Le lieu idéal

Consigne : Le lieu idéal. Décrivez le lieu idéal, fantasmé, dans lequel vous aimeriez vivre dans vos rêves les plus fous ! Décrivez le minutieusement, avec une foule de détails, et en faisant en sorte (c’est très important) qu’il soit porteur de ce que vous êtes, que l’on puisse en dire, après l’avoir lu : « ca ne m’étonne pas d’elle/de lui, qu’il ait une telle maison/lieu idéale… C’est tout à fait lui/elle ».

Inutile d’ajouter que vous pouvez vous affranchir d’un certain réalisme.Votre maison rêvée peut être sur la planète Sirius…

La maison de mes rêves, c’est d’abord un jardin, un beau jardin, et même avant toute chose une forêt où à force de patience je peux observer et photographier des biches, des lapins, des écureuils, des geais, des chouettes, que sais-je encore. Une forêt immense où l’on peut marcher des heures sans en atteindre la lisière, sans y voir la moindre trace de civilisation, où je peux ramasser des champignons et tous les végétaux, bois, branches, racines, feuillages nécessaires à mes compositions florales.

 

Il y a dans cette forêt des bouleaux pour la beauté de leur écorce blanche, des acacias pour les senteurs subtiles au printemps de leurs grappes fleuries, promesses de délicieux beignets, des châtaigniers car je suis une gourmande, des hêtres sous lesquels j’adore lever la tête les jours d’été, car le soleil essaie alors d’en traverser les feuilles pour me dire bonjour et les rend lumineuses, vert vif, voire fluo, et révèle par transparence toutes leurs nervures ; et puis quel bonheur à l’automne que leur changement de couleur, et cette période où leurs feuilles sont d’un jaune lumineux, joyeux, si vivant, alors qu’elles se rapprochent de la mort.

Prospèrent également dans cette forêt des arbres à feuillage persistant, des bambous, des conifères et des houx notamment, pour que l’hiver la ballade ne se déroule pas au milieu d’une foule de squelettes noirs tendant leurs branches nues au ciel, comme au comble du désespoir. Et puis il y a des noisetiers pour attirer les écureuils et jouer au sourcier, des fougères aussi car j’aime chaque matin de printemps suivre le déroulé de leurs crosses d’un beau vert tendre ; j’y ai planté des bois-jolis, ces arbustes protégés dont les fleurs viennent sur le bois, de là leur nom, et puis les fleurs du bois-joli exhalent un tel parfum !!!

Dans ma forêt, je limite modérément l’expansion des ronces de mûres car j’en fais chaque année des glaces et des gelées délicieuses. Quant aux lianes de chèvrefeuille aux fleurs délicatement odorantes et d’un graphisme si étonnant, je les laisse se déployer à loisir, et elles s’en donnent à cœur joie !! Evidemment il y a des chênes, car ils sont bien sûr les rois de la forêt ; majestueux patriarches, ils nourrissent les sangliers et bien d’autres animaux et accueillent volontiers des champignons sous leurs fortes branches ; et puis quoi de plus touchant qu’une jeune pousse de quelques centimètres qui pointe son nez hors d’un gland tombé à terre, petite pousse maigrelette qui part à la conquête du monde avec une volonté qui se moque des obstacles qu’elle rencontrera en chemin, il n’y a finalement pas tant de différence dans l’appel de la vie entre monde végétal et monde animal.

Cette forêt est bien sûr parcourue d’un ruisseau qui alimente une mare aux grenouilles où je relève fréquemment la trace des sabots d’une biche ou d’un sanglier venu se désaltérer.

 

Quand on revient en direction de la maison, les arbres peu à peu se clairsèment pour donner place au jardin, un peu plus ordonné, mais pas trop. Il accueille des arbustes à feuillage caduque et à feuillage persistant et pas moins de mille fleurs ; il est à géométrie variable car j’y travaille avec ardeur et passion dès que le temps le permet et il évolue à mesure de son expansion naturelle et de mes projets, enrichi par les achats, dons, récupérations, échanges, bouturages et marcottages qui jalonnent l’année.

En toute saison je veille à ce qu’il soit vivant et coloré, ce qui n’est pas facile en hiver, mais j’ai confiance dans les camélias plantés au printemps dernier ; le jasmin d’hiver a pris l’habitude d’égayer les mois froids de ses petites fleurs jaune vif, tandis que les roses de Noël fleurissent vaillamment chaque mois en janvier et février, je devrais penser à les rebaptiser. Mais c’est du printemps aux premières gelées de l’automne que le jardin est le plus magnifique, les fleurs y sont les reines. Au fil des mois se succèdent muscaris, perce-neige, jonquilles, narcisses, tulipes, crocus, rhododendrons (moi je les aime, n’en déplaise à un certain chanteur), puis iris, encolies, pivoines, lupins, centaurées, ensuite la glycine dévoile ses longues grappes de fleurs parfumées qui copinent avec freesias, digitales, roses, arums, lys, alstroemères,  sans oublier les hémérocalles, pavots, nigelles, dalhias, passiflores, chèvrefeuille, lavandes, clématites, aliums etc.

C’est un jardin à ma façon où j’essaie d’associer les couleurs, les formes, de varier les textures, les hauteurs, où une floraison succède à une autre, où je fais également pousser les végétaux que j’utilise pour mes compositions d’art floral

 

Des chemins serpentent dans ce jardin où j’essaie de toujours avoir des zones ombragées ; en cailloux, en dalles de pierre, en bois, ils ont souvent des lignes arrondies ou des formes de goutte d’eau, car je suis réfractaire aux jardins figés et rectilignes de Lenôtre ; mes petits chemins sont là bien sûr pour leur côté pratique, mais surtout pour permettre de rendre visite aux fleurs et aux végétaux, de les approcher et de s’y attarder car tous ne savent pas se mettre en valeur et accaparer l’œil du visiteur. Entre un cerisier et un saule tortueux, un hamac incite au farniente. Un des chemins se termine par une douche solaire accrochée à quelques branchages car je ne connais guère de plus simple bonheur qu’une douche dans son jardin avec une eau chauffée au soleil un jour de canicule, de quoi rendre écolo n’importe quel pollueur. Ca et là un banc, une souche pour faire une pause et se laisser aller à la contemplation ou attendre l’insecte butineur, objet de belles photos macro. En plusieurs endroits des nichoirs, des mangeoires et des baignoires pour les oiseaux. Je joue parfois à l’artiste en apportant quelques touches de création de style land-art, mais je débute en la matière et la création du jardin lui-même m’accapare déjà amplement. Grâce à quelques dons et achats, j’ai créé un petit coin consacré aux cactées qui supporte avec quelques artifices les rigueurs de l’hiver ; et puis un peu plus loin un petit espace aquatique avec un tonneau scié en deux qui accueille des papyrus, des prêles, des iris d’eau et des typhas.

 

Je n’ai ni la place ni le temps pour un potager, mais je bichonne un carré de gariguettes, quelques pieds de cassis et de groseilles, deux beaux plants de rhubarbe pour de succulentes tartes et une vaste planche de framboisiers, bien sûr remontants.

 

Entre ce paradis des papilles et le jardin fleuri, une tonnelle à l’assaut de laquelle partent une glycine et une clématite, ainsi qu’un jeune pied de vigne et deux kakis, j’espère qu’ils cohabiteront en bonne intelligence et offriront bientôt une ombre propice au plaisir de l’écriture et de la lecture.

 

Côté civilisation, car non, je ne vis pas sur une île déserte, le jardin s’achève par une forêt de bambous légers qui garantit une certaine intimité sans empêcher le regard de se porter au loin.

 

Lovée sur elle-même au cœur du jardin est nichée la maison dont la porte d’entrée est soulignée de lianes de bougainvillier. On pénêtre dans une vaste pièce de vie, ronde, peu meublée, chaleureuse, où trône un poêle, de forme ronde lui aussi, avec une grande vitre qui permet de voir les flammes ; cette pièce accueille un coin salon avec de moelleux canapés, un coin repas, elle donne sur le jardin par de nombreuses porte-fenêtres et une immense baie vitrée qui s’escamote dans le mur. Par un rétrécissement, on arrive dans la cuisine dont le mur extérieur est remplacé par une autre baie vitrée qui donne accès au jardin d’aromatiques. L’intérieur de la maison est en forme d’escargot avec un large couloir central en spirale, éclairé de plusieurs puits de lumière, qui part de la pièce de vie. Les murs de ce couloir sont en pierre de taille ou vitrés ; les parties en pierre sont agrémentées de nombreuses niches permettant d’exposer de beaux objets, un corridor-cabinet de curiosités en quelque sorte. Le couloir mène tout d’abord à la salle de bains, lumineuse, dans des tons verts et bleus, avec des vasques-bénitiers, un des murs est constitué de mille niches en verre où j’ai placé des coquillages, le mur extérieur est remplacé par une grande baie vitrée avec un léger rideau de papyrus pour l’intimité ; le couloir poursuit sa courbe en desservant ensuite les autres pièces : la chambre « nuptiale », toute en pin, la chambre d’amis, un salon à jouer ou écouter de la musique, un bureau-atelier photo pour Monsieur, un bureau-atelier floral pour moi. Toutes ces pièces ont de larges porte-fenêtres qui ouvrent sur le jardin ; le toit de la maison est végétalisé, les murs extérieurs également, ainsi la maison s’intègre dans le jardin ou le jardin dans la maison, je ne sais pas en fait.

 

La règle commune à la maison et au jardin est simple : rien de figé, d’installé définitivement, même un arbre peut être transplanté si je lui trouve meilleure place ailleurs. A l’intérieur par exemple, tous les meubles sont équipés de roulettes escamotables qui permettent de remodeler l’agencement de la pièce selon les besoins ou les envies ; pas de décoration inamovible et éternelle comme les regrets, la maison doit vivre et pouvoir s’adapter à des idées, des envies nouvelles. Les autres règles concernent le comportement de ses occupants : respect de l’autre et interdiction de semer son désordre dans les espaces communs, le bazar pourquoi pas, mais dans son espace perso uniquement !!

 

Immersion dans la nature, fleurs, espace, liberté, beauté, respect, amour, familles, amis, créativité, musique, rires : voilà les ingrédients de ma maison idéale.

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