Poches crevées

Contrainte : prendre un poème et n’en conserver que les rimes ; j’ai choisi Ma Bohème d’Arthur Rimbaud qui est un poème que j’ai adoré enfant qui est devenu :

Rimbaud à Dachau

J’ouvris la porte et je vis quoi : un rat crevé

« En guise de festin, voilà qui est idéal !! »

Dis-je à mon pote Adolf qui était mon féal

Car dans l’enfer des camps mes vers faisaient rêver !!!

 

Sales, puants, malades, nos loques rayées pleines de trous,

Tous deux ce soir,l’kapo parti, ce s’rait la course

Pour s’tortorer en douce not’rat sous la Grande Ourse,

Nous v’là à fantasmer, pire que d’vant un frou-frou !!

 

Elle était toute tracée, notre feuille de route

De ce jour mémorable : en suer à grosses gouttes

A l’usine, filer doux, trimer avec vigueur

 

Pour êtr’ toujours en vie au pique-nique fantastique.

Mais hélas le festin s’avéra élastique :

C’salaud d’rat collabo grouillait d’vers jusqu’au cœur !!

Pour le plaisir, voici l’original :

Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées;
Mon paletot soudain devenait idéal;
J’allais sous le ciel, Muse, et j’étais ton féal;
Oh! là là! que d’amours splendides j’ai rêvées!

Mon unique culotte avait un large trou.
Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur!

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