
– Eau : J’étais dans le ciel, dans un superbe cumulonimbus, cotonneux et d’un blanc immaculé !! Et toi ?
– Marteau : Moi avant d’être marteau, j’étais un chêne magnifique de la forêt de Brocéliande et un morceau de culasse d’avion abandonné dans le désert !!
– Eau : Et moi, tu sais quoi, encore encore avant, j’étais dans un corps humain, d’une fille même, Andrée elle s’appelait, car tu sais que dans le corps humain il y a 65% d’eau ?
– Marteau : Ca alors, moi aussi un bout de ma tête était aussi dans un corps humain, hé oui, 0,005 % du poids corporel de l’homme est fait de fer ; c’est marrant, moi aussi c’était une fille, elle s’appelait Mimie !!!
– Dieu le père : Les amis, maintenant que vous vous entendez bien, je vais vous faire une petite confidence, Andrée et Mimie se connaissaient !!!
– Eau : Mais elles sont mortes, puisqu’on n’est plus dans leurs corps et que vous parlez à l’imparfait ?
– Dieu le père : Non, pas du tout, un jour Andrée a versé une larme de joie, c’était toi, petite goutte d’eau, et parallèlement un jour Mimie a perdu un peu de son fer sanguin, c’était un bout de toi, cher marteau !!
– Marteau et Eau tombant dans les bras l’un de l’autre : Alors nos deux mamies sont vivantes et elles sont copines, que la vie est bien faite !!!

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Gisèle

Il y a lunettes et lunette.
Une paire de lunettes solaires « Ray- Ban » (de son petit nom, Ray), placée dans la pochette de chemise de Monsieur X, tombe malencontreusement dans la lunette des WC « Idéal-Standard » (de son petit nom Lunette), lorsqu’il actionne la chasse d’eau.
Ray Ban:
Waouh! C’te bouffon! Me faire tomber dans les chiottes! Bonjour la baignade pourrie et bonjour l’odeur !
Lunette des WC :
Dites donc ! Veuillez être un peu plus poli et aimable, je vous prie. Je suis très propre : ma maîtresse me nettoie quotidiennement et je suis certaine d’être mieux désinfectée que vous-même, souvent manipulé par des doigts maculés.
Ray :
Ouais ! Trop grave ! Ce dingue, pour ses maousses Ray Ban, va bien finir par se mettre la pression et me repêcher fissa.
Dis donc, plutôt glauque ton environnement ! Sûr que t’es jamais sortie de ta tanière, toi ! Tu passes ta vie dans les chiottes et tu les vois tous à loilpé. T’as pas la vue un peu bornée, là ?
Lunette :
Oh ! Pour cela, je n’hésite pas à vous rassurer, ma vie est très variée et je n’ai pas le temps de déprimer. J’en vois et j’en reçois de toutes les couleurs….
Inutile de regarder le ciel : c’est la pleine lune tous les jours avec œil de bronze immuable. J’admire, également, l’incarnat de foisonnantes vallées de roses abreuvées de jets copieux. Pour changer, je peux avoir des lances d’arrosage conséquentes (un peu flapies tout de même…), agrémentées de clochettes muettes.
Mais aussi, et c’est tellement attendrissant, de mignons petits abricots ou des trompettes miniatures !
Sans compter la musique qui les accompagne, parfois discordante et peu variée, je l’admets.
Tout ce petit monde défile à qui mieux, mieux, et chante, lit, joue sur sa tablette ou médite : je suis aux anges !
Ray :
Franchement, trop grave mais c’est Zarbi !
T’en as pas marre de reluquer l’origine du monde et la face cachée de la lune ? Et j’te parle pas des sons de trompette bouchée et des relents de fosse à purin. C’est ouf !
Moi, mon mec, ses Ray Ban sur le nez, se la joue Men in Black, et, à la plage, moi aussi, je peux voir, se mirant dans mes mirettes, des meufs canons à oilpé ou presque. Et que ça se tapote la crinière pour la faire bouffer et que ça se prend des mines de minettes effarouchée. Je peux pécho une meuf grave !
Lunette : (moralisante)
Je crois que votre maître, seul, conte fleurettes : vous ne lui servez que d’accessoire ! Vous vivez, cher ami, par procuration, des aventures que vous ne pourrez jamais mener à terme. Ne vous sentez-vous pas un peu frustré ? Sans compter la possibilité de rester oublié au fond d’un tiroir ou pire, comme aujourd’hui, au fond de ma cuvette …..
Ma condition est modeste, certes, mais je la vis dans l’intimité sans fard de ceux qui me partagent et cela suffit à mon bonheur.
Ray Ban boude. Lunette en prend son parti. Un coup de chasse intempestif expédie Ray Ban en enfer. Lunette ne peut plus rien pour lui.
Moralité : « c’est sui qui dit et sui qui dit pas, qui y sont… »

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Lucie

« -Et ben dis donc, j’ai bien cru que tu ne viendrais jamais !!!
-M’en parle pas !! alors que je pensais venir très vite, je me suis retrouvé coincé dans un espèce de monticule de toutes choses inutiles, et puis de choses utiles aussi, mais tout mélangé !
-A chaque fois c’est pareil, je t’attends, sans savoir si tu viens ou pas. Et puis te voilà, sorti d’on ne sait où.
-Comment ça d’on ne sait où ? Tu rigoles ? Crois tu que ma situation est facile, j’aimerais t’y voir toi, cheminant dans ce labyrinthe. Mais oui, tu ne sais pas d’où je viens, tout est plus facile pour toi, en tout cas plus vaste .
-C’est vrai, mais tu sais , j’en ai assez moi aussi. Jamais je n’aperçois un rayon de soleil!Ou alors quand le voilà, vite on me plie et on m’enfouit dans cette espèce de capote géante ! En plus trempé. Parfois, on me laisse sécher dans un coin mais je ne sais jamais si on va m’oublier ! Quel stress !!
-C’est vrai que je suis à l’abri et du coup parfois je t’oublie. Mais comprends moi, parmi toutes ces idées, ces choses à régler, cogiter, choisir, oser. Je tourne en rond moi la dedans, et le reste qui ne m’écoute pas toujours, je fais pas toujours ce que je veux !
-Tu exagère, c’est toi qui est aux commandes quand même !
-Oui, certes, mais parfois certaines choses m’échappent.
-En attendant, si tu pouvais ordonner à ton membre supérieur droit de me prendre, je serais ravi, car j’ai bien peur que tu parte sans moi. Et je vais encore croupir dans ce corridor jusqu’à ce qu’un autre me prenne.
-désolé, mais je vais devoir d’abord prendre mes jambes à mon coup et filer avant que je rate mon rendez-vous. Je te retrouverais plus tard. De toute façon le temps est au beau fixe et personne ne viendra te ramasser .
-Et bien bon vent l’ami. Je te connais et je sais qu’il est plus simple de racheter un autre que moi plutôt que de venir me chercher. Mais que veux tu, c’est là la triste vie d’un parapluie !

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Anne-Marie :

Crêche : tiens ! tu t’intéresses à moi ? Tu es bien belle pour te retrouver comme ça, toute nue, blottie entre mes 4 planches si grossières

Alliance : oui, je me demande ce que je fais là, dans cette sacristie et sous le lavabo en plus. J’ai froid

Crêche : Oh , ne te plains pas. Pour Jésus non plus,,  il n’y avait pas d’ écrin

Alliance :oui mais lui, c’était prédit qu’il allait se retrouver là et puis  il  avait droit à de la paille quand même !

Crêche : oui, et bien figure toi que la paille, ’ils l’ont laissée :  elle est là dans ce petit sac.  Il y a même une grosse bougie.  Qu’est-ce que tu veux de plus ?

Alliance : et bien, Jésus lui, il avait le souffle d’un couple autour de lui et en particulier celui de Marie. Comme moi, quand j’ai ma vraie place, au doigt de celle à laquelle j’ai été donnée au moment du mariage : 37° !  Tu te rends compte de la différence?

Crêche : Ecoute, il y a un temps pour tout. Maintenant les 12 grandes nuits sont passées. Avec l’Epiphanie, celles qui viennent seront  moins longues et donc les jours moins froids. Tu tiendras le coup comme tout le monde !

Alliance :moi, je suis faite pour être tenue au creux d’une main  que veux-tu !

Crêche : Et moi, je suis faite pour tenir celui qui m’est confié et lui offrir un creux d’un bout à l’autre de la vie.  Justement comme je t’en offre un aujourd’hui.

Alliance : mais moi, je ne suis pas faite pour rester là, toute une année dans un coin sombre  sans rien faire. ! Je suis faite pour briller, pour répondre au moindre mouvement de celle pour laquelle je signifie quelque chose. Et puis aussi je suis faite  pour être vue de tout le monde, pour dire sans cesse et à tous que celle à laquelle j’ai été donnée, et bien, elle est aimée….

Crêche: Alors, tu te prends pour un vrai arc en ciel ?

Alliance:  Oh c’est bon. Et bien tiens : toi,  j’ai l’impression que tu pourrais bien te prendre pour l’arche de Noé !

Crêche: Tu ne crois pas si bien dire : Un jour, on m’a mis un couvercle et j’ai servi à mettre en scène l’histoire du déluge, des animaux, de la colombe et du rameau d’olivier

Alliance: ça t’a fait quel effet de voir arriver  tout ce monde ?

Crêche :Oh moi, on dirait pas, parce que je ne suis pas bien belle, mais en fait, je suis habituée à voir arriver plein de monde, et plein de monde auquel on ne s’attend pas …Je ne m’en fais pas parce qu’un jour aussi j’ai dû faire la mangeoire pour les chameaux d’Abraham. Et j’ai entendu que celles et ceux qui allaient débarquer, ils seraient aussi nombreux que les étoiles du ciel

Alliance : A quoi tu as encore servi avec tes 6 clous. Au fait comment fais-tu pour être encore entière, après tant de jeux et de représentations ?

Crèche : En général, on prend soin de moi. Je suis comme le coffre de Moïse. Je l’ai d’ailleurs été aussi, un jour Tiens regarde.  Il y a là les 2 écriteaux

Alliance.  2 comme les 2 anneaux de ceux qui s’aiment

Crèche;  Maintenant qu’on a fait tout un parcours biblique ensemble, tiens toi sur tes gardes. C’est l’Avent, on va très certainement me chercher et si tu brilles bien dans ton coin sombre, ta patronne te retrouvera et elle pourra raconter la parabole à tous ses amis

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Corinne

– Pop’ssss… chchchchchchchch…

– UUUUUHEEENNNNNNNNNNNN…

– Y’a quelqu’un… ?

– Heu oui, moi

– Qui ça ?

– Moââââ (voix grave et caverneuse). Lève la tête et tu me verras .

– Mais tu es géant !

– Je suis ce que je suis.

– Et qu’est-ce que tu es au juste ?

– Un mammouth

– Une moumoute ?

– Tu dis ça à cause de mes longs poils…….

– …

– Je suis un mammouth laineux, ça tient chaud d’où je viens.

Et sous la fourrure y’a au bas mot je dirais 5 tonnes, allez 5 et demie (je me suis

un peu lâché cet hiver…) alors écrase minus avec tes blagues pourries.

Et toi t’es qui microbe ?

– Je m’appelle bouchon, bouchon de liège

– Ahh, tu es belge ?

– (Tout fier) Je suis un bouchon de liège de bouteille de Champagne

– Oh, mille excuses, tu es noble alors… avec toutes ces particules !

– Je suis bien fait de particules, c’est ma môman qui me les a léguées

– Et elle est où ta mère ?

– Elle vit dans une forêt avec sa famille, c’est un chêne, un chêne liège…

– (taquin) En Belgique ?

– Noooon, en Espagne ! Mais qu’est-ce que t’as avec la Belgique ?

– Et tu n’es plus attaché à elle ?

– Non, les humains l’exploitent pour son écorce et des rejetons comme moi elle en a

plein. Mais je sais qu’elle est très fière de ce que je suis car jusqu’à maintenant je

vivais acoquiné à une sémillante et pétillante demoiselle, c’est pas rien !

– Je crois que tu te la pètes un peu là non… ?

– Bon et toi, raconte…

– Je viens du fond des âges, j’ai 250 000 ans

– Wahhhh, mazette …

– Ca te la coupe, hein… ?

– Ça me la coupe de Champagne… ou coupe de cheveux à toi de voir…

– (Rires)

– Je sens qu’on va bien s’entendre tous les deux…

Moi aussi les humains en veulent à ma toison et pas que d’ailleurs… à mes

bifteaks aussi !

– Mais tu es grand, fort et puissant…

– Oh non, quand ils s’y mettent à plusieurs avec leurs torches maintenant qu’ils

maîtrisent le feu, c’est plus comme avant…

– …

– Mais au fait, qu’est-ce qu’on fait là ?

– On discute le bout de gras

– Parle pour toi, moi je suis allégé, heu… alliègé, heu non… aliéné… J’sais plus, je

ne suis plus rien sans ma bouteille…

– C’est ptêt l’occasion d’en prendre…

– De quoi… ?

– De la bouteille !

– Pas drôle… Ça ne me dit pas ce qu’on fait là

– Je crois qu’on est dans une sorte de bulle

– Juste toi et moi ?

– Ouais, juste nous deux, pour voir ce que ça fait…

– C’est téléscopique, enfin y’a tout qui se télescope… j’en perds mon patin, heu mon

latin… C’est depuis que tu as prononcé le mot bulle, ça me rappelle…

– …Ta bouteille ! Je sais… (soupir)

– Bubulle……. on était si bien ensemble, tous les deux au frais dans un seau à

glaçons et puis j’ai fait le grand saut… elle m’a jeté et mainteant je ne suis plus

qu’un petit sot… snif

– Sèche tes larmes (de toute façon tu es imperméable…) et viens te planter au bout

de ma défense, on va aller se balader. On est dans une bulle imaginaire après

tout et on peut faire ce qu’on veut.

Ça me fait plaisir d’avoir de la compagnie… tu as l’air d’en avoir vu des choses et

bavard comme tu es je sens que je ne vais pas m’ennuyer.

Allez petiot… ! Saute avant que je ne change d’avis…

– Merci vieux. Ploppp !

– M’appelle pas vieux, je suis âgé et respectable

– Ok… Moumouth alors… ?

– Je vais y réfléchir…

– Dis tu me prêteras ta petite laine, j’ai un peu froid…

– On verra …

– … … …

– … …

—————————————————————————————————————————————–

Johanna

Mme Théière et Mr Croissant se rencontrent chaque matin au café des Halles. Pour éviter de tomber dans une monotonie des discours, ils ont décidé de se parler chaque semaine dans une langue différente. Ecoutons les …

Mr croissant sort du four, prend place aux côtés de Madame Théière qui a pris le temps de balayer du regard la terrasse du café :

Mr Croissant :  » Hello la miss, je suis tout ouïe !  »

Me Théière :  » J’ai repéré un couple de blacks s’installant à la table N°1 ; un gars de la cinquantaine, un bizeness-man à la table 2 ; Une femme enceinte à la 3 ; Des ados en Air-max occupent la table n°4 et une mamie avec ses petits enfants à la 5 !  »

C :  » ok, je parie sur la 4  »

T :  » Tu blagues ? C’est pas le genre à prendre « a cup of tea ! « . Les conversations high-teck, c’est pas pour moi, i-phone et compagnie … je vote pour la 3 !  »

C :  » Belle caricature des ados ! Ton bizeness man c’est un mec speed qui tourne au café et à la clope !  »

T :  » En terme de préjugé, tu fais pas mieux ! C’est un japonais qui doit certainement mieux s’y connaitre en matière de thé que toi !  »

C :  » peut être … je pourrais bien parier pour toutes les tables, manger un croissant c’est l’emblême du petit dejeuner français,  je suis gagnant dans l’affaire !  »

T :  » tu te trompes mon cher, les gens aujourd’hui se font coacher pour atteindre une meilleur hygiène de vie ! Sans gras, sans sucre et sans sel ! Tous au Thé vert, très bon anticancer !  »

C :  » ok t’emballe pas ! Ils ont quel look à la une ?  »

T :  » Plutôt sport, lui l’allure d’un joueur de basketball, elle coureuse de trails …  »

C :  » Laisse tomber ! Eux ils commandent à coup sûr boisson energisante et céréales !  »

A ce moment là, on entend le barman qui indique la table n°3 pour notre plateau.

T :  » bon on a tout faux darling ! Thé lipton yellow et croissant au nutella pour Madame !  »

C :  » Beurk ! On va encore me badigeonner de cette huile de palme ! Je suis assez beurré comme ça ! Elle pense pas à sa ligne celle-là !  »

T :  »  Elle peut se laisser aller à quelques gourmandises tout de même dans son état !  »

C :  » Qu’est ce qu’elle écrit ?  »

T :  » la liste de naissance : babycook, babyphones, cosy, body …  »

C :  » Et baby-sitter ? J’aurais préféré des conversations plus rock and roll !  »

T :  » du type chant et danse actuels : rap, slam, hip hop …  »

C :  » Je ne te savais pas dans le moove à ce point !  »

T  :  » eh ! à côté de nous, la mamie avec ses petits enfants se fait appeler  » Granny  » !

C :  » mémée, grand-mère c’est passé de mode … Aïe, elle m’a mordu ! Je crois que notre petit jeu va cesser, à demain baby ! »

T :  » A demain pour le brunch en verlan  !!! Bye bye !! «