L’ange qui voulait rendre ses ailes

Consigne : Vous écrivez une histoire pour enfants (genre 9, 10 ans, CM2…), dont le titre est : « L’ange qui voulait rendre ses ailes ». Et ça commence par : Il était une fois.

Il était une fois un ange, Séraphounet, qui en avait assez de passer ses journées à virevolter auprès du Bon Dieu, à toujours être gentil, souriant, aimable et à servir de messager entre Dieu et les hommes. Il ne supportait plus d’être représenté en bambin grassouillet sur les tableaux des peintres ou en figurine de plastique à suspendre sur les sapins de Noël. Il n’appréciait pas du tout son rôle de figuration auprès du Bon Dieu où il se sentait un peu comme les mouches du coche qui s’agitent en tout sens, mais n’accomplissent rien réellement, tu la connais, cette fable de La Fontaine, oui  ? De plus Séraphounet avait une tendinite à l’épaule droite et le poids de ses ailes aggravait ce problème. Car il ne faut pas croire, des ailes, même d’ange, c’est lourd et volumineux, c’est tout-à-fait adapté aux oiseaux, mais en ce qui concerne les anges, ils ont déjà tout ce qu’il faut pour se déplacer, les ailes, c’est en quelque sorte de la déco ; il est vrai qu’elles leur servent à voler pour porter des messages, mais maintenant qu’internet existe, ils pourraient envoyer des mails, ça serait beaucoup plus simple et plus rapide.

Et puis parlons-en de ce rôle de messager : avant il n’y avait personne d’autre que les anges dans le ciel, si, tout de même il y avait des oiseaux et des insectes qu’ils pouvaient croiser en vol quand ils traversaient les cieux, mais ça allait, ce n’était pas la cohue ; mais maintenant il faut qu’ils fassent extrêmement attention, les anges, quand ils quittent le paradis, car ils peuvent rencontrer des avions, des fusées, des satellites, que sais-je encore. Et depuis le dérèglement climatique, ils peuvent même se trouver pris dans un typhon ou dans une tornade et si leurs ailes sont alors déployées, ils risquent de se les faire endommager, de se faire un froissement ou carrément une entorse d’ailes, et tu sais, il n’y a pas de kiné au paradis !!

Sais-tu qu’une fois, le Bon Dieu avait demandé à Séraphounet de transmettre un message au pape très tôt le matin de Pâques. La cata !! : arrivé au dessus de Rome, Séraphounet s’est fait percuter par une cloche chargée de chocolats qui partait à tire d’ailes les cacher dans les jardins des petits enfants romains ; quelle aventure !! notre pauvre ange était complètement sonné, il a fallu qu’il remonte comme il a pu s’allonger sur un nuage, le temps de reprendre ses esprits. Quand enfin il est rentré au paradis, en retard, les ailes toutes saccagées et avec un œil au beurre noir, il s’est fait sonner les cloches par le Bon Dieu !!

Tu vois, c’est ce jour-là que Séraphounet commença à avoir de sérieux doutes sur sa vocation d’ange ; il ne supporta pas les remontrances injustifiées du Bon Dieu, et comme il était un ange, il n’a eu le droit n’y de répondre, ni de se mettre en colère, ni de donner un coup de pied dans un nuage en disant un bon gros mot pour se soulager, rien, il a dû continuer à sourire à et agiter ses ailes gentiment, mais tristement comme les esclaves noirs auparavant qui devaient agiter des feuilles de bananier pour rafraîchir leur maître.

Il envisagea un temps de devenir ange gardien, mais toutes les places étaient prises, et puis il fallait suivre des cours, passer un examen, le réussir, attendre ensuite d’être nommé et il n’en avait pas le courage. Et puis à cotoyer les hommes quand il leur portait des messages, il avait envie de vivre, comme eux, de pouvoir jouer de la musique, danser, rire, goûter des bonnes choses comme le chocolat, les pralines, le nougat, nager dans la mer, se promener dans la forêt, admirer la rosée du matin  et tu vois, même un ange gardien n’a pas accès à ces plaisirs-là. Séraphounet devint de plus en plus triste, il battait des ailes uniquement pour ne pas tomber de son nuage et perdait peu à peu de sa lumière céleste, si bien que le Bon Dieu s’en aperçut un jour et lui parla ainsi :

–          eh bien Séraphounet, on dirait que tu ne vas pas bien, qu’as-tu  ?

–          non, Seigneur, c’est vrai, ça ne va pas, , je crois que je voudrais devenir un homme

–          un homme ? Mais tu sais bien que si tu le deviens, tu ne pourras plus jamais redevenir un ange !!

–          je sais bien, Seigneur, c’est idiot, j’ai l’envie de devenir un homme et à la fois celle de rester un ange, je ne sais pas ce que je veux !!

–          eh bien, j’ai une solution pour toi, si cela te dit. Tu connais le Mont Saint Michel, là où des hommes allaient régulièrement en pélerinage dans les siècles passés ? Eh bien ce qui me désole, c’est qu’il y a là-bas de moins en moins de religieux et de plus en plus de touristes qui y viennent, non pas pour prier, mais pour visiter, admirer le point de vue exceptionnel et pouvoir ensuite se vanter d’avoir « fait » le Mont St Michel. Je te propose de descendre sur le sommet de l’église abbatiale qui domine le Mont ; je te transformerai alors en statue recouverte d’or ; tu pourras ainsi être en contact avec les hommes que tu apercevras manger des galettes de la mère Poulard et entendras circuler dans les ruelles du Mont et ta présence rayonnante, de jour comme de nuit, rappellera aux touristes que ce lieu est un lieu saint, qu’il a été construit par les hommes au nom de leur foi chrétienne et que tu es là, vigilant, prêt à terrasser le démon s’il surgissait. Ainsi tu feras toujours partie de la première brigade des anges célestes et tu seras en contact permanent avec tes amis les hommes.

Séraphounet remercia vivement le Bon Dieu qui le nomma aussitôt archange et le baptisa Saint Michel du nom de l’abbaye du Mont.

Si tu vas un jour au Mont St Michel, tu le verras, l’archange Saint Michel, éblouissant de lumière, resplendissant tout en haut de l’abbaye, il domine le Mont et rien de ce que disent ou font les visiteurs n’échappe à son attention bienveillante.

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